Sud de la France

Vendanges de rêve

Jeudi 04 octobre 2018 par Michèle Trévoux
Article mis à jour le 09/10/2018 12:34:31

Ce millésime 2018 qui, suite aux attaques spectaculaires de mildiou, avait suscité beaucoup d’inquiétude en début d’été, se révèle finalement beaucoup moins compliqué que prévu.
Ce millésime 2018 qui, suite aux attaques spectaculaires de mildiou, avait suscité beaucoup d’inquiétude en début d’été, se révèle finalement beaucoup moins compliqué que prévu. - crédit photo : Creative Commons CC0
Grâce à des conditions météorologiques optimales, les vendanges 2018 se déroulent très sereinement dans le Sud de la France et à Bordeaux. Les vignerons peuvent attendre la parfaite maturité même sur les cépages tardifs. Le rêve !

« Ce sont des vendanges de rêve ! On peut travailler en toute sérénité. L’état sanitaire des raisins est parfait et les conditions de maturation idéales avec une forte amplitude thermique entre jour et nuit. Même avec les cépages tardifs, on peut attendre la parfaite maturité. Je n’ai jamais vu des cabernet sauvignon avec une telle expression aromatique et d’aussi beaux tannins », s’enthousiasme l’œnologue bordelais Pascal Hénot, qui a pourtant quelques vinifications à son actif.  

Au bout du bout de la maturité

Son confrère Jean-Louis Vinolo du laboratoire Euralis est du même avis « Il est rare de pouvoir pousser ainsi les maturités. Souvent l’état sanitaire du raisin ou les épisodes pluvieux nous imposent le planning de vendanges. Cette année, seule la maturité des raisins détermine la date de récolte. J’incite mes clients à profiter de ces conditions exceptionnelles pour aller au bout du bout. Il faut voir ce qu’ils ont dans le ventre, ces raisins !».  Les premières cuvées de rouge semblent prometteuses : « L’extractibilité est optimale. On obtient très rapidement des jus très colorés et très expressifs. Il n’est pas nécessaire de forcer sur les extractions ». En attendant ainsi la maturité, les vendanges s’étirent dans le temps. «Pour ceux qui patientent pour avoir des raisins mûrs, les vendanges pourront durer jusqu’à une semaine de plus que l’an dernier. Je constate de la lassitude chez certains de mes clients. Heureusement les vinifications se déroulent sans encombre », témoigne Jean Louis Vinolo.

La syrah en même temps que le cabernet

En Languedoc, les derniers raisins seront rentrés vers la mi-octobre. Vignerons indépendants comme caves coopératives ont également profité de ce bel été indien pour pousser les maturités. Aux Vignerons du Pays d’Ensérune, le directeur technique Lilian Bertin a pourtant démarré les blancs sur les chapeaux de roue. « Nous avons commencé le 22 août avec les sauvignon et chardonnay. Tout est arrivé à maturité en même temps. Nous avons vendangé 600 ha en 10 jours ». Il a ensuite enchainé avec les rosés et les parcelles de merlot touchées par le mildiou pour limiter les pertes de ses adhérents. Visant de belles maturités pour ses rouges, il a ensuite ralenti le rythme. « Nous avons un état sanitaire parfait et des conditions idéales de maturation, on a pris le temps de laisser mûrir en suivant de près l’évolution des maturités car l’ordre des cépages a été inversé.  C’est la première fois que je récolte la syrah en même temps que le cabernet sauvignon », souligne-t-il. Tranquillisé par cette météo très confortable, il a pu faire des pauses quelques samedis de septembre. Il a également pu réduire le rythme des apports de 30% pour prolonger ses macérations à chaud et monter en qualité. La fin de récolte des 3000 ha du groupement coopératif héraultais est prévu le 6 octobre

A l’Ormarine, le directeur Cyril Payon vit également des vendanges à rallonge.  « On a commencé le 8 août, on finira de rentrer nos picpoul mi-octobre ».  La belle récolte, conjuguée à l’extension du périmètre de la cave avec l’intégration cette année des coopératives de Vias et Saint Hyppolite du Fort, explique cet allongement de la récolte. Les températures encore très élevées du mois de septembre ont également conduit Cyril Payon à ralentir le rythme de la récolte. « Pour bien refroidir les raisins, j’ai réduit les apports quotidiens à 425 tonnes contre 550 à 600 t habituellement ».

Encore 40% de la récolte dehors

Au Clos des Centenaires à Vauvert, ce mardi 2 octobre,  Luc Baudet a encore 40% de sa récolte dehors. Cette année pour lui aussi, les vendanges seront longues : 10 jours de plus que l’année dernière pour récolter à la main ses 21 ha. « La maturité des blancs a été plus rapide car on recherche le fruit et la fraicheur. Nous avons démarré le 10 septembre et tout récolté dans la foulée. Pour les rouges en revanche, on a pris notre temps. Les conditions climatiques sont favorables à une belle maturité des pellicules et l’état sanitaire est superbe. Avec ce printemps pluvieux, nous avons eu un beau développement végétatif de la vigne et une belle charge. Les maturités sont plus lentes notamment sur grenache. Cette pause d’une dizaine de jours entre blanc et rouge nous permet de travailler plus sereinement en cave. Mais il y a quand même le stress d’avoir encore 40% de notre production à récolter alors qu’autour de nous, la plupart ont déjà fini ».

Ce millésime 2018 qui, suite aux attaques spectaculaires de mildiou, avait suscité beaucoup d’inquiétude en début d’été, se révèle finalement beaucoup moins compliqué que prévu. « Août fait le moût », nous rappelle à bon escient le proverbial dicton vigneron. Reste que les pluies attendues pour le week-end prochain risque de changer la donne et de presser les dernières rentrées de raisin.

 

 

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