Et si on parlait de l’indépendance des œnologues conseil ?

Vendredi 31 juillet 2020 par Alexandre Abellan

Relancé par le ministère de l’Agriculture, le débat sur la séparation du conseil et la vente de phytos est souvent résumé à l’image du médecin signant l’ordonnance qu’il encaisse en tant que pharmacien. Plaçant l’éthique comme levier de la nécessaire réduction des intrants viticoles, cette question de l’indépendance des conseillers pourrait aussi se poser pour les œnologues. Si le métier de consultants vinificateurs n’est pas toujours lié à des fournisseurs, nombre de technico commerciaux prodiguent des conseils autant que des produits, services et analyses.

Sans remettre en cause leur professionnalisme et leur discernement, ces œnologues conseil ont un intérêt à vendre qui nécessite une mise à plat déontologique. D’autant plus que leurs clients, et surtout les clients de leurs clients, les consommateurs, demandent de moins en moins d’interventions sur les vins. Qu’il s’agisse d’une recherche de développement durable ou d’une approche naturiste des vins.

S’il existe des chartes éthiques des œnologues et fournisseurs de produits de vinification, l’enjeu d’un tel débat déontologique serait de placer l’œnologie du XXIème siècle sur le terrain de la transparence et de l’exemplarité. Une demande sociétale forte, qu’il s’agisse de la vente de phyto, ou même du journalisme des vins et spiritueux.

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Antoine Le 31 juillet 2020 à 19:38:41
Notre société et ses dérives, laver plus blanc que blanc... Dans une logique bienfaitrice nos gouvernants ont choisis de séparer le conseil phyto et la vente, idée merveilleuse au prime abord mais qui va encore grever le budget de nos agriculteurs, viticulteurs: un conseil privé n’offre pas ses services gratuitement!!! Revenons à la question, Œnologues conseils doivent ils prescrire et vendre? Jusqu’à preuve du contraire ils conseillent certes des fois en poussant un peu à la consommation mais jamais par excès, nous sommes vignerons vivificateurs, à nous a être professionnels (comme le font aussi les agriculteurs, n’écoutant pas toujours le conseil, mais raisonnant en tant que agriculteurs raisonnés), raisonnons nos intrants mais sans excès de façade, faire du vin nature, naturel n’est qu’une arnaque commerciale, la nature ne fait pas de vin, tout juste du vinaigre... Pour la part étant vigneron, vinificateur et commercialisant nos vins mais surtout en tant que consommateur, je me réfère à mon palet et non à la méthode de vinification, c’est la l’essentiel... La dégustation aveugle fait abstraction de tous les intrants!!!
Baraud Le 31 juillet 2020 à 18:15:49
Nous devrions nous interroger sérieusement du conseil des administrations,de franceagrimer,des douanes,ministères,etc... toutes ces donneurs de leçons à la charges de l’agriculture ! Tous nous imposent des règles improductives et surtout administratives qui nous rendent moins compétitives sur les marchés étrangers!!! A quand le ménage dans leurs bureau afin de simplifier et de reconnaître cette surabondance administrative improductive
JLCH Le 31 juillet 2020 à 17:23:49
Il semble y avoir vraiment peu de monde dans vos pages qui s’offusque de la confusion des genres ! Vigneron depuis seulement 15 ans je me suis toujours méfié des conseils gratuits, ou presque, qui tendaient à normaliser les « produits ». Il est vrai que la commercialisation du vin en France est en grande partie basée sur les AOC, VDP, AOP … Le but est d’essayer de faire acheter aux consommateurs en quantité des vins de qualité moyenne et se ressemblant plus ou moins. Nous avons donc mis au point un système d’aide à la vinification dont les œnologues sont la pierre angulaire… et je pense sincèrement que nous avons en France les meilleurs œnologues du monde ainsi que les meilleures écoles ou facultés qui enseignent l’œnologie. Mais qui paye tout ce système de formation et de conseil ? Un petit peu l’état, pas vraiment les instances professionnelles, les étudiants n’en ont pas vraiment les moyens et de toute façon en espèrent une future activité rémunératrice. La solution était donc de faire appel à des sponsors privés qui vont forcément attendre un retour sur investissements. c’est ainsi que le système s’autonourrit depuis les années cinquante avec des œnologues formés à moindre coût qui testent, font agréer puis vendent des produits à forte marge pour respecter des chartes, des goûts et des cahiers des charges dont ils sont l’auteur. Pire ils n’hésitent pas à user de toute leur influence pour éloigner des AOC les vignerons qui refuseraient les produits œnologiques les manipulations qu’ils préconisent au prétexte que le vin n’aurait pas le « profil ». Le résultat est que de plus en plus de vignerons sortent des AOC et que les vins pseudo naturels ou sans sulfites sont de plus en plus recherchés. Même les gros négociants ont compris la demande du consommateur et exigent… De leurs œnologues conseil des lignes de produits typés « Nature ». …………………………………………………………………. Nous ne sommes pas sortis de l’auberge !
Maya Le 31 juillet 2020 à 15:09:15
On peut comprendre cette nécessité de transparence mais il faut pousser le débat beaucoup, beaucoup plus loin sur l'indépendance... La nécessité de vendre des produits œnologiques pour les œnologues indépendants vient du fait qu'il est très difficile de résister à la concurrence des laboratoires subventionnés, directement ou indirectement (Chambre d'agriculture, syndicats viticoles, système coopératifs viticoles ou céréaliers, départements... la liste est longue!). Ces structures offrent une analyse et un conseil bradés dans un paysage œnologique où ils se trouvent en position dominante et servent de références tarifaires. Il est vital pour les indépendants de proposer des tarifs alignés et souvent insuffisants pour faire vivre correctement les structures réellement indépendantes. Il faut bien trouver des solutions pour augmenter les chiffres d’affaires et la vente de produits œnologiques en est une toute naturelle. Il faut alors compter sur une déontologie à toute épreuve pour proposer des produits choisis, pertinents et réduits au strict nécessaire. N'est ce pas là le rôle du bon conseiller? et il en existe beaucoup! Certaines très grosses structures issues de systèmes subventionnés sont elles même distributrices de phytos et de produits oenos sans parler de matières sèches et de prestations de services... résister à ces machines nécessite une qualité de conseil excellente et un choix judicieux d'intrants, si nécessaire; là aussi il faudra opposer qualité et quantité!! Comment ne pas également soupçonner de possibles conflits d'intérêts entre les universités et les fabricants de produits œnologiques, lesquels financent recherches et matériels, polluant jusqu'à l'enseignement même... Comment alors ne pas s'étonner des professeurs/conseils monnayant grassement leur savoir issu de la recherche elle même financée par les impôts de tout un chacun ou bien par les industriels... Quoi qu'il en soit les conseils et les commerciaux ne font que proposer et les vignerons disposent, encore faut il qu'ils soient bien informés... La filière toute entière, dans le but d'une nécessaire et indispensable transparence, ne pourra pas se passer d'un débat solide sur la loyauté de la concurrence et de ses conséquences. Il va y avoir du sport!!
gallus vindex Le 31 juillet 2020 à 13:30:28
1. La confusion entre d'un côté le vendeur et de l'autre le conseiller existe dans beaucoup de secteur. De plus en plus, il arrive que des vendeurs se présentent comme conseiller, ou, encore plus "chic" des consultants. Cela dit, je crois que pour les oenologues, ce n'est pas si simple. Beaucoup de vignerons, tout en ayant besoin de conseils technicques, sont peu enclin de payer correctement pour les conseils reçus. Pour gagner correctement sa vie, l'oenologue n'a pas beaucoup d'autres moyens que de vendre les produits dont il peut estimer légitimement que son vigneron/client a besoin. Par ailleurs, l'oenologue conscientieux examine d'abord quel est le démarche viticole et vinicole souhaité par son client. Il respectera le choix de celui-ci et donnera ses conseils à l'avenant. Cela suppose également du professionalisme de la part du client/vigneron. Les lycées viticoles sont là pour cela.
SERRA CLAUDE Le 31 juillet 2020 à 12:52:07
Tant qu'à faire, mettons aussi à plat la déontologie des journalistes. C'est au consommateur de conseil donc au client de l’œnologue de faire le tri sur un conseil "objectif" ou un conseil "à objectifs" , à tout vouloir réglementer ....!
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