Champagne

« Les ventes de Champagne ont chuté de 80 % en mars et avril »

Jeudi 30 avril 2020 par Aude Lutun

Maxime Toubart, président du SGV : 'Je renouvelle mon appel au négoce pour mettre en place une communication d’envergure sur le champagne, en ciblant des profils de consommateurs et des pays. C’est le moment opportun pour le faire.'
Maxime Toubart, président du SGV : 'Je renouvelle mon appel au négoce pour mettre en place une communication d’envergure sur le champagne, en ciblant des profils de consommateurs et des pays. C’est le moment opportun pour le faire.' - crédit photo : DR
Maxime Toubart, président du Syndicat général des vignerons dresse le bilan de la crise actuelle et évoque les pistes pour aborder les prochaines années.

Où en sont les ventes de mars et d’avril ?

Nous n’avons pas encore de chiffres précis, mais on peut estimer que la baisse des ventes sur ces deux mois est de 80 %. Tous les lieux de consommation du champagne sont fermés. Quand on produit le vin de la célébration et de la fête, on est forcément très impacté par la situation actuelle. La crise sanitaire a marqué un coup d’arrêt à notre filière, et les vignerons, négociants et coopératives sont à la même enseigne.

Le niveau de rendement des prochaines vendanges sera-t-il faible ?

L’interprofession décidera fin juillet du niveau de l’appellation pour les vendanges 2020. En dire davantage avant cette date est irresponsable. Nous ne savons pas comment va se dérouler le déconfinement, ni quand et comment les bars et restaurants vont rouvrir. Nous ne savons pas non plus quel sera le comportement des consommateurs. Le niveau de rendement sera un compromis entre notre capacité à vendre des bouteilles et la capacité financière des vignerons à absorber une ou plusieurs petites récoltes.

Quelles sont les pistes de négociations avec le négoce ?

Toutes les pistes sont abordées. Il n’y a aucun sujet tabou. Nous réfléchissons au niveau d’appellation à des échéanciers de paiement du raisin différents, au devenir du marché du vin sur lattes, etc. Cette crise est très violente. Le but est de sauver le maximum d’opérateurs, au vignoble comme au négoce. Mais on sait que ceux qui étaient déjà fragiles avant cette crise brutale auront de grandes difficultés à se maintenir.

Anticipez-vous une sortie de crise très lente ?

On en a pour plusieurs années. Il est trop tôt pour savoir si nous prendrons trois ans ou dix ans pour en sortir…

Si le commerce repart en fin d’année et que le bilan annuel atteint 230 millions de cols (contre 297 millions en 2019 NDLR), ce n’est pas la même chose que si nous ne vendons que 150 millions de cols. Nous bénéficions d’une très belle notoriété et j’ai confiance dans la capacité du champagne à continuer d’accompagner les moments festifs et heureux. La campagne de communication du SGV est maintenue pour le début de l’été. Elle sera adaptée. Je renouvelle mon appel au négoce pour mettre en place une communication d’envergure sur le champagne, en ciblant des profils de consommateurs et des pays. C’est le moment opportun pour le faire.

Pensez-vous que les primes pour les raisins certifiés VDC ou HVE seront plus élevées ?

La décision de majorer les primes est du ressort du négoce. Ils auront le choix cette année, donc il est probable qu’ils se tournent en priorité vers les vignerons qui sont certifiés. Le SGV le dit depuis plusieurs années : la certification sera une clef d’entrée pour vendre ses raisins. Ce virus nous fait tous réfléchir et si cette crise doit avoir un côté positif, c’est de mieux prendre en compte l’environnement. Il ne peut pas y avoir de pause sur les sujets environnementaux.

L’organisation des vendanges suscite également de l’inquiétude…

L’interprofession a formulé des propositions très précises au Préfet début avril (recours à la main d’œuvre étrangère, assouplissement des règles d’hébergement des saisonniers, suspension du repos hebdomadaire, dérogation du temps de travail, etc). Il va nous falloir intégrer le respect des gestes barrière, ce qui ne sera pas simple pour le transport des vendangeurs, le logement, les repas, le travail dans les vignes, etc. Ce sont des vendanges qui coûteront plus cher.

Le SGV a des contacts avec Bercy. Quelle est votre demande ?

La viticulture est sur un cycle long, très différent de celui des CHR. Pour ceux qui vendent des bouteilles, le manque de trésorerie est immédiat. Pour ceux qui vendent des raisins, il sera perceptible à la fin 2020. Pour mesurer la perte d’activité des entreprises, nous demandons au gouvernement de ne pas se baser uniquement sur la période du confinement, mais sur un temps plus long.

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