Pas de demie-teinte

La difficile implantation des blancs de Bourgogne en Chine

Lundi 17 décembre 2018 par Anne Schoendoerffer

Patricia Corcia,  de la maison de négoce Prestige des grands vins de France (PGVF) : 'On ne progresse pas trop vite, mais les quantités de vins blancs ne sont plus anecdotiquesPatricia Corcia, de la maison de négoce Prestige des grands vins de France (PGVF) : 'On ne progresse pas trop vite, mais les quantités de vins blancs ne sont plus anecdotiques - crédit photo : Anne Schoendoerffer
Jusqu’en 2017, les vins de Bourgogne ont connu une très forte croissance en volume et en valeur sur le marché chinois. En rouge notamment. Qu’en est-il des blancs haut-gamme ? La négociante Patricia Corcia de PGVF, implantée sur ce marché depuis 2004, fait le point.

Aujourd’hui, l’Asie est à la mode mais lorsque nous sommes arrivés en 1984, nous faisions figure de pionniers”, déclare Patricia Corcia de la maison de négoce Prestige des grands vins de France (PGVF). La société, créée à l’origine par son mari, s’est positionnée dès le départ vers l’export, en Amérique du Nord et en Asie. Sur ce dernier continent, son marché historique est la Japon. Ensuite Taiwan, la Corée-du-Sud, Hong Kong, Singapour se sont développés rapidement.

Aujourd’hui, c’est la Chine. “Nous y sommes depuis 2004. Le marché évolue dans le bon sens, il se professionnalise. On est encore loin d’un marché mature, mais nous n’avons plus de clients qui ne savent pas que l’on fait du pinot noir en Bourgogne ou d’autres qui demandent : tiens, c’est une nouvelle bouteille de Bordeaux ?”. Patricia s’est accrochée. Longtemps. Ses ventes ont décollé dès qu’elle a embauché une Chinoise qui connaissait les deux cultures. Pour cette femme de caractère, précise et empathique, c’est primordial : “les Chinois ne comprennent pas notre culture et ils ne parlent pas l’anglais. Le sens du contact est fondamental. Ils ont besoin de bien comprendre le produit. Il faut voir les clients et les revoir. C’est donc un marché coûteux qui se pense sur le long terme : on ne vient pas pour vendre 50 cartons et repartir. Il faut s’implanter durablement. On sait qu’un jour la Chine sera le premier marché mondial. Même si on capte 10 % de la population, le potentiel est énorme”.

15% de vins blancs de Bourgogne

Entre 2016 et 2017, son marché a progressé environ de 40 % en valeur et 30% en volume, en rouge et blanc confondus, soit environ 80 000 bouteilles en appellation. Elle a mis 10 ans pour pouvoir vendre des blancs de Bourgogne. En 2004, la proportion était d'une caisse de vin blanc pour 100 caisses de rouge. Aujourd’hui, les chiffres avoisinent 15 %. “On ne progresse pas trop vite, mais les quantités ne sont plus anecdotiques”. Meursault, Chassagne, Corton... tous les grands crus sont demandés. La demande a réellement évolué même si elle diffère selon les régions. Entre autres, parce que les habitudes de consommation sont différentes entre la Chine du Nord et du Sud. Ses vins, pour les plus chers vendus à 300 € le col, ne se trouvent pas dans les supermarchés. “Pour être présent, il faut avoir des vins d’entrée de gamme. Et là on est confronté à la concurrence directe des vins qui viennent d’Australie, de Nouvelle-Zélande...et qui seront toujours moins chers que nous. Notamment à cause des accords de libre-échange”.

Sur le circuit haut de gamme

Les vins blancs de Bourgogne de qualité se vendent pour des dégustations et des repas dans les restaurants chics où les clients peuvent amener leur bouteille. Les blancs de Patricia sont commercialisés au Ruby Red, caviste spécialisé entre autres, créé par Simon Zhou, fin 2005. Sa clientèle est composée d’expatriés et de chinois aisés qui n’hésitent pas à partir un week-end à Hong-Kong pour se former. Ce fin connaisseur du marché, né en Nouvelle-Zélande, expose à l’entrée de son magasin les vins de son pays natal en blanc, depuis longtemps ainsi que d’autres pays producteurs du nouveau monde. Mais il l’avoue, il a dû s’adapter et vendre plus de vin français qui représentent à présent 60% de sa gamme. Pourtant, dans ce showroom, les vins français ne sont pas vus en premier. “Ils sont cachés, car tout le monde veut des vins français” constate-t-il. Notamment des Bourgognes qui représentent la plus forte croissance de son entreprise. Principalement en rouge pour le pinot noir. Chez lui, la vente de blanc, toutes régions confondues, représente 5% de son chiffre d'affaires. Patricia le confirme : “Je lui vends tous mes vin haut-de-gamme”. En blanc, toujours en quantité anecdotique pour une clientèle à part. Question de couleur. Le rouge restera la couleur des vins chinois. Patricia est convaincue : “la consommation du blanc n’explosera pas en Chine pour cette raison-là”.

 

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