Surproduction californienne

20 000 hectares de vignes à arracher pour retrouver l’équilibre

Mercredi 19 février 2020 par Sharon Nagel

Quelque 6 000 ha auraient déjà été arrachés vers la fin de 2019. Ici, une parcelle de zinfandel dans la région de Lodi.
Quelque 6 000 ha auraient déjà été arrachés vers la fin de 2019. Ici, une parcelle de zinfandel dans la région de Lodi. - crédit photo : Lodi Winegrape Commission
La semaine dernière, les services agricoles californiens ont publié les prévisions de récolte pour 2019. Le volume total, estimé à 3,89 millions de tonnes, est certes en baisse de 9,1% par rapport à 2018, mais les problèmes de surproduction ne sont pas pour autant écartés.

Un problème démographique

Le mois dernier, la célèbre marque Charles Shaw – alias « Two Buck Chuck » - a refait son apparition sur les linéaires californiens de Trader Joe’s au prix de 1,99$. C’est un signe qui ne trompe pas. Depuis 2013, le positionnement prix de cette marque née en 2002 lors du dernier déséquilibre entre l’offre et la demande, avait renchéri d’un dollar dans son berceau californien. En cause, la conjonction de deux phénomènes : un rythme de plantations supérieur au taux de remplacement normal, couplé à une progression de la consommation inférieure aux attentes.

C’est sans doute ce deuxième phénomène qui inquiète le plus : les fameux « Baby Boomers » diminuent leur consommation de vins et ne sont pas suffisamment remplacés par les « Millennials » comme l’avaient espéré les professionnels américains. Ce qui fait dire à l’organisme qui représente les viticulteurs californiens – Allied Grape Growers (AGG) – qu’il va falloir réduire la voilure côté production. « Un simple calcul montre que nous devons arracher entre 30 000 et 60 000 acres [soit entre 12 000 et 24 000 hectares] », note l’organisme dans son dernier rapport. « Autrement dit, nous devons passer sous la barre des 550 000 acres [222 000 hectares] ou du moins ne pas dépasser cette superficie pour pouvoir atteindre régulièrement le "bon" niveau de production dont nous avons besoin, étant donné la demande actuelle ».

 

10 % de la récolte laissé sur pied ?

Cette situation était-elle prévisible ? En filigrane, l’AGG suggère que oui, émettant l’hypothèse selon laquelle les professionnels ont mis du temps pour « reconnaître et appréhender la réalité et l’ampleur de la stagnation des sorties des chais », préférant se rassurer en se focalisant sur la tendance vers la premiumisation. Pendant ce temps, les stocks ont continué à s’accumuler – restant supportables « tant que les marges et les bénéfices étaient bien orientés » - pour ensuite basculer dans l’insupportable avec la forte récolte de 2018. Résultat : en 2019, de très nombreuses grappes sont restées sur pied. « Il n’y a aucun décompte des quantités de raisins qui sont restés sur pied, mais de façon empirique, nous pouvons l’estimer à plus ou moins 100 000 tonnes », précise l’AGG. Certaines estimations vont même jusqu’à évoquer 10 % du volume de la récolte, mais l’AGG affirme ne pas disposer de preuves qui montreraient que 400 000 tonnes n’auraient pas été récoltées.

Dans tous les cas, l’organisme estime que la surproduction représente environ 200 000 tonnes par an et qu’il faudrait donc arracher environ 20 000 ha pour espérer atteindre l’équilibre d’ici la prochaine récolte. Outre la superficie du vignoble, certaines typologies de produits ne répondent plus à la demande – c’est le cas du zinfandel blanc et du ruby cabernet – ce qui explique aussi la tendance à la baisse des exportations de vins californiens depuis plusieurs années. Pour toutes ces raisons, le courtier californien Steve Turrentine prédit que l’innovation – à la Two Buck Chuck – va entrer de nouveau en jeu, « comme c’est toujours le cas pendant les périodes excédentaires du cycle ». 

 

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