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"Vignoble engagé"

Bordeaux veut transformer l’environnement en sujet de communication

Lundi 10 décembre 2018 par Alexandre Abellan

Parmi ses engagements affirmés en ligne, la filière des vins bordelais annonce « produire dans le plus grand respect de l’environnement ».
Parmi ses engagements affirmés en ligne, la filière des vins bordelais annonce « produire dans le plus grand respect de l’environnement ». - crédit photo : CIVB
L’interprofession girondine passe à la contre-attaque : son impact environnemental en général, et phytosanitaire en particulier, compte transformer une anxiété sociétale en opportunité commerciale.

« Rouge, blanc, rosé… et vert. 60 % du vignoble certifié dans une démarche environnementale » : le nouvel axe de communication du Conseil Interprofessionnel du Vin de Bordeaux (CIVB) met en avant les bonnes pratiques environnementales du vignoble girondin. « Même si tout n’est pas parfait, il est désormais temps de faire savoir au public, à la presse spécialisée et à tous les amateurs de vins de Bordeaux tout ce que nous faisons en faveur du développement durable. Notre filière vient de prendre un nouveau virage » annonce Allan Sichel, le président du CIVB, ce 6 décembre au palais des Congrès de Bordeaux, lors du dixième forum environnemental de la filière.

Après avoir essuyé une pluie de critiques (pour ne pas dire de documentaires TV à charge), la filière girondine veut désormais transformer une question hautement sensible en argument de différenciation durable. « Beaucoup d’attaques ont porté atteinte à notre image. Mais on pense faire beaucoup d’efforts. Aujourd’hui, on travaille mieux, mais les gens n’en ont pas conscience » résume Christophe Château, le directeur de la communication du CIVB. « La pression sociétale va plus vite que nos efforts » ajoute-t-il, soulignant l’enjeu de maintenir la mobilisation du vignoble pour maintenir le processus d’amélioration des pratiques (voir encadré).

Trophées

Symbole de la nouvelle stratégie de communication du CIVB, les premiers trophées de Bordeaux Vignoble Engagé ont été annoncés par l’interprofession à l’occasion de son forum environnemental. Cinq prix doivent récompenser la meilleure gestion des ressources, la réduction la plus durable des pesticides, la plus forte biodiversité, l’investissement dans la R&D, le meilleur respect des collaborateurs et riverains. Les candidatures seront très prochainement ouvertes à tous les adhérents du CIVB, qui pourront remplir jusqu’au 30 décembre 2018 un questionnaire sur un site dédié.

« C’est un outil que l’on donne aux vignerons bordelais pour reprendre la parole et présenter leurs pratiques vertueuses » résume Rodolphe Wartel, le directeur de la publication de Terre de Vins (groupe Sud-Ouest), qui soutient le concours. Les lauréats seront dévoilés lors d’une remise des prix qui aura lieu à la Cité du Vin le 11 avril 2019. Une date printanière qui ne doit rien au hasard, se trouvant « avant la période des traitements, qui est toujours compliquée pour nous à gérer » note Christophe Château.

"Susciter la compréhension"

Ces trophées arriveront dans la suite d’une campagne française de communication numérique « rouge, blanc, rosé… et vert ». Cette opération sera lancée en mars 2019 et vise 3,6 millions d’internautes (par des achats de médias sur Facebook, Youtube…). D’ampleur inédite pour les vins de Bordeaux sur le marché domestique, cette campagne s’appuiera sur des vidéos de témoignages de vignerons et de présentations de données sur le positionnement bordelais pour faciliter l’immersion et « susciter la compréhension et l’adhésion de la cible alter-responsable » explique l’interprofession.

« On a choisi un discours de preuves de notre engagement et pas d’objectifs. On a eu une crise d’image sur le marché domestique après Cash Investigation, il y a vrai déficit de connaissances du grand public » résume Stéphanie Sinoquet, la responsable marketing pour le marché français du CIVB. Les premiers contenus vidéos de cette nouvelle stratégie sont désormais visibles sur une nouvelle section « Bordeaux Vignoble Engagé » du site de l’interprofession (cliquer ici pour y accéder).

« Ce qui est révolutionnaire aujourd’hui, c’est de rassurer les gens. On est vraiment à la croisée des chemins » conclut, enthousiaste, l’animateur radio Denis Cheissoux, qui anime ce dixième forum.

Faire de l’environnement un sujet de mobilisation et pas de division

Au-delà de la communication vers l’extérieur et ses consommateurs, le CIVB cherche aussi la mobilisation de l’intérieur et de ses producteurs. Ce qui sera nécessaire pour atteindre en 2025 l’objectif d’un engagement de 100 % de ses opérateurs dans une démarche de Responsabilité Sociétale des Entreprises (RSE). S’inscrivant le cadre du futur plan Ambition Bordeaux 2025, ce projet devrait s’appuyer sur une association pilote afin de débroussailler la méthode d’engagement RSE en 2019, afin de pouvoir la déployer en 2020, comme l’explique Benoît Calvet, le vice-président de la commission technique du CIVB. Qui souhaite que cette démarche RSE s’accompagne d’une charte de bon voisinage pour soulager les tensions qui existent entre vignerons et riverains.

Pour résoudre les multiples enjeux liés aux développements durables, le CIVB multiplie les supports pour faciliter la mise en place d’actions sur le terrain : de la publication du nouveau guide des bonnes pratiques environnementales à la mise en ligne d’outils dédiés. « Les solutions existent et sont à notre portée* » souligne Allan Sichel. Un module en ligne permet ainsi d’estimer l’impact climatique de son activité vitivinicole et de sélectionner des leviers d’amélioration (formation à l’écoconduite des tracteurs, captation du CO2 émis lors de la fermentation alcoolique, allégement des bouteilles…).

Une autre application en ligne permet de cartographier ses traitements phytos et de calculer en ligne son Indice de Fréquence de Traitement (l’IFT), tandis qu’un module propose de cartographier le voisinage des parcelles viticoles (avec des modélisations des zones viticoles à 5, 10, 20 ou 50 mètres d’un habitat). « Mesurer et savoir, c’est déjà agir » résume Jeanne-Marie Voigt, chargée de missions au CIVB.

 

* : Sachant que « les solutions sont globales. Elles ne sont pas seulement techniques, mais organisationnelles. Comme faire changer les cahiers des charges [AOC] pour intégrer des innovations » souligne la généticienne Nathalie Ollat, ingénieur de recherche à l’INRA Bordeaux.

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