Phytosanitaires

L'origine de certains résidus est un mystère

Mardi 19 février 2019 par Michèle Trévoux

Matthieu Dubernet : 'Des vins sont épinglés pour des teneurs en résidus qui n’ont plus aucune signification. Il faudrait compléter la réglementation et probablement fixer des teneurs en-dessous desquelles on considère qu’il n’y a pas de résidu dans les vin'.Matthieu Dubernet : 'Des vins sont épinglés pour des teneurs en résidus qui n’ont plus aucune signification. Il faudrait compléter la réglementation et probablement fixer des teneurs en-dessous desquelles on considère qu’il n’y a pas de résidu dans les vin'. - crédit photo : Michèle Trévoux
Certaines molécules, considérées comme des produits exclusifs de dégradation de pesticides, sont retrouvées dans des vins issus de vignes qui n’ont pas été traitées avec les-dit pesticides. « Nous sommes partis sur des hypothèses erronées, dénonce Matthieu Dubernet, dont le laboratoire suit ces résidus depuis plus de 10 ans.

C’est la bonne nouvelle. La teneur de résidus de pesticides dans les vins diminue depuis une vingtaine d’années. C’est ce qu’affirme, chiffres à l’appui, Matthieu Dubernet du Laboratoire Dubernet à Narbonne. Lors des 10èmes Entretiens Vigne et Vin Languedoc-Roussillon, organisés le 14 février à Narbonne par l’IFV avec le CIVL, l’œnologue narbonnais a présenté les résultats d’analyses réalisées par son laboratoire et l’IFV sur les vins de la région depuis 2000. Sur les six molécules les plus fréquemment retrouvées dans les vins, les teneurs ont été réduites de moitié pour certaines, pour d’autres elles ont été divisées par 100, quand on compare les chiffres relevés en 2000 et ceux de 2018.

30 % des vins sans résidu décelable

Très impliqué sur ce sujet, le laboratoire narbonnais a également compilé plus de 4000 analyses de résidus dans les vins de ses clients au cours des deux dernières années.

« Plus de 30% des vins analysés ne contiennent aucun résidu décelable. Parmi ces vins, il y a des bio mais également des conventionnels », précise-t-il. Entre 15 et 5% des vins contiennent de 1 à 5 résidus différents, la proportion tombe ensuite à moins de 5% pour les vins qui contiennent plus de 6 résidus différents décelables. Les vins qui contiennent des résidus sont surtout des vins d’assemblage. En élargissant le sourcing, on diversifie les programmes de traitement et donc le nombre de molécules différentes qu’on peut retrouver dans les vins. Mais dans tous les vins analysés, les teneurs sont toujours en-dessous de la LMR (limite maximale de résidus) autorisée sur raisins de cuve, limite qui fait référence puisqu’il n’existe pas de LMR sur les vins. Les vins analysés sont donc conformes et ne présentent aucun risque de toxicité.

Les deux molécules les plus souvent détectées sont le phtalimide, considéré comme un produit de dégradation du Folpel, et l’acide phosphoreux, censé provenir du Phosétyl aluminium.

La phtalimide, contrairement au folpel, est une molécule non toxique. On la retrouve dans 45% des vins dans lesquels on a détecté des résidus. Elle est retrouvée à des teneurs très faibles (de 10 à 60 microgrammes par litre), soit des niveaux très inférieurs au seuil autorisé (0,5à 2% de la LMR).

"« On est parti d’hypothèses qui aujourd’hui s’avèrent fausses »"

« Attribuer toute présence de phtalimide exclusivement au Folpel pose question car on le retrouve dans des vins dont on est certain que les vignes, dont ils sont issus, n’ont jamais été traitées au folpel.  C’est le cas notable de certains lots de vin bio qui ont été refusés pour la mise en marché, car ils présentaient des teneurs en phtalimite, très faibles. La règlementation s’appuie sur l’hypothèse que le phtalimide provient exclusivement du folpel, et aujourd’hui nous nous rendons clairement compte sur le terrain que cette hypothèse est mise en défaut», dénonce l’œnologue, qui a fait une présentation en ce sens au dernier congrès de l’OIV en Urugway. L’origine du phtalimide dans ces vins, lorsqu’elle n’est liée à des traitements au folpel, reste un mystère : est-ce de l’aérocontamination longue distance, provient-il des cuves époxy, des plastiques ou PVC utilisés en cave, est-ce un artéfact analytique, … aucune réponse à ce jour. Des programmes de recherche sont en préparation à l’IFV sur ce sujet.

L’autre molécule, qui se retrouve dans un cas similaire, est l’acide phosphoreux, qui est défini dans la réglementation comme un produit de dégradation du Fosétyl-Al. Là encore, la toxicité de l’acide phosphoreux est extrêmement faible. Il est retrouvé dans 90% des vins dans lesquels on a détecté des résidus. Or, on retrouve cette molécule dans des vins qui n’ont pas été traités au Fosétyl-Al, ni aux phosphonates. Quelle pourrait-être son origine dans les vins ? Le mystère reste entier : les engrais phosphatés, des origines endogènes …. Certaines hypothèses ont d’ores et déjà été étudiées comme l’utilisation de DAP (phosphate di-amonique) pour enrichir les moûts en azote. Cette pratique ne semble pas avoir d’effet sur les teneurs en acide phosphoreux.

" « Des vins sont épinglés pour des teneurs en résidus sans signification »"

Les analyses toujours plus fines permettent de révéler des concentrations très faibles et les limites de quantification s’abaissent d’année en année. « Pour certaines molécules, on arrive au millionième de gramme et d’ici 10 ans, on arrivera sûrement à déceler des teneurs dix fois plus basses. Est-ce que cela aura encore du sens ? Le zéro analytique n’existe pas, or c’est ce qu’attendent les consommateurs. D’où une incompréhension fondamentale. Des vins sont épinglés pour des teneurs en résidus qui n’ont plus aucune signification. Il faudrait compléter la réglementation et probablement fixer des teneurs en-dessous desquelles on considère qu’il n’y a pas de résidu dans les vins (valeurs de minimis), sinon nous n’arriverons jamais à apporter des réponses compréhensibles par le consommateur sur le sujet. Les teneurs en résidus sont à la baisse mais leur fréquence dans les vins pourrait augmenter car on est capable de trouver aujourd’hui des teneurs indécelables il y a 10 ans ». L’œnologue audois propose de considérer pour le phtalimide et l’acide phosphoreux des valeurs de minimis qui pourraient respectivement être de 0,04 mg/L et 3 mg/L.

C’est cette proposition qui a été faite à la filière, conjointement avec l’IFV, lors du dernier congrès de l’organisation internationale de la vigne et du vin (OIV) en Uruguay, en Novembre dernier.

 

 

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VOS RÉACTIONS
rol Le 20 février 2019 à 11:17:10
Je trouve le commentaire bien DUR...alors que l'article tente de rétablir, " pour une fois " , une certaine lumière et vérité ,aux dépens de la Secte Verte....!!!
VignerondeRions Le 19 février 2019 à 15:00:27
"Des vins dont on est certain qu'ils n'ont pas été traité avec les produits incriminés..." Je ne sais pas comment ils en sont si sûr. Pour ma part je sais ce que je fais chez moi, mais je n'ai aucune certitude sur ce qui se passe dans mes vignes (n'y séjournant pas 24h/24, y trouvant parfois des rang taillés dans le meilleur des cas, ou saccagé...) et savoir ce qui se passe ailleurs relève du miracle, juste penser le savoir d'une grande naïveté... Je ne parle pas uniquement des GB (gentil bio) à la chasse de quelques bennes lorsque les carences de la protection ont anéanti tout espoir de récolte. Pour émettre des hypothèses de travail fiable il faut être certain de beaucoup de paramètres, or s'il y a bien un domaine où l'on ne maîtrise rien c'est ce qui se passe dans la nature...
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