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Agro-environement

Château Montrose vire au vert et s'impose en locomotive de la durabilité

Jeudi 07 mars 2019 par Colette Goinere

Hervé Berland, gérant de Montrose ( à gauche sur la photo) et Vincent Decup , directeur chai-recherche et développement.
Hervé Berland, gérant de Montrose ( à gauche sur la photo) et Vincent Decup , directeur chai-recherche et développement. - crédit photo : Château Montrose
Château Montrose, cru classé 1855, en AOC Saint-Estèphe, mène une vaste stratégie de protection de l’environnement qui touche tous les secteurs de cette propriété de 95 ha de vignes et 35 ha de prairies et forêts.

Cela pourrait être un inventaire à la Prévert : ferme photovoltaïque ( 1700 panneaux qui couvrent 3000 mètres carrés de toiture),  installation géothermique, station autonome de traitements des effluents,  conversion progressive au bio ( 15% du vignoble en 2016, 100% en 2020), biomasse des sols (500 tonnes de déchets issus de la vigne et du chai compostés), réintroduction du pastoralisme avec 30 brebis et un bélier, sélection massale et clonale,  passage du parc technique aux 100% électriques, valorisation  du CO2  issu des vinifications. Bref, tous les secteurs virent au vert au château Montrose.  «  Nous sommes guidés par deux axes de recherche : limiter au maximum  l’impact de notre activité sur l’environnement et  amoindrir la pénibilité du travail réalisé par les personnes que nous faisons travailler »  explique  Hervé Berland, gérant de cette propriété dans le giron de la famille Bouygues depuis 2006. En tout, le Château consacre 1,5% de son chiffre d'affaires annuel à la recherche et développement, soit 150 000 euros/an.

Bioéconomie avec le CO2 de la fermentation

Pour preuve, au chai, un procédé de valorisation du CO2 issu des fermentations alcooliques, mis au point par la société Alcion Environnement, a été adopté. Lors des vendanges de 2018, il a permis de produire 2 tonnes de bicarbonate de sodium et 2 tonnes de bicarbonate de potassium.  « Nous visons 15 tonnes cette année soit 40% de recyclage du CO2 »  indique Vincent Decup, directeur chai-recherche et développement. L’investissement ? Pour 10 tonnes de bicarbonate produites, il en coûte 30 000 €. Reste à valoriser  ces produits. D’abord en interne : « Nous avons développé un détergent à partir du bicarbonate de sodium  pour nos cuves et barriques. Et  nous sommes en phase d’études pour  l’utilisation à la vigne du  bicarbonate de potassium, comme solution anti pourriture » explique-t-il. En externe, le bicarbonate de sodium pourrait venir alimenter le marché de la production dentifrice et celui de la spiruline (NDLR : le bicarbonate de sodium permet d’alcaliniser leur milieu de culture).  Il y a encore loin de la coupe aux lèvres : il ne s’agit encore que de pistes de valorisation.

Des tracteurs électriques

Autre chantier : le passage du parc technique aux 100% électriques. Déjà, le château s’est doté de trois tracteurs électriques. Hervé Berland voit plus loin et trace les contours du tracteur de demain dédié aux traitements bio : « Les engins électriques restent malgré tout lourds et impactent les sols. Nous avons l’ambition de créer de toute pièce un tracteur électrique, plus léger (une tonne maxi), intelligent, c’est à dire permettant une pulvérisation  adaptée à la surface foliaire à traiter »  s’enthousiasme-t-il. Un partenariat vient d’être passé avec un fabricant. D’ici un an, un prototype  devrait voir le jour. Montrose a rempli le cahier des charges et a injecté 200 000 €      de mise de fond initiale.

 Ce n’est pas tout. La propriété a investi dans des outils  ergonomiques permettant de réduire la pénibilité des taches : automatisation  des systèmes de nettoyage  des barriques, acquisition de  brouettes électriques, ainsi que deux chariots électriques d’épamprage. Un flop. Sur la trentaine d’ouvriers concernés, seule une dizaine d’entre eux  a expérimenté les chariots d’épamprage.

Un axe biodiversité

D’autres projets sont en route. Un verger constitué de variétés issues d’un conservatoire régional et un potage permacole ont vu le jour. Pour préserver le patrimoine génétique de Montrose, un plan de sélection massale et clonale a été lancé sur dix parcelles de cabernet sauvignon  antérieures à 1960.

Hervé Berland le reconnait : « mener une telle stratégie environnementale sur 95 ha, qui est tout sauf un effet de mode, c’est un énorme chantier.  Au début on nous prenait pour des fadas ». Pas de quoi ébranler ses convictions. 

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