LE FIL
Vous devez être connecté pour selectionner cet article dans vos contenus sauvegardés.
x

Surtaxes américaines

Plus d’illusion des vins français sur la promesse d'un fonds de compensation rapide

Mercredi 18 mars 2020 par Alexandre Abellan

Tirant depuis six mois la sonnette d’alarme, les vins français font face à l’attentisme de la Commission Européenne et aux esquives de l’Etat français.
Tirant depuis six mois la sonnette d’alarme, les vins français font face à l’attentisme de la Commission Européenne et aux esquives de l’Etat français. - crédit photo : Création
Passant au dernier des plans face à l’urgence sanitaire du coronavirus, les demandes de la filière du vin de France pour compenser leur désavantage compétitif aux Etats-Unis sont dans les limbes communautaires et pourraient devenir l’Arlésienne de 2020.

Balayant tout sur son passage, l’épidémie mondiale de Covid-19 n’est pas la seule responsable du marasme dans lequel sombrent les demandes d’aides du vignoble et du négoce français pour leurs expéditions aux Etats-Unis. Victime depuis le 18 octobre 2019 d’une surtaxe américaine de 25 % sur ses vins tranquilles, la filière hexagonale demande inlassablement une enveloppe compensatrice de 300 millions d’euros pour absorber des mesures de rétorsion qui lui sont étrangères. Pesant directement sur la compétitivité et l’attractivité des vins français, ces surtaxes sanctionnent en effet des subventions européennes à l’avionneur Airbus en infraction des règles de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC).

Semblant avoir pris toute la mesure des difficultés affrontées par sa filière vin, le président de la République avait suscité l’espoir autant que l’attente lors du dernier salon international de l’Agriculture en annonçant un fonds de compensation européen dès ce printemps. Mais ces déclarations d’actions urgentes résonnent désormais dans les couloirs des instances communautaires : la réflexion européenne sur la création d’un fonds de compensation au bénéfice des vins surtaxés (ceux de France, mais aussi d’Allemagne, d’Espagne et de Grande-Bretagne). Demandée par l’Etat français à la Commission Européenne, la mise en place d’un fonds de compensation de 300 millions d’euros serait suspendue au rendu d’une étude d’impacts des surtaxes sur les secteurs agricoles. Ces travaux devant « être publiés dans les semaines à venir, une avancée rapide sur le dossier me semble de ce fait compromise, mais tout est encore possible » estime Clara Behr, la chargée de mission à la Confédération Européenne des Vignerons Indépendants (CEVI).

"Contentieux retour"

Jouant la montre, la Commission Européenne attendrait l’ouverture d’une porte de sortie sans toucher à ses lignes budgétaires : les négociations avec les Etats-Unis, actuellement au point mort, en prenant appui sur le jugement attendu ce premier semestre, a priori en mai ou en juin, de l’OMC sur les subventions américaines à l’avionneur Boeing. Au niveau européen, « il y a toujours une posture de "désescalade du conflit commercial"*. Donc attendre le résultat du contentieux retour et sortir par la négociation avec l’administration américaine » s’impatiente Jean-Marie Fabre, le président des Vignerons Indépendants de France (VIF).

Dans ce dossier, « la commission européenne pense que c’est un problème d’états membres du consortium Airbus » analyse Jean-Marie Barillère, le président du Comité National des Interprofessions des Vins à AOP et IGP (CNIV). Face au soutien essentiellement verbal du gouvernement français (voir encadré), Jean-Marie Barillère souligne que la filière maintient « ses demandes à l’état français » : débloquer immédiatement un fonds de 300 millions d’euros pour atténuer le choc commercial des surtaxes et maintenir les expéditions vers un marché export clé.

Négociations

Ne baissant pas les armes, la filière vin continue à mener des discussions avec l’Etat et Airbus pour les amener à assumer leurs responsabilités dans leur méconnaissance de longue date des règles de l’OMC. Airbus n’étant d’ailleurs toujours pas en conformité, la filière vin pourrait attendre bien après la fin de l’épidémie du coronavirus la fin de ce désaccord sur les moyens de subventions des programmes aéronautiques dont elle est une victime collatérale.

 

* : Cette terminologie renvoie également à des termes employés par… Airbus. Auditionné ce 9 mars par la commission des affaires économiques du Sénat, Guillaume Faury, le président exécutif d'Airbus, ne répond pas directement aux interpellations des parlementaires sur l’impact des mesures de rétorsion sur la filière vin, mais déclare plutôt que « ce conflit est utilisé pour créer une guerre commerciale et un rapport de forces. Nous sommes très attachés à ce que les autres filières comprennent qu'il ne s'agit pas d'une bagarre entre filières, mais qu'il nous faut le soutien européen pour nous défendre. Notre objectif est la désescalade et la résolution du conflit, mais en conservant notre solidarité européenne et notre solidarité entre filières. Nous échangeons avec les représentants des filières concernées afin de bien défendre l'intérêt européen avec les moyens légaux qui nous seront fournis en mai par OMC. J'ai conscience que c'est long et très dur. »

Derniers soutiens venus de Bercy

Interpellé par des parlementaires ces dernières semaines, Bruno Lemaire, le ministre de l’Economie a martelé son soutien à la filière vin, sans amener de nouvelles actions concrètes. « Nous demandons d'abord la mise en place le plus rapidement possible d'un fonds de compensation européen à hauteur de 300 millions d'euros. Les États-Unis, la Chine et le Royaume-Uni, les trois premiers marchés pour le vin français, sont impactés par les droits de douane, le coronavirus et le Brexit : la situation est compliquée » indique le ministre, lors de son audition ce 10 mars par la commission des affaires économiques du Sénat,

Privilégiant la piste d’« un accord global entre les États-Unis et l'Europe sur le cas Boeing-Airbus » et non un « jeu de sanctions et de représailles », le ministre rappelle que la diplomatie peut encore obtenir des victoires : au début d’année, les Etats-Unis « envisageaient d'imposer 100 % de droits de douane sur les vins tranquilles et sur les vins effervescents, si nous ne trouvions pas d'accord sur le sujet de la taxation du numérique, mais cette menace est écartée pour le moment, ce qui nous a demandé des heures et des heures de négociations ! »

Bruno Lemaire promeut cette stratégie depuis plusieurs mois, comme lors de son audition en commission des affaires étrangères de l’Assemblée Nationale, ce 28 janvier : « le match retour se jouera en juin, […] nos alliés américains attendent de connaître les chiffres de l’OMC pour s’engager dans un règlement définitif » déclare l’« ardent défenseur de la viticulture, qu’elle soit alsacienne, bordelaise, bourguignonne, corse ou rhônalpine ».




 

RÉAGISSEZ A L'ARTICLE

Recopier le code :
Processing
Voir toutes les réactions
© Vitisphere 2020 - Tout droit réservé