Résidus CMR

Les antiphytos s’attaquent maintenant aux vins labélisés HVE

Mercredi 16 septembre 2020 par Alexandre Abellan
Article mis à jour le 18/09/2020 10:29:19

« Avec un peu de marketing, HVE permet de faire croire à un verdissement et à un changement des pratiques, alors qu’il y a toujours une utilisation de perturbateurs endocriniens » dénonce Valérie Murat.
« Avec un peu de marketing, HVE permet de faire croire à un verdissement et à un changement des pratiques, alors qu’il y a toujours une utilisation de perturbateurs endocriniens » dénonce Valérie Murat. - crédit photo : Alexandre Abellan (archives 2019)
Dénonçant un manque d’engagements environnementaux, l’association bordelaise Alerte aux Toxiques publie les analyses de traces de pesticides dans 22 cuvées certifiées Haute Valeur Environnementale liées à des figures du vignoble. Notant que leurs cuvées sont dans les clous réglementaires, ces vignerons réfutent les critiques de ces militants.

« Les effets d’annonce d’une pratique plus vertueuse comme la certification HVE, "Haute Valeur Environnementale" sont un leurre puisqu'elle n’interdit pas les pesticides de synthèse » pose le dernier communiqué de l’association bordelaise Alerte aux Toxiques*. Mettant en ligne les analyses de résidus de pesticides de 22 cuvées certifiées HVE, le collectif dénonce « 22 bouteilles contiennent perturbateurs endocriniens, 11 au moins un CMR, 9 au moins un SDHI, 4 un neurotoxique, 4 des substances dangereuses pour le fœtus… » égrène Valérie Murat, la porte-parole de l’association bordelaise, qui s’appuie sur un financement participatif de 5 000 euros pour la réalisation de ces analyses (dont la grille de lecture est contestée par le laboratoire qui les a réalisées, voir encadré).

Avec 19 vins de Bordeaux, 2 champagnes et 1 Languedoc, Valérie Murat reconnaît ne pas avoir choisi au hasard ses cibles., « il s’agit principalement de propriétés labellisées HVE et de propriétaires ayant fait des annonces de virages écologiques (pour la majorité à des postes de représentants du vignoble). » On trouve ainsi les propriétés de représentants et membres de la Fédération Départementale des Syndicats d’Exploitants Agricoles (FDSEA), des Jeunes Agriculteurs (JA), de syndicats viticoles, de la Fédération des Grands Vins de Bordeaux (FGVB), du Conseil Interprofessionnel des Vins de Bordeaux (CIVB)… « Cette association clame protéger le vignoble, mais elle ne cherche qu’à lui nuire. Ces 22 vins respectent la réglementation et il n'y a pas de scandale derrière. Ils n’ont rien à se reprocher. Le reste n’est que de la diffamation » indique un propriétaire ne souhaitant pas voir le nom de son domaine associé à ce qu'il considère être un coup de communication.

"Produits de synthèse"

Assumant sa volonté de faire l'actualité en cette période de vendanges et de foires aux vins, Valérie Murat explique alerter le grand public sur des réalités qu'il ne maîtrise pas. « Le danger pour le consommateur, qui est peu informé et averti, c’est de croire que la HVE est équivalente au bio, alors qu’il n’y a aucune garantie sur les produits de synthèse. Quand on voit l’image du label HVE et les phrases de risques des pesticides de synthèse que l’on retrouve, on ne peut pas se comparer aux traitements bio et biodynamie » martèle Valérie Murat. Reconnaissant que faute de Limite Maximale de Résidus (LMR) pour les vins il n’est pas possible de relier la présence de ces résidus à une dangerosité, la militante antiphytos répond par « la question de l’exposition de ceux qui ont pulvérisé, des ouvriers dans les vignes, des riverains, des gosses dans les écoles… » Dénonçant des effets d’annonces marketing, Valérie Murat milite pour les certifications bio et biodynamie, qui garantissent l’exclusion des phytos de synthèse.

Dans le vignoble, les réactions que Vitisphere a pu recueillir en cette période de vendanges désamorcent les conclusions d'Alerte aux toxiques. « J’ai regardé les analyses de mon vin rosé et ça prouve deux choses : je n’utilise que des produits homologués et dans des bonnes conditions (avec des résidus inférieurs de 100 à 5 000 fois par rapport aux LMR du raisin de cuve) » estime Jean-Samuel Eynard, le président de la FDSEA, exploitant le château Genibon Blanchereau en Côtes de Bourg. S’attendant à être ciblé, le vigneron estime que ces analyses ne portent « aucun discrédit au label HVE. Leur cheval de bataille c’est halte aux CMR. Je suis d’accord, mais en commençant par ceux qui sont les plus exposés dans la société : le tabac, l’alcool, le super sans plomb, la viande rouge, le sel… La liste peut être longue ! »

Respect réglementaire

« Il faut arrêter d’être hypocrite et ne cibler que la viticulture. Il ne faut pas nous faire porter un chapeau plus grand que nos responsabilités » lance Jean-Samuel Eynard, pour qui c'est à l'Union Européenne d'interdire les pesticides actuellement autorisés s'ils sont dangereux.

 

* : Fondée en 2016, l’association se donne comme objectifs d’« informer et sensibiliser aux dangers liés à l’utilisation de pesticides de synthèse dans la viticulture ».

Mail envoyé par les laboratoires Dubernet à l'association HVE Développement ce 16 septembre :

"Nous avons effectivement réalisé les analyses sur lesquelles se basent les articles parus ces derniers jours suite au communiqué de presse de l'association Alerte aux Toxiques. Je vous rassure sur le fait que ce qui est relayé dans la presse ne correspond pas du tout à nos conclusions et aux commentaires présents sur chacun des rapports d'analyse transmis à l'association.

Les analyses réalisées correspondent à notre menu Phytobilan3, analysant 160 composés par GC-MSMS et LC-MSMS. Les limites de quantification de ce menu sont particulièrement basses, près de 90 % des composés analysés présentent une LQ de 0,001 ou 0,005mg/L. De nombreux laboratoires utilisent une limite de quantification générique de 0,010mg/L, c'est le cas par exemple des laboratoires réalisant les analyses de certification BIO ou du label ZRQ de Nouveau Champs. L'analyse du même vin réalisé dans un autre laboratoire aurait de ce fait pu donner quasiment deux fois moins de molécules détectés dans chaque vin. 

Si un nombre significatif de molécules est détecté dans bon nombre de ces vins, les teneurs restent dans la majorité des cas relativement faibles. A mon sens seuls 3 à 4 de ces vins présentent des teneurs plutôt élevées pour la zone de production, et ne reflètent donc pas particulièrement d'efforts importants de réduction des phytos comme on pourrait s'y attendre avec un engagement HVE. A l'opposé, 2 ou 3 de ces vins auraient à priori passé sans problème les contrôles en cas de certification BIO.

L'IFV a publié au mois de juin une fiche technique sur la notion de minimis dans les vins. L'idée est la même que pour les sulfites pour lesquels en dessous de 10mg/L le résultat est considéré comme non significatif et le vin est déclaré (et étiqueté) sans sulfites. Techniquement les laboratoires sont en mesure de mesurer des teneurs de 5 ou 7mg/L de sulfites, mais nous ne sommes pas en mesure de savoir si ils sont issus d'ajouts ou de formation microbiologique naturelle. Pour les résidus de pesticides, un groupe de travail réunissant l'IFV et les principaux laboratoires réalisant des analyses de résidus de pesticides sur la filière vin française a été constitué. Les bases de données de résultats ont été partagées afin de pouvoir déterminer les molécules présentant un "bruit de fond" (contamination de voisinage, contamination environnementale, ...) afin de définir pour chaque molécule une valeur de minimis, en dessous de laquelle le résultat analytique n'est pas significatif et peut être considéré comme une forme d'absence.

En interprétant les résultats par rapport aux minimis définis, le nombre de molécules détectées dans chaque vin est divisé par deux à trois. Cela illustre parfaitement qu'une grande partie des détections pointées du doigt par Alerte aux Toxiques sont particulièrement faibles et ne sont pas significatives. Il n'est en effet pas possible d'affirmer qu'elles résultent d'une application de la part du domaine au moment de la production, d'une contamination de voisinage ou d'une rémanence dans l'environnement.

Un point qui n'est pas précisé dans l'étude et que je n'ai pas vérifié est que les vins analysés sont des millésimes 2015 à 2019, avec une majorité de 2016 à 2018. Les domaines concernés étaient ils déjà engagés dans le HVE au moment de l'élaboration de ces vins. Si ce n'est pas le cas, c'est un biais manifeste dans la présentation des données et dans les conclusions tirées."

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VOS RÉACTIONS
Dominique Le 18 septembre 2020 à 08:51:52
Les laboratoires Dubernet ne peuvent pas trop charger leur clientèle essentielle. On ne peut pas mordre la main qui nous nourrit. C'est humain et aussi, disons le, commercial. Dubernet s'est déjà laissé aller par le passé en parlant de LMR sur raisins comme s'il s'agissait de LMR sur vins ( qui n'existe pas ). Donc, son avis n'est pas le plus pertinent et crédible. Il n'en reste pas moins qu'il existe un bruit de fond "pesticides". Il faut bien qu'il s'en balance un paquet pour qu'il y ait bruit de fond. Et quand on interroge pour savoir qui en balance, c'est personne. 70% des vitis n'utilisent plus de CMR nous dit la Chambre d'agriculture. Alors d'où viennent les résultats des enquêtes ATMO ? Mystère en Bordelais ( et ailleurs ).
Pagel Le 17 septembre 2020 à 20:02:22
Dubernet s'est encore fait "berner" soit il est trop naïf, soit il aime trop les sous. Ce n'est pas la première fois. Il est en train de couper la branche où il est assis.
Baptiste Le 17 septembre 2020 à 15:21:37
L'association Alerte aux toxiques, se réfère au classement toxicologique de la Substance active et non à celui du produit phytosanitaire formulé. Je prend un exemple au hasard : Bouillies Bordelaise : H318 provoque des lésions oculaires graves, H410 très toxique pour les organismes aquatique, entraîne des effets néfaste à long terme (source : étiquette produit) Sulfate de Cuivre : Danger! Selon la classification fournie par l'entreprises à l'ECHA (Agence Européenne des produits chimiques). la substance est très toxique pour la vie aquatique, avec des effets à long terme, peut provoquer le cancer, peut nuire à la fertilité ou à l'enfant à naître, est nocif si avalé, provoque des lésions oculaires graves, peut porter dommages aux organes par suite d'exposition prolongée ou répétée. l'exposition, provoque une irritation cutanée et peut entraîner une réaction allergique cutanée. Ce n'est qu'un exemple parmi tant d'autres du caractère approximatif voir diffamatoire des commentaires écrit par Alerte aux pesticides sur les résultats d'analyses. un bon avocats devrait pouvoir s'amuser.
La rédaction Le 17 septembre 2020 à 08:33:16
Bonjour Laurent, N'ayant pu être joints pour cet article, les laboratoires DUBERNET ont pu partager leurs analyses ensuite, à retrouver ici : https://www.vitisphere.com/actualite-92411-grille-quantification-phytos.htm L'intégralité de leur message envoyé à l'association HVE Développement se trouve dans l'encadré du présent article. Bonne journée
Laurent Le 16 septembre 2020 à 22:58:57
Le plus simple, c'est d'appeler le Laboratoire Dubernet, au coeur de cette polémique. C'est ce que j'ai fait: En réponse, ce mail : "Le Laboratoire Dubernet constate que ce qui est relayé dans la presse ne correspond pas du tout aux conclusions et aux commentaires présents sur chacun des rapports d'analyse transmis à l'association « Alerte aux Toxiques »". Pour les amateurs de vérité, le mieux est de chercher l'info à la source : Laboratoire Dubernet Vincent BOUAZZA Responsable Chimie Fine
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