Outil d'aide à la décision

DeciTrait prédit la date de traitement

Vendredi 22 février 2019 par Christelle Stef

L'OAD DeciTrait permet d'avoir une stratégie de traitement personnalisée (dose + délai de renouvellement)
L'OAD DeciTrait permet d'avoir une stratégie de traitement personnalisée (dose + délai de renouvellement) - crédit photo : Christelle Stef
DeciTrait est un OAD développé par l’IFV qui modélise les dates et les doses des traitements pour lutter contre le mildiou, l’oïdium et le botrytis.

Vous connaissez Optidose ? Il s’agit de l’outil développé par l’IFV pour adapter les doses de traitement au développement de la végétation, à la pression des parasites et au stade phénologique. La profession s’en est emparée mais d’un viticulteur à l’autre, les utilisations sont très différentes. Pour aller plus loin, l’IFV a donc travaillé sur DeciTrait, un nouvel outil d’aide à la décision (OAD) qui propose une stratégie de traitement personnalisée (dates et doses) à partir de plusieurs indicateurs. « Nous avons listé tous les paramètres qui permettent de raisonner la stratégie phytosanitaire et nous les avons intégrés dans l’outil », explique Alexandre Davy, ingénieur à l’IFV qui pilote le projet.

Une application web

Le fonctionnement de l’OAD est très simple. Le viticulteur renseigne les données de la parcelle (localisation, densité de plantation, type de production (bio ou conventionnel), l’état sanitaire, les traitements qu’il réalise…. Puis l’OAD s’appuie sur des données météo de précision (pluie, température, hygrométrie), des modèles de prévision (Epicure, Potentiel system), le module Optidose et sur la base de données de produits phytos de l’Acta by Smag, pour déterminer les dates de renouvellement des traitements et la dose à appliquer. « Il peut aussi servir à la traçabilité », précise Alexandre Davy. L’outil se présente sous la forme d’une application web. Il fonctionne pour le mildiou, l’oïdium et le botrytis. Pour le black-rot, il indique seulement si les produits utilisés sont efficaces ou pas contre ce champignon. « Une centaine d’utilisateurs l’ont testé en 2018. Leurs retours sont très positifs », rapporte Alexandre Davy.

Des délais de renouvellement pertinents

Fabien Laborde, du château Argadens, à Saint-André-du-Bois dans le Bordelais teste DeciTrait depuis deux ans. « Je m’en suis servi pour raisonner les interventions contre le mildiou et l’oïdium. Mais dans notre vignoble, c’est surtout le mildiou qui est virulent. En 2018 où la pression était exceptionnelle, il a donné des informations très utiles. Il a bien estimé la date du premier traitement et donné des délais de renouvellement très pertinents. Je travaille en conventionnel mais j’utilise principalement du cuivre et du soufre. DeciTrait nous a toujours prédit des interventions avant les pluies.  Mais après, il faut pouvoir suivre techniquement et humainement. Il y a un traitement que nous avons dû décaler de 24 à 48 h car nous ne pouvions pas rentrer dans les parcelles avec notre pulvérisateur confiné qui est lourd et encombrant. Nous avons donc subi des attaques », rapporte Fabien Laborde.

Bonne estimation du risque

Dans le vignoble de Jurançon, Jean-Jacques Carrère, de la chambre d’agriculture des Pyrénées-Atlantiques a suivi un essai avec DeciTrait au domaine Capdevielle qui travaille sur 12 ha en conventionnel. Dans une parcelle très sensible à l’oïdium et moyennement sensible au mildiou, Didier Capdevielle a traité en face par face une partie des ceps selon les préconisations de Decitrait et l’autre à pleine dose. « J’ai traité aux mêmes dates et avec les mêmes produits mais à des doses réduites dans DeciTrait. La pression de mildiou a été phénoménale. Que ce soit dans la modalité DeciTrait ou dans la modalité classique, j’ai eu des taches sur les feuilles et quelques grappes qui ont séché. Mais je n’ai pas accusé de pertes de récolte conséquente », indique le viticulteur qui a effectué au total 8 anti-mildious.

Un outil qui a de l'avenir

Jean-Jacques Carrère confirme. « Decitrait a bien estimé le risque. Il a recommandé de fortes réductions de doses jusqu’à fin mai-début juin. Puis après cette date, il a indiqué des réductions beaucoup plus faibles voire nulles. Au final, la modalité DeciTrait avec une réduction totale de 25 % de produit phyto, s’est comportée aussi bien que la modalité pleine dose du viticulteur », rapporte le conseiller viticole. Didier Capdevielle est donc prêt à réutiliser cet outil. « DeciTrait est très simple à utiliser. Il permet de réduire les intrants sans passer au bio qui est trop risqué ». Un outil qui a de l’avenir selon lui.

Deux voies de distribution

L’IFV va encore faire évoluer DeciTrait en termes de convivialité et d’adaptation à certains contextes régionaux. Il sera disponible très rapidement pour l’ensemble des viticulteurs. Pour sa distribution, l’IFV travaille sur deux voies. Dans un premier temps, l’institut va s’appuyer sur des partenaires pour le déployer. « Nous sommes en train de développer son interopérabilité, c’est-à-dire un programme informatique permettant aux fournisseurs de logiciels de traçabilité d’intégrer DeciTrait à leur outil. Nous travaillons également avec un fournisseur de stations météo connectées pour qu’il intègre DeciTrait à sa plateforme », rapporte Alexandre Davy. L’IFV envisage également de vendre un accès direct à l’OAD en ligne, mais seulement dans un deuxième temps.

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