Bordeaux

Le chai au bout des doigts

Mercredi 12 septembre 2018 par Claire Furet-Gavallet

Le chai au bout des doigts
- crédit photo : Lamouroux
Lambox, nouveau système de supervision des chais de Lamouroux, a intégré le château bordelais Pichon Baron à Pauillac. Une immersion au sein de ce cuvier connecté.

« Vous êtes en train de vous amuser avec mes cuves ! » s’exclame, Jean-René Matignon, directeur technique du château Pichon Baron, à Pauillac, en arrivant de ses vignes. « Vous pouvez écrire tout de suite que le système d’alerte marche très bien ! » poursuit-il, s’adressant à La Vigne.

Depuis une heure, ce jeudi 9 août à Pauillac, Laurent Alexandre, technicien informatique de Lamouroux, et Julien Touret, commercial du secteur Médoc, nous présentent la Lambox, nouveau système de supervision des chais sur site et à distance. Dans la salle de contrôle de ce grand cru classé de Bordeaux, l’équipe de Lamouroux, à force de manipulations, a déclenché plusieurs alertes sur le téléphone de Jean-René Matignon l’informant du changement des consignes de température sur certaines cuves. Il n’en fallait pas plus pour le rappeler à son rendez-vous au chai.

"Ce système permet de surveiller et de contrôler le chai via internet"

Le château Pichon Baron s’est équipé de la Lambox, serveur web embarqué, pour les vendanges 2017. « Ce système permet de surveiller et de contrôler le chai via internet, depuis son téléphone ou son ordinateur, n’importe où » explique Laurent Alexandre. Dans cette propriété, la Lambox est matérialisée par un écran tactile accroché au mur dans une petite salle au calme du chai. On y trouve un plan en trois dimensions de l’ensemble des bâtiments (bureaux, cuvier, chai à barriques, local technique…), avec la température et l’hygrométrie de chacun.

En zoomant sur le cuvier, le plan de ce dernier apparait avec les paramètres de chaque cuve. On s’y croirait. « On peut identifier l’état de chaque cuve : sa température actuelle, sa densité avec la courbe, les opérations et ajouts œnologiques effectués, les commentaires de dégustation, les consignes et autres notes pour les opérateurs. » raconte Julien Touret. « On peut programmer des changements de température, consulter l’historique de la cuve sur plusieurs millésimes… Cela peut être intéressant pour ceux qui font du parcellaire ».

Données consultables par trois niveaux d'utilisateurs

Lambox remplace désormais le cahier de bord papier du chai. Ses données sont consultables par trois niveaux d’utilisateurs, sur tous les écrans accrédités : les administrateurs (directeur technique et maître de chai) qui ont tout pouvoir sur le système, les opérateurs qui peuvent manipuler et modifier certains paramètres, et les informateurs qui n’accèdent qu’aux informations.

Pour l’instant, les opérateurs écrivent leurs relevés de densité et commentaires sur une feuille de papier et une personne transfère toutes les informations sur la Lambox via l’écran principal. « Prochainement chaque opérateur pourra taper directement les informations depuis une tablette ou smartphone dans le système » ajoute d’un ton assuré le directeur technique. Lambox promet une traçabilité rigoureuse et des alertes (SMS ou email) qui ne manquent pas de se faire entendre.

« Avec une campagne de recul, nous avons constaté que la commande et la vision à distance du chai sont vraiment utiles, explique Jean-René Matignon. Nous observons une meilleure maitrise des vinifications, plus de confort et de précision. Le travail est optimisé. »

Au château Pichon Baron, la Lambox régule la température des cuves, la température et l’hygrométrie de chaque bâtiment et assure la traçabilité des opérations.

Mais le système peut remplir davantage de fonctions. « Environ 50% des châteaux médocains équipés de Lambox utilisent l’option remontage automatique, indique Luc Moulinard, superviseur de Lambox. Selon leur personnel, parfois saisonnier et inexpérimenté, ils préfèrent que la machine programme l’opération seule. »

A ce sujet, le directeur technique de Pichon Baron a un avis bien tranché. « Les remontages forment les stagiaires, plaisante-t-il. Nous préférons les faire sur site, avec une présence physique. La technologie doit aider le travail de l’humain, pas le faire à sa place. ».

Capteur de densité optique

Toujours en option, un capteur de densité optique peut être installé au niveau des sondes de température. « Il faut imaginer deux lames immergées dans le vin. » explique, simplement le technicien Laurent Alexandre.  « On envoie une onde lumineuse entre ces deux lames à une certaine fréquence. Partant de là, nos programmes calculent la densité ».

Cependant, Lamouroux ne conseille pas de prendre l’option de mesure automatique de la densité. « Ce n’est pas rentable d’installer un capteur par cuve pour l’instant, affirme Luc Moulinard. Nous préconisons d’utiliser le densimètre portable d’Anton-Paar avec lequel il faut toujours prélever manuellement un échantillon par cuve. Mais grâce des puces RFID, l’appareil détecte le numéro de la cuve devant laquelle il se trouve, puis transmet le résultat à Lambox qui l’attribue automatiquement à cette cuve. »

Sur certaines installations, la Lambox régule la température et l’hygrométrie des chais en utilisant l’air extérieur pour le refroidir ou le réchauffer, avec une économie d’énergie à la clé.

Pour les utilisateurs, la plateforme Lambox parait facile et ludique d’emploi. Lamouroux y a veillé. « Il nous a fallu un an et demi pour développer le design, ajoute avec fierté le technicien informatique. Une longue réflexion pour aboutir à une ergonomie agréable et un visuel instinctif ».

 

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