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Prospective

L’Europe peut-elle rester leader sur le marché international du vin à l’horizon 2035 ?

Mercredi 19 décembre 2018 par Colette Goinère

Jean-Marie Cardebat, directeur du Laboratoire d'Analyse et de Recherche en Economie et Finance Internationales de l'Université de Bordeaux, prévient : 'Le vin cumule tous le défauts et il va être en première ligne dans le problématiques de représailles commerciales'.Jean-Marie Cardebat, directeur du Laboratoire d'Analyse et de Recherche en Economie et Finance Internationales de l'Université de Bordeaux, prévient : 'Le vin cumule tous le défauts et il va être en première ligne dans le problématiques de représailles commerciales'. - crédit photo : DR
A cette question, Jean-Marie Cardebat, directeur du Larefi de Bordeaux, répond que ce sera difficile. Intervenant le 14 décembre dernier à l'Institut des sciences de la vigne et du vin, il a présenté son travail de prospective sur les grands équilibres mondiaux.

Penser le commerce international du vin à l’horizon 2035 ?  «  Difficile"  et  « casse figure" a prévenu ce 14 décembre dernier, Jean-Marie Cardebat, directeur du Laboratoire d'Analyse et de Recherche en Economie et Finance Internationales de l'Université de Bordeaux (Larefi). Un constat d’abord : avec plus de 300 milliards de dollars en 2017, le marché du vin est pris au sérieux par les économistes. Les principaux acteurs ? Du coté des importateurs, on retrouve le Royaume-Uni, l’Allemagne, les Etats-Unis, la Chine. L’Espagne, l’Italie la France constituent le triumvirat des exportateurs. Suivent le Portugal, les pays du nouveau Monde, l’Allemagne. Dans , l’Europe peut-elle rester leader sur le marché international du vin en tant que premier exportateur ?  Pour y répondre Jean- Marie Cardebat s’est appuyé sur des facteurs économiques  et politiques des pays de l’ancien et du nouveau monde, ainsi que les challengers (Chine, Brésil, Géorgie, Inde, Portugal,  Allemagne, sans oublier le Royaume Uni qui a des velléités en terme de vins effervescents).

La percée de la Chine

Pour bien mesurer  les facteurs économiques, le directeur du Larefi  a utilisé le diamant de Porter, un outil  qui prend en compte différents facteurs de compétitivité, à savoir l’offre, la demande, les industries de support et la structure de la concurrence. Des scorings ont été établis pour mesurer les avantages concurrentiels des différents pays. A côté de cette méthode de recherche documentaire, il a fait appel à des collègues experts de L'AAWE (American Association of Wine Economists). 62 d’entre eux ont fait de la prospective en indiquant quels pourraient être les  pays leaders à l’horizon 2035. Réponse ? La Chine sera un grand pays producteur et un acteur prépondérant du marché du vin. « Sa stratégie est simple : elle importe le produit, apprend à le faire, le vend sur son propre marché et enfin va le vendre sur les marché des autres" a asséné Jean-Marie Cardebat, même s’il reconnait que le propos est caricatural. Dans un second temps, d’autres leaders devraient émerger : le Chili, la Géorgie, le Portugal, la Nouvelle-Zélande, les Etats-Unis, l’Allemagne, l’Argentine. 

Avenir difficile pour les "Big 3"

Dernier de la classe : la France. «On est dans le déclin du pouvoir d’exportation de la France, selon nos collègues » a-t-il martelé. Certains critèrent pénaliseront la France, l’Espagne, l’Italie, à savoir le coût du travail, le prix des terres, le changement climatique, les maladies de la vigne et dans une moindre mesure le recour aux intrants chimiques. Du côté de la demande, ce n’est pas terrible non plus. On consomme de moins en moins de vin en Europe. Que disent les facteurs politiques ?  La résurgence du protectionnisme est une réalité. « Les politiques commerciales mises en place post crise sont ouvertement protectionnistes ".  S’ajoutent les questions  géopolitiques, les risques liés à une supply chain très internationalisée avec des chaines de valeur très étendues et donc risquées. Et enfin la montée mécanique des barrières aux échanges. Jean-Marie Cardebat a sa formule :  les «  Big 3 ». Comprenez : en 1995, les trois exportateurs (France, Italie, Espagne) représentaient 80% du total des exportations, contre à peine 50% en 2017. « On est passé  d’une situation où on exportait «  facile » à une protection mécanique des marchés « observe-t-il. De fait, les USA, la Russie, la Chine sont au top pour les barrières aux échanges. « Ce sont des partenaires agressifs en termes de protection de marchés".

La situation ne devrait pas s’améliorer : le vin est un bien alcoolisé (risques pour la santé), naturel (risques phytosanitaires)  et c’est aussi le symbole majeur de la culture européenne. Donc sujet à des représailles commerciales. « Le vin cumule tous le défauts et il va être en première ligne dans le problématiques de représailles commerciales" lache-t-il.

Alors que faire ? Jean-Marie Cardebat encourage à signer des accords. A l’instar du Chili  qui a passé des accords bilatéraux  avec certains pays. De même, face aux barrières aux échanges :   « Sautez-les", préconise-t-il. Bref, installez-vous dans le pays, créer des joint-ventures, ou des accords de distribution. Ni plus ni moins.

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