Loi Évin

Des députés demandent le retour de l'alcool dans les stades

Vendredi 09 août 2019 par AFP

L'ANPAA voit dans cette 'offensive contre la loi Évin' l'enjeu économique que représente le sponsoring de futurs évènements sportifs en France comme la Coupe du monde de Rugby de 2023 et les Jeux olympiques de Paris en 2024.
L'ANPAA voit dans cette 'offensive contre la loi Évin' l'enjeu économique que représente le sponsoring de futurs évènements sportifs en France comme la Coupe du monde de Rugby de 2023 et les Jeux olympiques de Paris en 2024. - crédit photo : ANPAA
L'alcool va-t-il faire son retour dans les stades? Des députés de la majorité et de l'opposition ont déposé des propositions de loi en ce sens, au grand dam des addictologues qui dénoncent des textes sous l'influence de lobbies.

Cent-cinq députés LREM (un tiers du groupe) ont déposé fin juillet à l'Assemblée une proposition de loi "visant à faire de la France une nation sportive" dans laquelle ils proposent "d'assouplir de manière encadrée" la loi Évin "dans les stades en étendant l'octroi d'autorisations temporaires de vente d'alcool aux sociétés sportives". "Si vous enleviez la loi Évin, ce serait 150 millions d'euros en plus pour les clubs français: autour de 80 millions d"euros pour la publicité et autour de 50 millions d'euros pour la vente d'alcool, la seule que nous prenons en compte" explique à l'AFP François Cormier-Bouligeon, député du Cher à l'origine du texte qui affirme vouloir notamment aider au financement du sport professionnel.

Depuis 1991, la loi Évin contre le tabagisme et l'alcoolisme interdit la vente, la distribution et l'introduction de boissons alcoolisées dans tous les établissements d'activités physiques et sportives. Les clubs disposent d'une dérogation pour vendre de l'alcool dix fois par an. Mais ils veulent plus, souhaitant pouvoir s'aligner sur leurs concurrents européens et bénéficier de revenus substantiels les jours de match de la vente d'alcool et de la publicité.

"Lobby alcoolier"

"Sous prétexte de soutien au sport, ces députés se font le relais fidèle du lobby alcoolier qui, années après années, rogne progressivement la plus grande loi de santé publique dont la France soit dotée" dénonce l'Association nationale de prévention en alcoologie et addictologie (ANPAA). Face à la polémique, l'une des signataires, la député Michèle Peyron a déjà pris ses distances sur Twitter en se disant "farouchement" contre le retour de l'alcool dans les stades.

Sponsoring

En février, une quinzaine de députés LR menés par le député des Vosges Stéphane Viry avaient déjà signé une proposition de loi allant dans le même sens et Valérie Beauvais (LR) avait présenté un autre texte visant lui à autoriser le sponsoring des clubs sportifs par des entreprises viticoles et des brasseurs français. La député de la Nièvre Perrine Goulet (LREM) a proposé en novembre, dans un rapport remis à Matignon, de passer de 10 à 15 les évènements annuels où les clubs sont autorisés à vendre de la bière. Elle suggère également d'assouplir les restrictions de publicité pour les marques d'alcool sur sites internet sportifs et le retour du sponsoring d'équipes pour les viticulteurs et les brasseurs.

"Je ne suis pas plus pour les excès de la prohibition que pour l'alcoolisme contre lequel il faut lutter" explique François Cormier-Bouligeon. "Notre proposition de loi vise à ouvrir le débat" assure le parlementaire évoquant une contribution à un grand texte de loi sur le sport et la société, prévu début 2020. L'ANPAA rappelle de son côté "à ces députés que la consommation d'alcool est incompatible avec le sport" car sa "promotion (...) via les compétitions sportives", vise "à banaliser la consommation générale" et "en premier lieu celle des jeunes qui constituent la majorité du public". Elle appelle le pouvoir à sa "responsabilité" vis-à-vis de "la santé publique".

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