Jean-Marie Fabre

"A Paris, il faut une vision plus juste de ce que représente l’économie viticole"

Mercredi 08 juillet 2020 par Alexandre Abellan

« Notre société aujourd’hui a une organisation technocratique qui n’a pas un regard assez aiguisé sur l’agriculture » regrette Jean-Marie Fabre.
« Notre société aujourd’hui a une organisation technocratique qui n’a pas un regard assez aiguisé sur l’agriculture » regrette Jean-Marie Fabre. - crédit photo : Vignerons Indépendants de France
Réélu président des Vignerons Indépendants de France ce début juillet, le vigneron de Fitou entame son deuxième mandat sous le signe de la relance des négociations des mesures de soutien au vignoble français. Combattif, il souligne la nécessité de mieux faire comprendre à l’exécutif le poids de la filière, qu’il s’agisse de chiffre d’affaires ou d’emploi.

En mars 2020, en plein confinement, vous étiez parmi les premiers représentants de la filière vin à demander des mesures de soutien aux trésoreries et à l’emploi. Quel bilan tirez-vous de vos demandes précoces face aux lenteurs administratives de la distillation de crise, aux incertitudes politiques sur son financement et sur la déception des exonérations de charges inaccessibles ?

Jean-Marie Fabre : J’en tire un bilan à la fois positif et un peu interrogatif. Quand on est un chef d’entreprise au contact direct des marchés, on a la capacité de voir arriver les difficultés. Les vagues. Les tsunamis, comme c’est le cas ici. Cette dynamique entrepreneuriale a permis [à la fédération des vignerons indépendants de France] de tirer l’alarme sur la crise sanitaire et économique que nous vivons. Notre vision a permis de s’orienter très tôt vers les bons dispositifs d’accompagnement, en termes de mesures et de calibrage. Ces propositions se sont révélées être justes et responsables.

Je suis satisfait par l’écoute des parlementaires (de l’Assemblée Nationale et du Sénat) et des conseillers du gouvernement (Agriculture, Bercy, Matignon…), ainsi que de la manière dont nos propositions ont été traduites dans un plan sectoriel reprenant les trois propositions ayant le plus d’effet de levier (soit la distillation de crise, l’aide au stockage privé et les exonérations de charges).

Le côté décevant, c’est qu’il a fallu convaincre tout le monde. Notre ministre de tutelle, Bercy, Matignon, l’Elysée… En France, ceux qui ont un mandat politique portent en étendard le patrimoine gastronomique, se servent de cet ancrage terrien et revendiquent la défense de ces secteurs. Mais en réalité, quand il a fallu des engagements financiers pour notre plan sectoriel, la réponse n’a pas été calibrée à la hauteur des enjeux. C’est encore le cas aujourd’hui, depuis la fin de la période d’enregistrement de l’appel à projet pour la distillation de crise.

 

Quelles sont vos doléances concernant la négociation de ce plan d'aides à la viticulture ?

D’autres plans sectoriels ont été annoncés plus tôt et calibrés plus justement sans avoir autant besoin de débattre et de convaincre : les secteurs du tourisme, de l’automobile, de l’aéronautique… Je ne conteste pas le besoin de ces plans massifs, je regrette que le secteur viticole ait eu autant besoin de convaincre. Les volumes [financiers] proposés me semblent responsables, mais ne sont pas atteints. Je ne peux pas imaginer que dans les jours qui viennent nos demandes ne soient pas satisfaites pour permettre à nos entreprises de passer le cap.

Notre secteur a un impact fort, c’est le poumon économique de 66 départements, mais malheureusement cette capacité de manager le territoire et de créer de l’emploi n’est pas perçu. Il faut encore se battre pour obtenir une véritable décision qui soit à la hauteur de la nécessité. Il y a beaucoup d’énergie et de temps perdus. La préservation de l’emploi, qui semble être la priorité de ce nouveau gouvernement, implique une meilleure prise en compte. Notre filière est composée de Très Petites Entreprises (TPE) où une crise en cascade peut générer une casse sociale importante.

 

Avec un nouveau gouvernement nommé ce 6 juillet, le conseil spécialisé vin de FranceAgriMer du 8 juillet pourra-t-il entériner de nouvelles mesures ?

Ce conseil spécialisé soit validé des éléments qui ne sont pas encore totalement finalisés. Avec le remaniement, il va falloir réexpliquer et repasser des messages au nouveau ministre de l’Agriculture, Julien Denormandie. Au lieu de reprendre là où nous en étions, nous risquons de devoir recommencer pour finaliser le dispositif. J’aurais aimé que le plan sectoriel soit bouclé avant le remaniement, cela aurait été plus sécurisant pour passer à sa mise en œuvre. Il est dommage que notre secteur soit encore dans une phase de construction et de négociation. Nous ne pouvons pas être dans l’action alors qu’une partie des règles du jeu n’est pas arrêtée.

Réellement, il faut à Paris une vision plus juste de ce que représente l’économie viticole. Notre plus grande difficulté, c’est que le monde terrien et agricole s’est éloigné des urbains. Si on enlève le côté carte postale et folklorique, l’image de ce que représente la filière vin n’est pas juste. Ce qui explique la mise en place de politiques publiques intégrant de moins en moins le secteur. Rares sont les cours de Polytechnique, Sciences Po ou HEC qui portent l’excellence de la France dans le vin. On y parle d’entreprises du CAC 40 ou high-tech en oubliant un poumon économique.

 

A l’occasion de votre réélection, vous faîtes entrer deux nouveaux présidents de commission : Pierre-Antoine Giovannoni, pour les salons et Mathieu Châtain pour la communication. Ces deux pôles sont-ils les priorités pour la poursuite de votre mandat ?

Les membres de l’ancienne équipe ont assuré la transition, permettant une continuité avec leurs successeurs. Les salons représentent 17 % du chiffre d’affaires de nos adhérents, c’est une activité capitale. Notre objectif est de mettre en avant l’innovation, nous proposerons de nouveaux services supplémentaires l’an prochain. La communication est de plus en plus gratifiante pour notre marque.

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