Languedoc

Il teste les eaux usées pour irriguer

Jeudi 21 février 2019 par Michèle Trévoux

Jean-Claude Mailhol sur la parcelle expérimentale irriguée avec les eaux usées de Murviel-lès-Montpellier.Jean-Claude Mailhol sur la parcelle expérimentale irriguée avec les eaux usées de Murviel-lès-Montpellier. - crédit photo : Michèle Trévoux
Pour faire face à la sécheresse, un vigneron a décidé d’expérimenter l’irrigation avec des eaux usées traitées. Un essai qui se fait avec un accompagnement poussé de la communauté scientifique.

Sur la commune de Murviel-lès-Montpellier, à l’ouest de Montpellier, la sécheresse devient une vraie menace pour l’avenir de la viticulture. Le vignoble qui comptait 300 ha dans les années 80, s’est d’ores et déjà réduit de moitié. Sur ce terroir de sols secs à dominante caillouteuse, la vigne souffre lorsque la pluviométrie s’effondre. Trop éloignée du réseau Aqua Domitia dont profitent les communes voisines, la commune ne peut envisager un recours à l’irrigation à partir de l’eau du Bas Rhône. Que faire ? Jean-Claude Mailhol, ex-chercheur à l’Irstea, désormais viticulteur à Murviel-lès-Montpellier a décidé de tester une irrigation à partir… d’eaux usées traitées de la station d’épuration communale.

Un goutte à goutte enterré alimenté par les eaux usées traitées

L’essai est conduit sur une parcelle de 0,56 ha. Financé par l’Agence de l’eau et Montpellier Métropole (3M), ce projet implique les chercheurs de l’Irstea, de l’Inra et de l’Institut des Membranes (Montpellier 2) et du laboratoire Hydrosciences Montpellier. « C’est une parcelle que j’ai plantée il y a trois ans, une partie en syrah palissée et l’autre en grenache, cinsault, carignan et mourvèdre conduits en gobelet. Pour favoriser la biodiversité, j’ai intercalé des rangées d’arbres (oliviers, grenadiers, pêchers…) tous les trois rangs », explique le viticulteur. Un réseau de goutte à goutte enterré, doté d’ajustages spéciaux pour éviter le colmatage, a été installé. Alimenté par les eaux usées traitées de la station d’épuration, située à 500 m à vol d’oiseau, il irrigue une partie de la parcelle. Dans un objectif de comparaison, l’autre partie, est irriguée avec les eaux claires à partir d’une citerne enterrée. 

Pas d’augmentation de la salinité du sol

Deux systèmes de suivi de l’humidité des sols ont été installés : sonde à neutrons, et TDR, ce dernier relié à une centrale de mesure donne lieu à un enregistrement des mesures en continu. Un drain installé à 1 mètre de profondeur récupère les eaux de drainage. Un système automatique de prélèvement d’échantillons permet d’analyser la composition de ces eaux de drainage. Enfin, une station météorologique enregistre en continue les paramètres climatiques nécessaire à l’évaluation du bilan hydrique. Cette plateforme expérimentale doit permettre d’étudier la faisabilité technique et d’évaluer les impacts agronomiques, sanitaires et environnementaux d’une filière de réutilisation des eaux usées traitées pour l’irrigation en goutte à goutte. « D’après les résultats sur cette première année d’expérimentation, nous n’avons pas constaté d’augmentation de la salinité du sol », indique Nassim AIT-MOUHEB, chercheur à Irstea Montpellier et responsable de ce projet. De son côté, l’Inra et le laboratoire Hydrosciences Montpellier surveillent le devenir des pathogènes et des polluants médicamenteux dans le sol et dans la plante. L’année prochaine, qui sera la première récolte sur cette parcelle, ces contrôles pourront être étendus aux raisins et au vin. Le projet est prévu sur trois ans. Les conclusions sont attendues pour mars 2020.

 

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