Ni pour, ni contre

Neutralité du vignoble gascon face aux désirs de plantation de Cognac

Vendredi 18 janvier 2019 par Alexandre Abellan

Concernant les demandes charentaises, pas de promesse de Gascon, mais une réponse de Normand dans le Gers.Concernant les demandes charentaises, pas de promesse de Gascon, mais une réponse de Normand dans le Gers. - crédit photo : Syndicat IGP Côtes de Gascogne
Dans le Gers, les représentants de l’IGP Côtes de Gascogne préfèrent ne pas prendre position dans le débat national sur l’augmentation de 5 % du potentiel viticole charentais.

« Pour prendre une décision, il faut être un nombre impair de personnes, et trois c'est déjà trop » aurait dit le piquant Georges Clémenceau. Réuni ce 11 janvier, le conseil d’administration de l’Organisme de Défense et de Gestion des vins IGP Côtes de Gascogne a fait la démonstration de cette maxime du Tigre. Les administrateurs gascons se sont essayés à la rédaction d’une lettre pour se positionner sur la demande charentaise de planter 3 474 hectares de vignes en 2019 (et autant en 2020 puis 2021). Résultat des courses : aucun courrier ne sera envoyé. Arrêter une position sur le papier ayant été jugé trop ardu par les parties en présence.

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L’ODG gasconne laisse donc au conseil spécialisé vin de FranceAgrimer le soin de trancher la question ce 23 janvier prochain, alors que le vote du 10 décembre dernier avait été ajourné, face à la vive inquiétude que fait naître le projet charentais (cliquer ici pour en savoir plus). Ne souhaitant pas s’exprimer sur les débats gersois, Jean-Pierre Drieux, président de l’ODG IGP Côtes de Gascogne, glisse cependant qu’il s’agit moins de neutralité que de volonté de ne pas s’opposer. Plus disert sous anonymat, un autre membre du conseil d’administration glisse que « notre principe fondamental est de ne pas empêcher les réussites. Nous n’avons pas à être vigilants pour Cognac. Tant que les Charentais gagnent, c’est bien pour tout le vignoble. »

"D’accord, si…"

Jugeant compliqué de statuer sur la solidité des marchés de Cognac, l’ODG gersoise a donc préféré ne pas se prononcer. Ce qui ne veut pas dire que les critiques sont inexistantes. Un vracqueur gascon commente ainsi que la demande charentaise « est une horreur. J’ai déjà vécu deux fois dans ma carrière les conséquences de crises à Cognac… Je suis d’accord pour les autoriser à planter, mais seulement s’ils ne peuvent pas déclasser en vin de France. Qu’ils s’engagent à produire de l’éthanol ou je ne sais quoi, mais qu’ils ne déséquilibrent pas nos marchés avec de l’ugni blanc à vil prix ! »

Nouveaux outils charentais

Ayant rencontré ces dernières semaines les principaux représentants du vignoble hexagonal (notamment dans le Sud-Est), les élus du Bureau National Interprofessionnel du Cognac (BNIC) ont bien compris la nécessité de rassurer les autres bassins viticoles. En innovant, au-delà des arguments charentais classiques*. Si le devenir du contingent 2019 reste en suspens, l’enjeu pour les opérateurs charentais est déjà d’être capable de présenter de futures demandes de plantation qui soient aussi conséquentes. Pour éviter des blocages de contingent à l’avenir, une réflexion est ainsi lancée au sein du BNIC pour développer de nouveaux outils juridiques afin de limiter les effets de vases communicants. Reste aux représentants charentais à faire mentir la citation de Georges Clémenceau.

 

* : Notamment les chiffres export, la contractualisation généralisée, les faibles stocks et la baisse des réserves climatiques.
 

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