Modèle gagnant ?

Le crémant ne connaît pas la crise de Bordeaux

Vendredi 13 décembre 2019 par Alexandre Abellan

« Nous nous inspirons de la logique champenoise, mais nous sommes modestement à l’an zéro comparaît à leurs succès » souligne Philippe Cazaux.
« Nous nous inspirons de la logique champenoise, mais nous sommes modestement à l’an zéro comparaît à leurs succès » souligne Philippe Cazaux. - crédit photo : UG Bordeaux
A contre-courant de la morosité commerciale ambiante, les fines bulles se développent sur une base plus champenoise que bordelaise.

Prenez les éléments traditionnels de production du vin rouge bordelais, renversez-les et vous aurez les leviers de la réussite des crémants de Bordeaux : des vignobles de plaines très vigoureux et à forts rendements, une logique de maisons de marques fortes et non de châteaux multiples, une contractualisation généralisée créant visibilité et sérénité, l’absence quasi-systématique de la mention de millésime permettant de lisser les approvisionnements… « La contractualisation et les marques sont les deux clés du succès du crémant que Bordeaux devrait adopter » résume Philippe Cazaux, le directeur général de l’Union de Guyenne, dont la cave coopérative Louis Vallon s’est spécialisée dans le crémant, jusqu’à en devenir le premier producteur.

« Il y a dix ans, nous produisions 25 000 cols. Maintenant nous avons passé le million » se félicite Philippe Cazaux. Qui souligne que sur une production bordelaise annuelle de 60 à 70 000 hectolitres de crémant, la cave Louis Vallon pèse actuellement pour 25 000 hectolitres de production*. La moitié pour l’élaboration sous la marque propre Louis Vallon (dont 40 % en rosé), le reste pour des ventes de vins de base et des prestations auprès de négociants (ainsi que des marques de distributeurs).

"Tout est contractualisé"

Alors que la crise commerciale pèse sur les vendanges 2019, la cave Louis Vallon est déjà en discussion sur les profils de sa production 2020. « Tout est contractualisé avant la vendange. Il n’y a pas de contrats spot, tous les produits sont réservés pour des profils particuliers selon chaque client. Il n’y a pas de décalage entre l’offre et la demande, cela permet de tenir les prix » analyse Philippe Cazaux. Décrivant un modèle rêvé pour le vignoble bordelais, mais qui s’inspire davantage des usages champenois que des coutumes girondines.

Moments de consommation

Si Bordeaux peine à s’imposer sur les blancs et rosés, la filière semble avoir une carte à jouer sur les crémants grâce à ses forts potentiels de production et une commercialisation croissante, sur les marchés nationaux et export. « Depuis 8 ans, nous sentons le besoin de compléter notre gamme avec des produits plus festifs » commente Philippe Cazaux, pour qui les vins effervescents permettent de « toucher de nouveaux moments de consommation, les gens buvant moins à table, mais sur les apéritifs et apéros dînatoires ».

Les crémants n’échappent pas à la tendance environnementale, avec de premières cuvées certifiées Haute Valeur Environnementale (HVE) produites ce millésime. L’UG Bordeaux prévoit de produire des bulles bio et en biodynamie dès 2020 pour compléter sa gamme. L’union coopérative se fixant l’objectif d’atteindre 2 millions cols pétillants en 2025, en montant rapidement sa production globale à 30 000 hl (grâce à de récents rachat de bâtiments à un négoce voisin de la cave de Saint-Pey). « Le modèle des crémants dégage de la marge et un niveau de vie confortable pour les coopérateurs » conclut Philippe Cazaux.

 

* : En 2019, la cave Louis Vallon a produit 22 500 hl de crémants en deçà de ses objectifs suite aux conditions climatiques (gelées, sécheresse…).

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