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Vitis prohibita

Ce documentaire veut réhabiliter les hybrides interdits, dans la filière vin et sa réglementation

Dimanche 27 janvier 2019 par Alexandre Abellan
Article mis à jour le 29/01/2019 10:40:35

Initialement baptisé Vitis prohibitus : l’incroyable histoire des cépages interdits, le documentaire est devenu Vitis prohibita : le retour des cépages résistants, suite au conseil de latinistes, Vitis prohibita :
Initialement baptisé Vitis prohibitus : l’incroyable histoire des cépages interdits, le documentaire est devenu Vitis prohibita : le retour des cépages résistants, suite au conseil de latinistes, Vitis prohibita : - crédit photo : Lumière du Jour
Cépages maudits en France, les 6 variétés interdites ont connu un autre destin dans le monde nous apprend un film qui compte bien changer leur destin. Notamment en devenant un support pédagogique pour de prochaines échéances européennes.

Contrairement à une idée reçue et partagée par la majorité de la filière viticole française, les six cépages hybrides interdits depuis le décret du 24 janvier 1935 ne produisent « pas des vins de la folie, mais de sagesse » pose le documentaire Vitis prohibita. À écouter Stéphan Balay, le réalisateur de long-métrage (1h30, produit par Lumière du Jour), le Clinton, l’Herbemont, l’Isabelle, le Jacquez, le Noah, et l’Othello ne sont pas des variétés du passé à bannir à tout jamais, mais des cépages résistants au mildiou et à l’oïdium, qui permettent d’envisager à l’avenir le respect de la santé des travailleurs viticoles et des consommateurs de vin.

Présenté en avant-première ce 27 janvier, devant une salle pleine au festival du cinéma des vignerons indépendants du Gard, ce documentaire est un plaidoyer pour les hybrides et contre les idées reçues. « Aux professionnels du vin qui me disent que mon film est bien joli, mais que ces vins sont bourrés de mauvais goûts et de méthanol, je réponds que leurs idées sont datées et fausses » souligne Stéphan Balay.

Goût foxé & méthanol

Revenant sur la mauvaise réputation des hybrides, Vitis prohibita démonte l’idée du goût foxé de ces cépages, dont ce serait une signature gustative écœurante. Souvent « on parle d’odeur de pisse de renard, de vieille fourrure » rapporte dans le documentaire Jean-Benoît Coulabert, un vigneron en Cévennes lozériennes. « Tout ça n’est jamais qu’une vulgaire erreur de traduction. Foxy vine est devenu le vin qui pue le renard. [Alors que] c’est dû au port horizontal de l’Isabelle, qui court au ras du sol, comme le renard. Il y a un goût particulier de fraise pour les Labrusca, rien à voir avec le goût foxé » tacle le vigneron.

Analyste aux laboratoires languedociens Natoli, l’œnologue Adeline Bauvard rappelle que le méthanol des vins est lié à la pectine dans le raisin. « En théorie, les cépages hybrides sont plus riches en pectines que ceux classiques. On a fait le dosage : on trouve du méthanol, mais on en trouve dans tous les vins. Et on est loin du seuil de l’Organisation Internationale de la Vigne et du Vin (OIV), il n’y a aucun danger pour la santé » précise l’ingénieur agronome dans le documentaire.

"Dans le reste du monde"

Dans le décret du 24 janvier 1935, les critères ayant servi à ostraciser ces six cépages sont inconnus et tiennent sans doute de l’arbitraire esquisse dans le film l’ampélographe Pierre Galet. Interdits à la commercialisation en Europe, ces hybrides peuvent être consommés dans le cadre familial. Ce qui est plus ou moins le cas en Autriche, en Italie, en Roumanie… Mais si Vitis prohibita suit un vigneron amateur des Cévennes qui filtre ses vins à la bruyère, le documentaire présente aussi une cave coopérative américaine gigantesque : Growers’ Co-op, qui produit à une échelle industrielle des jus de raisin, confitures, huiles, cosmétiques et vins d’hybride.

« J’aurai pu avoir les mêmes images en Inde, où l’Isabelle est répandue à foison. Dans le reste du monde, ces cépages sont cultivés sans problème sanitaires, et avec des consommateurs pour ces vins » souligne Stéphan Balay. « Au contact des vignerons amateurs et de l’association Fruits Oubliés, je me suis aperçu que ce n’était pas une histoire folklorique d’un pépé avec sa treille interdite, mais un sujet très actuel sur l’environnement » ajoute-t-il. Le film s’achève ainsi par une visite au domaine languedocien de la Colombette, où le vigneron Vincent Pugibet exploite 60 hectares de cépages résistants et se montre « certain que les choses vont se mettre en place. On gagne des concours avec ces vins-là. Il n’y a pas de doute à avoir. »

Convaincre à Bruxelles

« Le temps est venu de libérer les cépages résistants et de nouvelles saveurs » conclut le film. Qui va devenir un outil de communication pour les associations militant pour l’autorisation de ces hybrides. Stéphan Balay réalise actuellement des sous-titres anglais pour son film, afin de préparer sa projection en février à Bruxelles, auprès de parlementaires européens qui pourraient avoir à se prononcer prochainement sur le sujet.

Les prochaines projections annoncées de Vitis prohibita auront lieu au Salon des Cépages Rares de Beaune ce 17 février et avec l’IGP Cévennes au cinéma Cinéplanet à Alès ce 12 mars. Pour suivre la future diffusion du documentaire, cliquer ici.

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