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"Sauve-qui-peut"

Attaques groupées de mildiou et de black-rot dans le vignoble

Jeudi 14 mai 2020 par Marion Bazireau

Le Black-rot est particulièrement virulent.
Le Black-rot est particulièrement virulent. - crédit photo : Christelle Stef
Alors que nombre de parcelles restent inaccessibles, le mildiou et le black-rot se développent très rapidement dans les vignobles de Bordeaux et du Languedoc. Les conseillers redoutent déjà des pertes de récolte.

« L’urgence actuelle, c’est le mildiou », pose Jacques Rousseau, à l’Institut Coopératif du Vin (ICV). Le champignon n’épargne plus aucune zone viticole du Languedoc-Roussillon. De nouveaux foyers primaires sur feuilles et inflorescences ont été découverts partout dans l’Aude et le Gard la semaine dernière, et des repiquages sont déjà observés dans le Biterrois (Hérault).

Depuis la fin avril, les épisodes pluvieux se sont enchainés avant d'atteindre leur apogée le week-end dernier. De nombreuses parcelles sont désormais inaccessibles en tracteur. « Les viticulteurs qui sont équipés sortent leur quad ou leur atomiseur à dos. IIs ont tiré les leçons de 2018 et font le maximum pour protéger leurs vignes » rapporte Jacques Rousseau.

"Nous observons déjà des pertes de récolte "

« C’est sauve-qui-peut » renchérit Marc Guisset, à la Chambre d’Agriculture des Pyrénées-Orientales, département le plus touché de la région. « Toutes les parcelles sont concernées par des attaques. La situation est encore plus inquiétante qu’en 2018. Nous observons déjà des pertes de récoltes, et avec ce qu’il est tombé les 10 et 11 mai, nous savons déjà que nous constaterons de nouveaux dégâts à compter du 23 mai » se désole-t-il.

La situation n’est guère plus réjouissante à Bordeaux. Le risque mildiou y est à son maximum et les contaminations épidémiques se sont généralisées. Au 12 mai, 42 % des parcelles de référence du réseau de la Chambre d’Agriculture de Gironde présentaient des symptômes, sur feuilles et inflorescences, avec 21 % de ceps atteints.

Pluies quotidiennes

Depuis le 7 mai, il pleut tous les jours sur le vignoble bordelais. Les Graves ont même reçu 125 mm le 10 mai. Les produits de contacts sont vite lessivés et les sols sont détrempés. « Les viticulteurs ne peuvent pas passer entre toutes les gouttes, regrette Marc Vergnes, de l’Institut Français de la Vigne et du Vin (IFV). Et comme si cela ne suffisait pas, il y a aussi souvent trop de vent pour pouvoir traiter en respectant la réglementation. Nous verrons forcément de nouvelles sorties la semaine prochaine. » Le technicien encourage les viticulteurs à faire le maximum de prophylaxie, « en réalisant des levages et relevages très rigoureux pour aérer la végétation. Il faut aussi continuer à bien traiter pour limiter les repiquages. »

Les viticulteurs jouant de malchance, ce millésime est aussi très favorable au développement du black-rot. A Bordeaux, Marc Vergnes a retrouvé le champignon dans 90 % des parcelles non traitées, la totalité des ceps y présentant au moins un symptôme. « Il est fréquent que nous voyions une ou deux taches sur des feuilles en début de saison sur notre réseau non traité mais cette année c’est aussi le cas sur les parcelles traitées. Par endroit, nous rencontrons même des symptômes en « coup de fusil », qui témoignent de la virulence du bioagresseur. » Si les dégâts de black-rot se limitent pour l’heure aux feuilles à Bordeaux, en Charentes la pression est montée d’un cran supplémentaire. « Mon collègue a repéré des symptômes sur rameaux et sur inflorescences » alerte Marc Vergnes.

"Le champignon s'est développé dans des zones dans lesquelles nous ne le voyons jamais"

Dans les Pyrénées-Orientales, Marc Guisset a observé les premières taches de black-rot le 27 avril. Depuis, les symptômes se généralisent dans tout le département. « Le champignon gagne du terrain. Il s’est même développé dans des zones qui historiquement en sont toujours exempt. Seul le Haut Canton est encore épargné. En 2018, nous avions eu de fortes attaques de mildiou, mais pas de black-rot. Là c’est la double peine ».

Le black-rot s’installe aussi progressivement en région PACA. Les premiers symptômes ont été signalés dans les secteurs historiques du Sud de la Drôme et de la Vallée du Rhône, et le phénomène devrait se généraliser à la fin du mois de mai.

Pas de taches au Nord

En Bourgogne, la pression phytosanitaire est toujours au plus bas. Lors de leurs dernières tournées, les techniciens n’ont remonté aucune tache de black-rot. « Une seule tache fructifiée a été signalée dans un secteur très sensible de la Côte de Nuits, arrosé fin avril par un orage localisé » témoignent-ils dans le Bulletin de Santé du Végétal du 12 mai. lls appellent toutefois à la vigilance, la succession d’épisodes pluvieux ayant rendue le terrain plus favorable au développement des maladies.

Les viticulteurs ligériens connaissent également un début de campagne clément. Les parcelles non traitées du réseau de l’Association Technique Viticole du 49 ne présentent aucun symptôme de Mildiou. Quant au black-rot, il n’a a priori fait qu’une seule tache dans le vignoble, observée dans le Saumurois sur un cabernet-franc.

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