Dès ce 12 janvier

La taxe Trump s'attaque aux cognacs, à tous les vins tranquilles et aux mousseux

Lundi 04 janvier 2021 par Alexandre Abellan

2020 se finit sur un rebondissement aussi inattendu que violent, qui place 2021 sous de difficiles auspices pour la filière des vins et spiritueux français.
2020 se finit sur un rebondissement aussi inattendu que violent, qui place 2021 sous de difficiles auspices pour la filière des vins et spiritueux français. - crédit photo : USTR
Les vins tranquilles et mousseux, ainsi que les eaux-de-vie de vin français vont être taxés à 25 % sur le marché américain dans une semaine. Ce qui pourrait représenter une perte d’un milliard d’euros de chiffre d’affaires sur leur première destination export, théâtre d’un conflit aéronautique sans fin.

Rien n’aura été épargné en 2020. Ce 31 décembre, « c’est un coup de massue qui frappe aujourd’hui les exportateurs français » résume dans un communiqué laconique César Giron, le président de la Fédération des Exportateurs de Vins et Spiritueux de France (FEVS). Le 30 décembre, le représentant américain au Commerce (USTR) annonce modifier, dès ce 12 janvier, la liste des produits européens soumis à des droits de douane supplémentaires de 25 % dans le cadre conflit entre l’Union Européenne les Etats-Unis sur les aides à l’aéronautique civil (Airbus et Boeing). D’après la liste communiquée, tous les vins tranquilles sont désormais ciblés dès la semaine prochaine, alors que depuis le 19 octobre 2019, seuls ceux embouteillés et affichant un taux d’alcool inférieur à 14°.alc étaient surtaxés. Sont également concernés dès la semaine prochaine les vins mousseux (n'ayant pas de prise de mousse en bouteille d'après les codes douaniers) et les eaux-de-vie à base de vins (soit Armagnac, brandy, Cognac…).

« Tous les vins français sont touchés, à part les champagnes et crémants. L'impact est grand pour les vins français en vrac, en BIB, au dessus de 14°.alc » résume Ignacio Sánchez Recarte, le secrétaire général du Comité Européen des Entreprises Vins (CEEV). En l’état, la FEVS estime que la mise en place de ces surtaxes de 25 % pourrait représenter des pertes supérieures à un milliard d’euros sur l’année 2021. Sachant qu’entre novembre 2019 et octobre 2020, « les importations américaines des vins français surtaxés ont été divisé par deux, représentant une perte de 600 millions d’euros de chiffre d’affaires pour les exportateurs français » souligne la FEVS. Cette perte de compétitivité français s’accompagnant de parts de marchés en baisse, prises notamment par l’Italie (qui n'est pas visée par les surtaxes).

"Aucun accompagnement"

« Il est plus que jamais nécessaire de sortir de ce conflit interminable, car c’est la seule façon de mettre un terme à ces taxes » plaide César Giron, qui rappelle que, malgré les annonces présidentielles, « depuis la mise en œuvre de ces sanctions, les exportateurs frappés par les mesures américaines n’ont bénéficié d’aucun accompagnement, d’aucun soutien de la part des autorités françaises ou européennes. Il est indispensable que cela change et qu’enfin, en attendant la résolution définitive de ce conflit, les pouvoirs publics mettent en place les nécessaires dispositifs d’accompagnement de nos entreprises, fortement affaiblies par l’effet cumulé des sanctions américaines et de la situation sanitaire » du Covid (touchant durement les vins français).

« Nous accompagnerons les filières touchées par ces sanctions supplémentaires et nous resterons à leurs côtés » réagissent ce 31 décembre quatre ministres français*, indiquant dans un communiqué recevoir ce début janvier les représentants de la filière vin. Marquant la fin de l’administration de Donald Trump, « cette décision américaine inamicale vient rompre de manière unilatérale les discussions qui étaient en cours entre l’Union européenne et les Etats-Unis pour aboutir à une solution amiable à ce contentieux vieux de 15 ans » notent les ministres, indiquant que « l’augmentation significative des produits européens faisant l’objet de sanctions américaines à partir du 12 janvier prochain conduira les Etats-Unis à dépasser le montant qui leur a été autorisé par la décision de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) »

Effet covid-19

En attendant la prise de fonction du nouveau président des Etats-Unis, Joe Biden, l’USTR estime au contraire que la faute à cette escalade tarifaire revient à l’Union Européenne. Cette dernière ayant riposté aux sanctions américaines par la mise en place de surtaxes communautaires en novembre dernier. L’USTR estime qu’il y a une distorsion car « pour mettre en œuvre ses tarifs, l'Union Européenne a utilisé des données commerciales d'une période au cours de laquelle les volumes d'échanges avaient été considérablement réduits en raison des terribles effets sur l'économie mondiale du virus Covid-19. Il en résulte que l'Europe a imposé des droits de douane sur beaucoup plus de produits que ce qui aurait été couvert si elle avait utilisé une période normale. » D’où la nécessité de renforcer les sanctions pour l’administration Trump.

Représailles sur représailles, nul n’aura été épargné en 2020.

 

* : Soit Bruno Le Maire, ministre de l’Economie, Julien Denormandie, ministre de l’Agriculture, Franck Riester, secrétaire d’Etat chargé du Commerce extérieur et Jean-Baptiste Djebbari, ministre délégué chargé des Transports.

RÉAGISSEZ A L'ARTICLE

Recopier le code :
Processing
Voir toutes les réactions
© Vitisphere 2021 - Tout droit réservé