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Pour Philippe Delerm

Dans l’intimité de la nuit, un verre de vin se donne à voir et non à boire

Samedi 29 février 2020 par Alexandre Abellan

« C’est un jeu, d’emblée, une posture – même et surtout si l’on feint de regarder ailleurs, de se livrer à la conversation » décrit Philippe Delerm.
« C’est un jeu, d’emblée, une posture – même et surtout si l’on feint de regarder ailleurs, de se livrer à la conversation » décrit Philippe Delerm. - crédit photo : DR
Fin observateur, l’écrivain donne sa vision d’un geste moins suspendu à la simple dégustation d’une bouteille qu’à une occasion de prendre le contrôle sur le temps.

Après la Première gorgée de bière et autres plaisirs minuscules, Philippe Delerm continue à disséquer les attitudes faussement détachées de ses contemporains dans l’Extase du selfie et autres gestes qui nous disent (édition du Seuil). Dans son chapitre « un verre sans le boire », l’écrivain se penche sur la pause du temps obtenue par des instants de pose.

« On a le verre de vin à la main, trois doigts en prise sur son galbe, le pouce vers le corps, l’index et le majeur dispensés de la mise en scène » décrit Philippe Delerm, précisant pour poser le décor que « c’est un geste du soir, plutôt quand on est deux » et que « c’est mieux quand il fait nuit dehors. On déambule de pièce en pièce, de lampe basse en livres dispersés. »

"Un soir qui veut se prolonger, qui se prolonge"

Affiché, ce fait de ne pas boire est une inaction promenée : « on ne prend pas un verre. On garde un verre dans sa main. On a goûté le vin à peine, ou pas, on ne s’en souvient plus, ce n’est vraiment pas ce qui compte. Il s’agit de tenir, de retenir, de différer, de ne rien entamer, le jeu est là » détaille Philippe Delerm. Pour l’écrivain, « voilà qu’on commande, simplement parce que le vin est à portée, que l’on n’engloutit pas, qu’on se refuse même à déguster, même à humer. C’est si bon d’inventer cette distance de la coupe aux lèvres. Mais le plaisir n’est en pas la cause ; le vin ne sera pas meilleur de toute cette attente. » Le tout étant au final qu’avec ce geste nocturne, « on devienne l’élégance un peu flatteuse d’un geste faussement distrait, l’éternité d’une soif qui jamais ne s’étanche ».


 

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