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Rendez-vous manqué

Le plan de sauvetage des vins français reculé… pour mieux sauter la crise du coronavirus ?

Mercredi 06 mai 2020 par Alexandre Abellan

Alors que la filière plaide depuis des semaines son besoin de soutien à l'exécutif, les mesures concrètes tardent à arriver. Ce qui maintient le flou sur une situation déjà hautement incertaine.
Alors que la filière plaide depuis des semaines son besoin de soutien à l'exécutif, les mesures concrètes tardent à arriver. Ce qui maintient le flou sur une situation déjà hautement incertaine. - crédit photo : Der Wanderer über dem Nebelmeer, de Caspar David Friedrich (1818, Kunsthalle de Hambourg)
Posant un lapin de dernière minute aux représentants du vignoble, le gouvernement reporte ses annonces d’un plan de crise du coronavirus. Persistant, ce manque de visibilité pousse la filière à espérer que l’exécutif prenne l’ampleur de ses difficultés pour y palier efficacement.

Ce 6 mai, la filière du vin français fête la sainte Prudence. Alors que les ministres de l’Agriculture, des Comptes Publics et de l’Economie (soit Didier Guillaume, Gérald Darmanin et Bruno Lemaire) lui ont posé un lapin ce matin, les représentants du vignoble ne cachent pas leur étonnement, mais veulent rester zen et ne pas s'emporter. Pourtant, la réunion interministérielle qui devait se tenir à 11 heures était d’importance, devant aboutir à l’annonce de l’attendu plan sectoriel de sortie de crise du coronavirus. Mais si les élus du vin ont vu cette visioconférence annulée à la dernière minute, a priori pour une incompatibilité d’emploi du temps de Bercy, la patiente prudence reste leur mot d’ordre alors que le prochain rendez-vous interministériel est prévu en début de semaine prochaine.

Pendant que l’urgence de trésorerie s’aggrave dans le vignoble, entre la baisse des commercialisations et la poursuite des dépenses pour les travaux viticoles, « nous demandons à ce que les choses gagnent rapidement en visibilité » résume Stéphane Héraud, le président de l’Association Générale de la Production Viticole (AGPV). « Je veux croire que ce nouveau délai est le signe d’un cadrage des détails budgétaires qui va permettre de débloquer un véritable plan Marshall » renchérit Jean-Marie Fabre, le président des Vignerons Indépendants de France (VIF). Le vigneron languedocien appelant à « des mesures fortes et un budget conséquent, à la hauteur des enjeux ».

500 millions €

Portées par l’AGPV, les plans d’aide proposé par la filière s’élève à 500 millions d’euros. Avec notamment le souhait d’une exonération des cotisations sociales des exploitants et des charges sociales patronales jusqu’à la fin 2020, ainsi que la baisse de la TVA pour les vins sur le réseau des Cafés Hôtels et Restaurants (CHR). Le gros des demandes viticoles concerne le financement d’une distillation de crise (260 millions € pour au moins 3 millions d’hectolitres à 80 €/hl pour AOP/IGP et 65 €/hl pour VSIG, sans oublier une aide aux distillateurs), à un stockage privé (sur les mêmes ordres de prix), à des vendanges en vert et à une réduction des rendements. Ces derniers outils de retrait des marchés sont désormais autorisés par la Commission Européenne, à défaut d’être financés par elle. Ne débloquant pas de nouveaux fonds, Bruxelles permet en effet aux Etats Membres de gagner en flexibilité d’interventions, notamment via leur Plan National d’Aide viticole (PNA) permettant de financer la distillation et le stockage privé avec des fonds européens, mais la filière vin en appelle au financement de ces mesures avec de nouveaux fonds nationaux*.

"Faire un bon plan viticulture"

« Comme l’Union Européenne n’est pas au rendez-vous (sauf pour sauver le lait, les fruits et légume), c’est aux Etats-Membres d’assurer l’aide de crise » rappelle la députée tarnaise Marie-Christine Verdier-Jouclas (La République En Marche). La présidente du groupe de travail vin de l’Assemblée Nationale souligne que désormais l’exécutif « a tout ce qu’il faut pour faire un bon plan viticulture. En prenant en compte le rythme de réouverture du réseau des Cafés, Hôtels et Restaurants (CHR), il faut un plan qui puisse aider, et pas saupoudrer ! » Avec l'eurodéputée Irène Tolleret (également issue de LaREM), la députée du Tarn prépare une lettre rapellant l'urgence de la situation au président de la République, au premier ministre, à Bercy et au ministère de l'Agriculture.

Une nouvelle pression pour maintenir l'impatiente prudence et ne pas tomber dans la méfiante défiance. Entre les deux il n’y a plus qu’une nuance pour la filière vin, qui demandera à être levée dès la semaine prochaine par l'exécutif.

 

* : Visant la fongibilité des fonds non-utilisés dans le PNA (et non leur retour à Bruxelles ou leur utilisation pour la distillation ou le stockage), l’AGPV demande d’« obtenir une gestion des programmes nationaux d’aide de l’Organisation Commune de Marché viti-vinicole européenne qui permette un report des crédits non utilisés d’une année à l’autre pour permettre la relance du marché ». A noter que l’AGPV demande également à ce que soient « payés définitivement les soldes dus aux opérateurs sur la mesure de promotion sur les pays tiers » (cliquer ici pour en savoir plus).

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