Mi-scientifique, mi-esthétique

Un livre décortique malicieusement le "pourquoi boit-on du vin ?"

Dimanche 10 février 2019 par Alexandre Abellan

Ne cherchant pas à justifier son appréciation de la dive bouteille, mais à la comprendre, Fabrizio Bucella livre moins un guide sommelier qu’un traité d’érudition.Ne cherchant pas à justifier son appréciation de la dive bouteille, mais à la comprendre, Fabrizio Bucella livre moins un guide sommelier qu’un traité d’érudition. - crédit photo : Éditions Dunod (illustration de Manon Belaïche d'après Penrose)
Tenant de l’évidence formelle pour beaucoup, l’attrait humain pour le vin peut-il s’expliquer après 8 000 ans d'évolution de concert ?

Les jeunes parents en savent quelque chose, plus une question semble simple et enfantine, et moins sa réponse sera précise et concise. Pouvant paraître triviale, l’interrogation « pourquoi boit-on du vin ? » est l’intitulé du dernier livre du professeur belge Fabrizio Bucella, qui prend un plaisir communicatif à la tourner sous tous les angles sur 272 pages (éditions Dunod, 18 euros). Alliant la rigueur scientifique de sa formation de physicien avec son entrain de sommelier espiègle, Fabrizio Bucella s’attaque à un sujet loin d’être trivial. Comme il souligne, « dans les livres, on nous explique le comment boire du vin, mais jamais le pourquoi ».

Apparu au Néolithique, il y a 8 000 ans, le vin est un produit hautement culturel, lié à la sédentarisation et au développement de civilisations humaines. Le rapport à sa consommation a ainsi changé du tout au tout selon les âges. Si certains auteurs ont esquissé des raisons par le passé, elles témoignent surtout d’évolutions aussi historiques que sociologiques. Ainsi dans le Mariage de Figaro, Beaumarchais fait du vin un symbole des libertés humanistes (« boire sans soif et faire l'amour en tout temps, Madame, il n'y a que ça qui nous distingue des autres bêtes »), quand le théologien François Béroalde de Verville y voit une perle supplémentaire à un rosaire dans le Moyen de parvenir (« boire du vin, c'est être bon catholique »).

"Si on boit…"

« De remède et produit psychotrope* pendant l’Antiquité, il est devenu aliment/boisson au Moyen Âge et jusqu’à la révolution industrielle » balaie Fabrizio Bucella, se plaisant à rappeler que jusqu’en 1954 (et la nécessité d’aider la filière laitière), « même les cantines scolaires servaient du vin aux enfants ! » À l’époque des Trente Glorieuses, et « l’avènement de la société de consommation, le vin a perdu son statut d’aliment. Il devient uniquement un produit hédonique. Son absorption n’est plus nécessaire afin d’obtenir la ration journalière de calories » souligne le sommelier.

Devenu un produit de pur plaisir, le vin peut mettre à profit son patrimoine historique pour donner lieu à un acte de pur esthétique. Car « à la fin, si l’on boit… c’est pour boire » résume Fabrizio Bucella, au terme d’un périple aussi bien mathématique, sur les risques sanitaires de la consommation de vin, que philosophique, sur la notion de confiance dans les notes de dégustation. « On boit parce que l’on aime l’ébriété, mais on ne peut pas l’avouer. On boit par habitude ou par paresse, par ennui et par passion. On boit parce que nos parents buvaient, ou justement parce qu’ils ne buvaient pas » conclut Fabrizio Bucella.

 

* : Dans le Banquet de Platon, « le penseur préconisait de boire du vin, notamment lors des banquets. Pour les anciens Grecs, l’état modifié de conscience permettait d’atteindre la vérité » explique Fabrizio Bucella.

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