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Des bougies à l’hélicoptère

L’IFV publie son guide d’achat viticole pour se protéger du gel

Jeudi 10 janvier 2019 par Alexandre Abellan

Au printemps, « si la gelée est intense, il peut y avoir destruction totale de la végétation » rapporte l’IFV. Mais « ces gelées n'entraînent jamais la mort de la vigne ».Au printemps, « si la gelée est intense, il peut y avoir destruction totale de la végétation » rapporte l’IFV. Mais « ces gelées n'entraînent jamais la mort de la vigne ». - crédit photo : Alexandre Abellan (archives 2017)
Pour s’y retrouver dans la palette des outils de protection contre les gelées printanières, l'Institut technique passe au crible les coûts et modalités de fonctionnement.

En matière de lutte viticole contre le gel, « les investissements, et éventuellement les frais de fonctionnement, peuvent être importants. Ce qui justifie une réflexion approfondie sur le long terme avant de s'engager » pose une récente brochure de l’Institut Français de la Vigne et du Vin (IFV).

Apportant sa contribution à la réflexion sur les investissements antigels, l’IFV propose une liste complète des frais financiers estimés des principaux dispositifs de protection contre le gel :

Outil

Prix (investissement)

Modalités de fonctionnement
Bougies 2 500 euros/hectare Pour un hectare, dans l’hypothèse de 500 blocs de paraffine par hectare avec trois nuits de protection
Convecteur fixe à gaz Fostguard 7 à 8 000 € protégeant 0,5 à 0,7 ha)
Hélicoptère 7 500 € Sur 20 à 25 ha, avec une autorisation de vol avant le jour aéronautique
Aspersion d’eau 8 à 14 000 €/ha Sur un hectare, la glace autour du bourgeon maintenant la température à 0°C
Chaufferettes au fuel 14 000 €/ha 200 brûleurs par hectare
Convecteur d’air chaud mobile type FrostBuster 18 000 € Pour 5 ha
Tour antigel mobile 30 000 € Brassant l’air froid et asséchant les bourgeons sur 3 hectares
Combustion au propane type B2Gaz 33 000 € 150 brûleurs par hectare
Fils chauffants installés le long du fil de palissage 30 à 40 000 € Reliés soit au réseau électrique, soit à un groupe électrogène
Tour antigel fixe 40 000 € Opérationnelle sur 5 ha

Peu évocateurs dans l’absolu, ces coûts d’achat sont à compléter par leurs frais de fonctionnement, ce qui devient plus parlant ramené à un prix par litre de vin produit (dans l’hypothèse d’un rendement de 50 hl/ha). Les coûts sont alors de 21 centimes € par litre pour la tour fixe, 0,22 €/l pour la tour mobile, 0,27 €/l pour l’aspersion, 0,34 € pour le convecteur Fostguard et 0,49 € pour les bougies.

Critères multiples

Au-delà de la question cruciale du prix, l’IFV souligne que le choix d’une solution de protection doit se réfléchir globalement. Le terroir modifiant la pertinence de chaque option, que ce soit comme « contexte local (fréquence des aléas, climat, relief) », ou comme cadre « environnemental (bruit, émission de fumée, risque de ruissellement, impact sur l'effet de serre, etc.) » liste l’IFV. Ainsi, les méthodes de brassage de l’air sont-elles bruyantes : 70 à 100 décibels à 300 mètres pour les tours antigel fixes, 100 dB à 300 mètres pour un hélicoptère… Les limites de l’aspersion sont également bien connues, avec des ruissellements et un cadre réglementaire strict.

Au-delà de méthodes alternatives émergentes (voir encadré), l’IFV rappelle que la mise à l’abri de son exploitation du risque gélif passe par d’autres mesures de précaution. Qu’il s’agisse de gestion financière avec une assurance climatique ou un Volume Complémentaire Individuel (VCI), mais aussi des méthodes prophylactiques (plantation sur des zones non-gélives de cépages aux dates de débourrement adaptées, une taille tardive, une tonte avant le débourrement…).

Méthodes alternatives

En marge du catalogue des solutions testées et listées par l’IFV, on trouve de nouveaux outils moins connus qui, s’ils sont prometteurs, n’offrent pas encore beaucoup de recul sur leur déploiement en France. C’est le cas de l’extraction de l’air froid du système Selective Inverted Sink (Puits d’Inversion Sélective), soit « une unité de ventilation horizontale qui extrait l'air froid accumulé et l’expulse en dehors de la zone à protéger » explique l’IFV. Venant de Nouvelle-Zélande, le Heat Ranger arrive également en Europe, sous la forme d’un « canon oscillant qui fournit de l'air chaud à partir d'un brûleur au gaz » (pour la protection de 10 à 20 ha). Les bactéries antigel Pseudomonas syringae sont pour leur part en phase test, pour valider leur efficacité.

D’autres solutions, plus classiques, ont également été écartées par l’IFV à cause de leurs limites sur le terrain. Comme les bâches antigel, qui « dans le cas de gelées noires, peuvent aggraver la situation par accumulation d'air froid » ou la pulvérisation de PEL 101 GV à l’« efficacité limitée » en Bourgogne. Quant aux opérations de brûlage (de paille, ceps… voire pneus), son coût réduit ne masque pas de nombreux inconvénients qui les rendent inenvisageables sur la durée (« pollution visuelle et olfactive, manutention et veille nocturne nécessaires »).

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