Orage, ô désespoir

La grêle surprend les vignes de Cognac et de Bordeaux

Vendredi 26 avril 2019 par Alexandre Abellan

« L’orage a ratiboisé mes vignes. Hier il y avait des rameaux verts de 20 cm… » témoigne Jean-Christophe Baraud.« L’orage a ratiboisé mes vignes. Hier il y avait des rameaux verts de 20 cm… » témoigne Jean-Christophe Baraud. - crédit photo : Jean-Christophe Baraud
Arrivant brutalement, sans alerte météo préalable, les grêlons tombés ce 25 avril ont touché 2 000 hectares dans le vignoble charentais. Les dégâts seraient plus réduits en Gironde.

Ce 25 avril après-midi, un violent orage a éclaté inopinément sur un couloir ravageant des pans de vignobles des départements de Gironde, de Charente et de Charente-Maritime. Arrivant tôt dans la saison, ce déluge de grêle n’avait pas été prévu par les services météorologiques, prenant par surprise le vignoble.

2 000 ha à Cognac

À Cognac, les dégâts sont en cours d’estimation par la Station Viticole et les Chambres d’Agriculture, qui annoncent 2 000 hectares de vignes touchées par la grêle sur l'axe Montendre-Angoulême*. « Le couloir était assez grand, remontant du Sud et de la commune de Baignes au Sud jusqu’à Angoulême, avec quelques dégâts vers Cognac. Mais les dégâts semblent assez ponctuels. Avec des vignobles touchés entre 30 à 40 % » estime Christophe Véral, le président de l’Union Générale des Viticulteurs pour l'AOC Cognac (UGVC). Qui fait état de situations « dramatiques. Des viticulteurs ont encore été touchés par les aléas climatiques. De premiers boutons floraux ont été mâchés, il reste à voir comment les deuxièmes boutons vont repartir. Mais il y a un risque de coulure… »

"Tout est rabougri, comme l’an dernier"

Les premiers retours de terrain font état de dégâts localisés, moins importants dans leur ampleur que ceux de la fin mai 2018, arrivé à un moment critique du développement de la vigne. Mais pour les vignerons touchés, « tout est rabougri, comme l’an dernier » soupire Jean-Christophe Baraud, viticulteur à Montendre, dont 15 hectares ont été ravagés en vins de pays Charentais et Pineau des Charentes. « Les parcelles touchées montrent plus de 50 % de dégâts. Les merlots et chardonnay étaient à plus de 20 centimètres de pousse. En avance d’un mois, l’ugni blanc était à deux feuilles étalées » rapporte le viticulteur, soulagé d’être assuré.

Plus de peur que de mal à Bordeaux

En attendant le premier bilan de la Chambre d’Agriculture girondine, les premiers retours indiquent des dégâts épars et peu conséquents dans le vignoble bordelais, l’orage étant rapide et les grêlons fondant rapidement, de Castillon à Blaye. Sur la commune de Donnezac, « nous avons été sauvés par l’eau tombée pendant l’orage. Il y a eu peu d’intensité et ça nous a évité le pire » témoigne Frédéric Chassin, du château La Prise (33 hectares en appellations Bordeaux et Blaye Côtes de Bordeaux). Estimant des pertes de récolte de l’ordre de 10 à 15 %, le vigneron du Nord-Gironde a déjà été touché cette saison par les gelées, qui se révèlent finalement avoir été un mal pour un bien : « nous avions taillé tard et la vigne a peu poussé après le gel, qui semble l’avoir retardée. Nous sommes entre 2 et 4 cm pour les merlots, cabernet sauvignon, sauvignon blanc et colombard » rapporte Frédéric Chassin.

"Il n’y a pas eu d’alerte"

Au-delà de l’estimation des dégâts, l’autre question en suspens concerne l’absence de prévision d’orage par Météo France. « Il faut voir avec leurs services et l’Association Départementale d'Étude et de Lutte contre les Fléaux Atmosphériques pourquoi il n’y a pas eu d’alerte, alors que le seuil a été baissé à Cognac » souligne Christophe Véral. À Bordeaux, une alerte avait mis le vignoble sur le qui-vive ce 23 avril, où il n’y a au finalement que peu de dégâts. Mais les vignerons ont pu voir la rapidité de formation des orages, les inquiétant pour la suite de la saison. « On aimerait bien que dame nature nous lâche cette année » conclut Frédéric Chassin.

 

* : « Dont quelques centaines d'hectares fortement touchés sur des points très localisés dans les communes de Baignes-Sainte-Radegonde, Saint-Bonnet, Touverac ou encore Le Tâtre » précise un communiqué du Bureau National Interprofessionnel du Cognac.
 

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