Exonération de charges

Les vins de Champagne ne veulent pas être les oubliés du plan de crise du coronavirus

Mercredi 13 mai 2020 par Alexandre Abellan

« L’enjeu est l’accompagnement de la baisse des rendements » souligne Maxime Toubart.
« L’enjeu est l’accompagnement de la baisse des rendements » souligne Maxime Toubart. - crédit photo : SGV
Si les modalités du plan sectoriel préparé par le gouvernement ne sont ni finalisées, ni précisées, la filière champenoise s’inquiète de voir passer devant elle un paquet d’aides auquel elle pourrait ne pas être éligible.

Découvrant avec circonspection les premiers dispositifs du plan viticole de crise du coronavirus, le vignoble champenois n’a qu’une crainte : voir passer la caravane des exonérations de charges sociales et patronales sans pouvoir en profiter. « Pour l’instant, nous sommes assez déçus par la tournure qui est prise » ne cache pas Maxime Toubart, le président du Syndicat Général des Vignerons de Champagne. Dans un communiqué encore évasif ce 12 mai, les ministères de l’Agriculture et de l’Economie évoquent seulement « des exonérations de cotisations sociales pour les TPE et PME les plus en difficulté », quand il était question ce 11 mai, lors d’une visioconférence avec les représentants de la filière vin, d’une exonération à 100 % des charges sociales et patronales, mais dont l’enveloppe de 100 millions € restait à calibrer selon le périmètre des besoins réels.

« Nous n’avons pas le cadrage, mais l’orientation qui semble prise demanderait la justification d’une baisse de revenus » évoque Maxime Toubart. Causant une crise commerciale généralisée pour toute la filière champenoise, la pandémie de coronavirus ne se ressent immédiatement que sur le chiffre d’affaires des opérateurs commercialisant leurs vins en bouteilles. « Mais pour les ventes de raisin, il y a un décalage. Les vignerons champenois vendant au kilos sont actuellement payés pour leur récolte 2019, ils ne sentiront cette crise qu’après nos décisions de juillet sur les rendements. Cela représente 10 à 12 000 viticulteurs sur 15 000 » explique Maxime Toubart.

"Si l’on produit moins, il faut moins de charges"

Alors que le niveau de baisse du rendement 2020 est au cœur des débats actuels entre producteurs et négociants champenois, l’équation est simple pour le président du SGV : « si l’on produit moins, il faut moins de charges en face ». Reste pour le syndicaliste à faire entendre ses arguments à l’exécutif. Ce qui va demander autant de pédagogie que de persuasion, le délit de richesse supposée de la viticulture champenoise n’étant pas un mince handicap. D’autant plus que contrairement à d’autres vignobles aux crises bien identifiées (Bordeaux, Languedoc…), les opérateurs de Champagne ne veulent pas demander de gestion de crise pour les volumes non-commercialisés.

« Si nous ne demandons pas de distillation et de stockage, c’est parce que nous avons mis en place une organisation qui fonctionne. Il est dommage qu’un vignoble qui fasse l’effort d’être structurellement organisé puisse passer à côté de fonds dont il a cruellement besoin » souligne Maxime Toubart. Pour lui la chose est entendue : « en Champagne, il n’y a pas d’intérêt à la distillation. Nous calculons notre production au plus proche des besoins du marché. Nous avons toujours adapté nos rendements à la réalité du commerce. » Sans jouer au bon élève, la Champagne compte bien ne pas être pénalisée dans l’accès au plan d’aide au vignoble français.

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