Aléas climatiques 2019

Le chaleur caniculaire dans l’Hérault crée une vive émotion

Mardi 24 décembre 2019 par Michèle Trévoux

En juillet dernier, le ministre de l'Agriculture, Didier Guillaume, est venu constaté les dégâts provoqués par la sécheresse.
En juillet dernier, le ministre de l'Agriculture, Didier Guillaume, est venu constaté les dégâts provoqués par la sécheresse. - crédit photo : Marion Sepeau Ivaldi
L'année 2019 aura été marquée par la chaleur, particulièrement dans le Sud de la France où les températures atteignent les 48 °C le 28 juin, provoquant des dégâts inédits.

« Je n’ai pas envie d’en parler. Je suis trop malheureux ». Ce lundi 1er juillet, ce vigneron héraultais, implanté en AOC Grès de Montpellier est encore sous le choc du désastre dans son vignoble, après les chaleurs caniculaires du 28 juin. Il n’est pas le seul. Au domaine de Roquemale à Villeveyrac, Valérie Ibanez est elle aussi ébranlée. « Mes syrah sont toutes très touchées, les souches en bord de garrigues sont grillées. Les plantiers ont également beaucoup souffert. Par contre, les vieux grenache et cinsault conduits en gobelet s’en sortent mieux. Ce n’est pas tant la perte de récolte qui m’anéantit, mais c’est l’intensité de cet événement. De mémoire de vigneron dans la commune, on n’a jamais vu ça. On touche du doigt les effets dramatiques du réchauffement climatique et c’est flippant », confie-t-elle, encore sous le coup de l’émotion.

"« En 4 ans, je n’ai fait qu’une récolte normale »"

Au domaine Saint Jean de l’Arbousier à Castries, Nicolas Viguier, installé en bio depuis tout juste quatre ans sur ce domaine familial de 38 ha, ne cache pas son anxiété : « Le vignoble a été très sévèrement touché. J’ai déjà perdu 30 % des raisins. Mais ce n’est sans doute qu’un début. Il y a des parcelles où les raisins sont encore là, mais les feuilles dans la zone fructifères sont tombées. Comment ces vignes vont-elles passé l’été ?   Nous ne sommes que début juillet et elles ont déjà l’aspect qu’elles ont habituellement en septembre. Nous avons un terroir avec des galets roulés, qui ont réverbéré la chaleur. Il a sans doute fait plus de 50°C au soleil pendant 5 à 6 h. C’est alarmant car les événements climatiques s’enchainent d’année en année. En 4 ans, je n’ai fait qu’une récolte normale, alors qu’en 35 ans, mon père n’a connu que deux années de mauvaise récolte. Je suis très inquiet pour l’avenir », témoigne-t-il. A Gabian, au domaine de Cadablès, Bernard Isnar a déjà revu à la hausse sa première estimation des dégâts. « Lors d’une première tournée dans mes vignes dimanche, j’avais estimé les pertes à 30 %, mais en parcourant mon vignoble aujourd’hui, j’ai vu la désolation. J’ai perdu 50% de ma récolte. J’avais traité au soufre une semaine avant ces températures historiques. Ce traitement a sans doute aggravé les brûlures. J’ai des parcelles où il reste les raisins, mais les feuilles sont grillées. Comment ces raisins vont-ils arriver à mûrir ? » , s’inquiète ce viticulteur.

 Un tiers du département de l’Hérault impacté

La Chambre d’Agriculture de l’Hérault a réuni le 1er juillet  une cellule de crise et organisé l’après-midi une visite sur le terrain pour constater les dégâts en présence du Préfet, des élus et des responsables professionnels. « Environ un tiers du département est fortement impacté par ces chaleurs caniculaires. Cela correspond à une zone où les températures sont montées entre 41 et 45°C . Les zones touchées sont surtout à l’est du département : le Pic Sant Loup, les Grès de Montpellier, la vallée de l’Hérault et le Faugérois. C’est un phénomène totalement inédit. L’échaudage l’été, on connaît, mais des feuilles et des raisins brûlés à cette époque et sur une telle surface, c’est du jamais vu. La brûlure du soleil a été renforcée par un vent excessivement chaud qui a soufflé de 15 h à 18 h. Les traitements au soufre semblent avoir amplifié les dégâts. Par contre, les vignes irriguées ont mieux résisté. Même un cépage comme le carignan qu’on pensait résistant à la sécheresse a été très touché. Moi-même, j’ai 6 ha de carignan qui ont été complétement grillés », a expliqué Jérôme Despey, président de la Chambre d’agriculture de l’Hérault.

Des mesures d’urgence vont être mises en place pour accompagner les viticulteurs sinistrés qui ont tout intérêt à se signaler au plus tôt au numéro d’urgence mise en place par la chambre d’agriculture.

Une enquête pour comprendre ce qui s’est passé

« J’ai pris l’ampleur des dégâts. C’est comme si une boule de feu s’était déployée sur le vignoble. Les dégâts sont très impressionnants. Au-delà des mesures d’urgence à prendre pour gérer les situations difficiles à court terme, je vais saisir le pôle de recherche agronomique pour qu’une enquête soit immédiatement diligentée pour qu’on comprenne ce qui s’est passé et qu’on en tire les enseignements pour que les viticulteurs puissent s’adapter à ces conditions de chaleur extrême », a annoncé Pierre Pouessel, préfet de l’Hérault.

Ce nouvel aléa climatique est un coup dur pour la viticulture languedocienne. « Nos jeunes ne veulent plus s’installer. Nos adhérents vieillissent et sont découragés par cette succession de catastrophes : inondations, grêle, gel, sécheresse, coup de chaud. Il n’est plus possible de faire une récolte normale et les viticulteurs sont en train de baisser les bras. Je suis très inquiet pour l’avenir de notre viticulture », a lancé Philippe Coste, en clôture de cette réunion sur le terrain.

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