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N'en déplaise aux hygiénistes

Un bon vin reste la recette d'un bon début de semaine pour Charles Péguy

Lundi 13 avril 2020 par Alexandre Abellan

  'Commençons la semaine en buvant du bon vin' vous propose de chanter, sur un air perdu, Charles Péguy.
'Commençons la semaine en buvant du bon vin' vous propose de chanter, sur un air perdu, Charles Péguy. - crédit photo : BnF, Gallica (catalogue de l'exposition de 1950)
Déjà suspendue en cette période de confinement, le cours de la vie semble l'être encore un peu plus ce lundi de Pâques avec l’attente des annonces présidentielles du soir. L’occasion parfaite de relire un extrait des Cahiers de la Quinzaine.

Aujourd’hui engluée dans l’épidémie de coronavirus et son long confinement, la France a déjà affronté nombre de débuts de semaines difficiles par le passé. Parmi ces lundis blêmes et mardis difficiles, il semble pertinent de se pencher sur les notes et enseignements de l’écrivain Charles Péguy. L'écrivain dreyfusard se souvient ainsi du mardi 6 juin 1905 dans Notre Patrie (Cahiers de la Quinzaine du 22 octobre 1905*). Après le choc de l’attentat anarchiste manqué contre le roi d’Espagne, le mercredi 31 mai à Paris, le fervent républicain se rappelle la difficulté de reprendre le chemin de la vie normale : « il fallut revenir à Paris afin de recommencer la semaine ; une ancienne chanson française, que nul aujourd’hui ne sait plus, qui ferait le désespoir de nos modernes antialcoolistes, elle-même commence par les enseignements suivants :

"Commençons la semaine

En buvant du bon vin"

Ces vieux enseignements sont à jamais perdus ; nous commençons généralement nos semaines en nous abreuvant d’ennuis, de travail, de présence ; et nous les continuons, et nous les finissons comme nous les avons commencées » constate, désenchanté, Charles Péguy.

Si ce 6 juin 1905 a tant marqué l’écrivain, et semble lui faire regretter de ne pas avoir suivi le conseil des sages chansons d’antan, c’est parce qu'il annonce un affrontement guerrier inévitable entre la France et l'Allemagne. Ce matin-là, il y a 115 ans, le ministre des affaires étrangères, Théophile Delcassé, est poussé à la démission par son gouvernement, sous la pression de l’empire allemand, suite aux tensions découlant du coup de Tanger (le débarquement le vendredi 31 mars 1905 de l’empereur Guillaume II dans le port marocain, pour remettre en cause les visées coloniales françaises sur l'Afrique du Nord). Avec cette démission « une période nouvelle avait commencé dans l’histoire de ma propre vie, dans l’histoire de ce pays, et assurément dans l’histoire du monde » note Charles Péguy six mois plus tard.

"La vie de tous les jours"

Au-delà de son conseil de boire une bonne bouteille, permettant il est vrai de s’assurer que la nouvelle semaine comportera au moins un élément hautement positif et réconfortant, Charles Péguy amène un autre enseignement à ces compatriotes aujourd’hui confinés, et notamment aux vignerons dépassés par l’ampleur des évènements actuels : « nous ne sommes pas de ces grands génies qui avaient toujours un œil sur le tsar et l’autre sur le mikado ; les destins des empires nous intéressent énormément ; mais nous sommes tenus de gagner notre pauvre vie ; nous travaillons du matin au soir ; nous faisons des journées de beaucoup plus de huit heures ; nous avons, comme tous les honnêtes gens et le simples citoyens, beaucoup de soucis personnels ; on ne peut pas penser toujours aux révolutions de Babylone ; il faut vivre honnêtement la vie de tous les jours ; elle est grise et tissée de fils communs. »

 

 

 

* : Ce cahier est disponible en ligne, sur le site de la bibliothèque de Toronto (pages 236 et 237 du recueil).

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