Bernard Angelras

« Le changement climatique, c’est la nouvelle donne ! »

Lundi 18 février 2019 par Marion Sepeau Ivaldi
Article mis à jour le 19/02/2019 09:38:38

Bernard Angelras : 'Nous devons être capable de respecter notre fonds de commerce qu’est le terroir en le protégeant par des mesures adaptées tout en ayant une obligation de rentabilité économique pour nos exploitations.'Bernard Angelras : 'Nous devons être capable de respecter notre fonds de commerce qu’est le terroir en le protégeant par des mesures adaptées tout en ayant une obligation de rentabilité économique pour nos exploitations.' - crédit photo : Marion Sepeau Ivaldi
A l’occasion de la publication du dossier de La Vigne sur le changement climatique, entretien avec Bernard Angelras, président du groupe de travail conjoint FAM et INAO dédiée à cette thématique. Il est également président de l’IFV.

Pourquoi avoir créé un groupe de travail sur le changement climatique ?

Nous avons créé ce groupe de travail au sein de FranceAgriMer et de l’Inao le 11 janvier 2017. Il est né de la volonté de Christian Paly, président comité vin AOP de l’Inao et de Jérome Despey, président du conseil spécialisé vin de FranceAgriMer. Il s’est imposé suite aux conclusions du projet Laccave de l’Inra. Les chercheurs insistaient sur la nécessité d’une appropriation par la profession de ce sujet. Objectif : définir, dans un premier temps, des mesures concrètes d’adaptation des pratiques, puis dans un second temps que je souhaite rapide, de déterminer des mesures d’atténuation des effets du dérèglement du climat. A l’aide du groupe prospective de FranceAgriMer, nous avons planché sur quatre scenarii d’évolution du vignoble : conservateur, innovant, libéral et nomade (pour en savoir plus, cliquez ici). Ce travail a également été mené par des groupes de travail en région. Ce qui a permis de réunir 2222 propositions que nous avons classées en grandes thématiques. A charge à chaque région de choisir les mesures adaptées à leur propre contexte pédo-climatique. Au niveau national, nous avons retenu un scenario qui conforte le système des AOP et des IGP tout en permettant l’innovation. Ce scénario a été validé, en fin d’année dernière, par le conseil spécialisé de FranceAgriMer et les comités AOP et IGP de l’Inao.

 

Concrètement, quelles sont ces mesures ?

Clairement, nous ne pouvons pas continuer de travailler comme avant. La bonne nouvelle, c’est que nous n’avons pas attendu, notamment avec l’évolution des règles d’utilisation de l’irrigation en AOC, l’introduction des cépages résistants dans les AOC et les IGP, le déploiement général du VCI, l’expérimentation du voilage contre la grêle… Ces dernières années, l’Inao a été pro-actif pour permettre ces adaptations. Ceci dit, ce n’est qu’une partie du travail. Il y a encore beaucoup à faire pour faire évoluer la réglementation. Nous devons adapter nos cahiers des charges en fonction de nos objectifs agronomiques. Par exemple, il y a une réflexion à mener sur la surface foliaire. Plus elle est importante, plus la transpiration est importante. Faut-il conserver des surfaces foliaires alors que l’alimentation hydrique de la plante est au cœur des enjeux agronomiques dans l’adaptation au dérèglement climatique ?

 

Vous voyez dans le changement climatique un projet collectif qui pourrait être le socle de la politique viticole nationale. Pourquoi ?

Le changement climatique, c’est la nouvelle donne ! De cette problématique découle un grand nombre de questions qui se posent au sein de la filière. Notamment, celle de notre relation avec le consommateur et en définitive avec la société. En choisissant d’orienter le vignoble français autour de la problématique du dérèglement climatique, nous pourrons entrer dans un nouveau dialogue : expliquer pourquoi nous choisissons certaines pratiques et pas d’autres, entrer en discussion avec les ONG et leur présenter les démarches de progrès que nous réalisons, de détailler pourquoi, parfois, nous n’allons pas aussi vite que ce qu’elles souhaiteraient. Au final, il s’agit de construire de véritables agendas de solutions. Cela sous-entend que le volet communication est incontournable pour mener à bien à ce projet qui vise un contrat gagnant/gagnant avec la société !

 

Faudrait-il rebattre les cartes de la politique nationale ?

Bâtir un projet autour du changement climatique suppose une adaptation des aides. Nous pouvons profiter de la nouvelle PAC pour repenser les choses. Cette nouvelle PAC amplifie, une nouvelle fois, le verdissement des aides. Au lieu de subir ce verdissement, il vaut mieux l’orienter vers des mesures qui nous sont adaptées ! Notamment, il faudrait soutenir la recherche sur le matériel de pulvérisation et d’entretien des sols, par exemple. Le vignoble a besoin de matériel mieux adapté ! Le parc de pulvérisation est vieillissant. Dans certaines zones, la tonte se fait sur des cailloux avec un matériel inadapté. Résultat : c’est 40 % de rendement en moins parce que le viticulteur s’est fait dépasser par l’herbe ! Le verdissement de la PAC à travers l’OCM viti-vinicole peut aussi nous conduire à s’interroger. Pour bénéficier des aides, il y aura certainement de la conditionnalité que ce soit dans le cadre de la restructuration ou des investissements matériel.

Mais, la recherche doit aussi s’intéresser au marché. Il s’agit de comprendre et d’analyser les attentes en matière de profil produits des consommateurs français et internationaux pour conquérir de nouveaux marchés ou conforter nos positions. Aujourd’hui, la Chine boit du vin rouge, mais, demain se sera peut-être du rosé ! Demain, les vins charnus auront-ils toujours des adeptes ? Notre réflexion doit se porter de la vigne à la bouteille et de la bouteille au consommateur. Toutes ces questions pourraient faire l’objet d’un grand débat national de la filière. D’ailleurs, la commission changement climatique réfléchit à l’organisation d’un grand rassemblement fin 2019.

 

Il faut également explorer la contribution positive de la viticulture au changement climatique. Comment ?

Notre réflexion doit explorer comment la viticulture peut contribuer à ralentir ou limiter le dérèglement climatique. Nos sols sont un formidable outil de séquestration du carbone. Le fait de labourer les sols libèrent du carbone, à l’inverse, l’enherbement permet de le transformer en matière organique et donc de stocker davantage. Ce sont des fondamentaux qu’il faut redécouvrir et surtout mieux maîtriser pour définir les pratiques les plus adaptées. Ensuite, ces pratiques peuvent être reprises dans des certifications car la loi Egalim le prévoit pour les signes de qualité qui devront les intégrer dans leurs cahiers des charges. Ainsi, la boucle est bouclée. De la réflexion agronomique, nous aboutissons à une politique vertueuse et opérationnelle en matière d’environnement.

Tout ceci doit s’imaginer à partir d’une politique nationale déployée et adaptée aux différentes régions. Nous devons être capable de respecter notre fonds de commerce qu’est le terroir en le protégeant par des mesures adaptées tout en ayant une obligation de rentabilité économique pour nos exploitations.
 

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