Plan de crise

Les vignobles qui distillent un peu, beaucoup… et désespérément

Lundi 29 juin 2020 par Alexandre Abellan

Achevée ce 19 juin, la campagne de distillation de crise du coronavirus n’est définitivement chiffrée que depuis quelques jours. Les services de FranceAgriMer ayant dû valider chaque contrat.
Achevée ce 19 juin, la campagne de distillation de crise du coronavirus n’est définitivement chiffrée que depuis quelques jours. Les services de FranceAgriMer ayant dû valider chaque contrat. - crédit photo : Création Vitisphere avec Info.gram
Retour en infographies sur 3,29 millions hectolitres de vins excédentaires à distiller. Avec de fortes demandes dans les vignobles languedociens et bordelais, mais aussi en Vallée-du-Rhône, Sud-Ouest, Alsace, Val de Loire… L’enjeu pour la filière est désormais d’obtenir une rallonge dans les prochains jours.

C’est un succès populaire dont la filière se serait passée. Enregistrant 3 291 728 hectolitres de vin, la campagne de la distillation de crise témoigne de volumes excédentaires exacerbés suite à la crise commerciale du coronavirus. Premier vignoble demandeur, le Languedoc-Roussillon souhaite engager 1,23 million hl (à 87 % des vins d’appellation et de pays, AOP et IGP). Egalement en difficulté, le vignoble aquitain (Bordeaux et Bergerac) pose une demande de 781 500 hl (95 % d’AOP/IGP), celui du Sud-Ouest 460 000 (76 % AOP/IGP), celui de Vallée-du-Rhône et de Provence de 403 000 (89 % AOP/IGP)… D’après les statistiques recoupées par Vitisphere (voir infographies ci-dessous), les demandes de négociants représenteraient 100 000 hl.

Pour être menée à bien, cette distillation demande un budget de 249 072 764 euros (avec des aides de 58 €/hl pour les VSIG et de 78 €/hl pour les AOP et IGP). Le gouvernement allouant une enveloppe de 155 millions d’euros, il manque actuellement 94 millions € pour pouvoir traiter l’ensemble des volumes (y compris en deux temps de distillation). En l’état, un taux unique de réduction des volumes engagés devrait être appliqué pour maintenir le niveau d’aides. Ainsi, seulement 60 % des volumes pourraient être traités. Ce qui ne permettrait pas à la distillation de crise d’avoir un impact suffisant sur les marchés du vin alertent les représentants de la filière dans une lettre à l’exécutif.

Financement

Envoyée ce 29 juin aux ministres de l’Agriculture, des Comptes publics et de l’Economie, le courrier de l’Association Générale de la Production Viticole (AGPV), de l’Union des Maisons & Marques de Vin (UMVIN) et du Comité National des Interprofessions des Vins (CNIV) estime que « l’Etat doit donc trouver les moyens de compléter l’enveloppe déjà allouée afin d’atteindre la distillation des 3 millions d’hectolitres que nous avions anticipés ». En prévision du conseil spécialisé vin de FranceAgriMer se tenant ce 8 juillet, « nous tenons d’ores et déjà à vous faire part que nous ne pourrons pas voter une proposition qui viserait à amputer le soutien à notre filière en puisant dans l’enveloppe du programme national d’aide » préviennent les signataires.

Activant la clause de revoyure prévue par l’exécutif, la filière compte également rappeler ses demandes d’aides au stockage privée (de l’ordre de 4 centimes par hectolitre), d’élargissement des exonérations des charges (selon la proposition de députés, rejetée en commission, mais dont les amendements sont étudiés cette semaine à l’Assemblée, y compris sur d'autres leviers), d’instauration de compensations directes ou indirectes aux surtaxes américaines (les promesses présidentielles étant restées verbales)...

"Promotion et vins sans alcool"

Des demandes plus originales émergent comme « des mesures permettant de compenser provisoirement une partie de la baisse à court terme de la demande sans compromettre les capacités de rebond de la filière (aide au stockage privé, mise en réserve interprofessionnelle ou réduction aidée de la production) » et « la reconquête des consommateurs passe par des mesures plus offensives comme la promotion de nos produits (sous réserve de modalités fluides et adaptées) et le développement de nouveaux produits (comme les vins sans alcool ou à faible degré) pour accéder à de nouveaux consommateurs, sur des segments de demandes dynamiques ».

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