Caves coopératives

Mariage stratégique pour Tutiac et Uni-Médoc

Mardi 04 septembre 2018 par Alexandre Abellan

Les hommes portant ce rapprochement sont, de gauche à droite, Éric Hénaux, Pédro Rojo, Stéphane Héraud et Xavier Deval.Les hommes portant ce rapprochement sont, de gauche à droite, Éric Hénaux, Pédro Rojo, Stéphane Héraud et Xavier Deval. - crédit photo : DR
Les rapprochements commerciaux et organisationnels entre les caves coopératives des Côtes de Bordeaux et du Médoc doivent réaliser une jonction inédite et complémentaire entre les deux rives de l’estuaire de la Gironde.

En trois mois, un temps record, les groupes coopératifs de Tutiac et d’Uni-Médoc se sont dit oui. Sans aller jusqu’à la fusion de leurs caves, mais sans se limiter à une union commerciale, les coopératives des côtes de Bordeaux et du Médoc partagent depuis ce premier septembre la même direction et les mêmes canaux de commercialisation.

« Nos deux outils de production continuent d’exister de manière indépendante en termes de production, de l’apport à l’embouteillage. Mais nous mettons en commun nos stratégies managériales et commerciales, en vrac et bouteille » résume Stéphane Héraud, le président de Tutiac (425 apporteurs sur cinq sites de vinification, pour 4 000 ha dans les côtes de Bourg et de Blaye). « On assiste actuellement à la concentration de la distribution et de la production. Pour se projeter, il faut gagner en force de vente. Il ne s’agissait pas que de commerce, il fallait structurer la réponse en termes de décision » renchérit Pédro Rojo, le président d’Uni-Médoc (160 adhérents pour trois sites de vinification et 1 000 ha en Médoc).

"Une seule gouvernance"

Formulée en mai dernier, cette demande de rapprochement est venue de la rive gauche. L’union médocaine souhaitant renforcer son outil de commercialisation, tout en anticipant le départ à la retraite de son directeur général, Xavier Deval. Plutôt que de recruter un nouveau cadre dirigeant, Uni-Médoc a fait le choix de s’allier à Tutiac pour former une seule équipe de pilotage, en symbiose de part et d’autre de l’estuaire.

« Il n’y a qu’un niveau de décision. Les deux coopératives s’unissent sous une seule gouvernance » résume Éric Hénaux, le directeur général de la cave coopérative de Tutiac, qui prend la direction du groupe Tutiac. Ancien responsable administratif et financier de Tutiac, Xavier Deval devient quant à lui le secrétaire général du groupe Tutiac. Visant la synergie, ces liens sont renforcés par l’entrée de quatre administrateurs de chaque coopérative au conseil d’administration de l’autre entité. Tandis que Stéphane Héraud devient le vice-président d’Uni-Médoc, dont le président, Pédro Rojo, prend la vice-présidence de Tutiac.

100 millions € CA

Unifiée, cette direction gère la production de 585 viticulteurs, pour 5 000 hectares de vignes, avec un chiffre d’affaires de 100 millions d’euros et un potentiel de production de 270 000 hl de vin (qui sera cependant réduit en 2018*). Validé à l’unanimité par les deux conseils d’administration, ce rapprochement se traduit par la prise de participation d’Uni-Médoc à la SAS Tutiac, à hauteur de 20 % des actions.

"Il ne s’agit pas d’une course à la taille"

S’inscrivant dans l’ambitieux plan de développement de Tutiac, ce rapprochement joue la carte de la complémentarité de gamme. Le groupe girondin pouvant maintenant proposer quinze AOC : Bordeaux, Côtes de Bordeaux, Médoc… mais aussi Graves et Sauternes, suite à l’adhésion de la coopérative Sauternes Vigneron, qui doit fusionner avec Tutiac en 2019 (et qui va réaliser en 2018 ses premières vinifications collectives avec la location d’un chai collectif). Avec ces développements, « il ne s’agit pas d’une course à la taille, mais d’une stratégie de valorisation et de commercialisation » pose Stéphane Héraud. Le groupe se donnant comme objectif de développer sa marque Tutiac sur les marchés domestiques et export, ainsi que de consolider son offre de châteaux (et désormais de six crus bourgeois du Médoc).

 

* : Les orages de grêle du printemps ayant ravagé les côtes de Bordeaux. « Au lieu de 220 000 hl, nous nous attendons à 160 à 180 000 hl. Ce qui est toujours mieux que les 110 000 hl de 2017 [après le gel] » rapporte Éric Hénaux, qui précise que la petite récolte 2018 n’aura pas d’impact sur la pérennité des entreprises. La quasi-totalité des adhérents de Tutiac est assurée contre les aléas climatiques, tandis que la cave a contracté une assurance sur ses apports.

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