Trois chercheurs à la rescousse

Que répondre aux tenants de l’abstention de la consommation de vin ?

Mardi 07 août 2018 par Alexandre Abellan

« Savez-vous que l'éducation du goût du vin est également vecteur d'éducation du bien-manger, du discernement olfactif et gustatif et de l'équilibre culturel et gastronomique de nos sociétés ? » posent Alain Blanchard, Éric Giraud-Héraud et Gilles de Revel. 

« Savez-vous que l'éducation du goût du vin est également vecteur d'éducation du bien-manger, du discernement olfactif et gustatif et de l'équilibre culturel et gastronomique de nos sociétés ? » posent Alain Blanchard, Éric Giraud-Héraud et Gilles de Revel. 
 - crédit photo : DR
S’inquiétant d’une intervention de la filière des boissons alcoolisées en général, et du vin en particulier, dans les politiques de santé, le lobby hygiéniste est particulièrement virulent. Pour mettre ces assauts en perspective, le Point publie une instructive tribune bordelaise.

« Le lobby alcoolier prétend participer à la prévention en santé en publiant une [ayant] pour seul objectif de créer un nuage de fumée, et d’empêcher toute politique de prévention efficace, alors que le niveau de consommation d’alcool dans notre pays est un des plus élevés au monde (avec 11,6 litres d’équivalent alcool pur par habitant en 2016, davantage désormais que la Russie) » affirmait ce 11 juillet une tribune de neuf addictologues contre « le cynisme du lobby des alcooliers » dans le journal Le Monde. Estimant que la filière des boissons alcoolisées cherche à « dicter sa loi », les signataires demandent à la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, « de s’exprimer à nouveau fortement et fermement, et pas seule­ment sur la taille du pictogramme des­tiné aux femmes enceintes ». L’objectif affiché de la tribune étant de promouvoir un durcissement de la loi Évin, et la déclinaison aux alcools de la politique contre le tabac (notamment avec un fonds de prévention dédié).

Interpellés par la virulence de cette nouvelle attaque en règle des principes de consommation responsable de la filière vin, trois enseignants-chercheurs bordelais de l’Institut des Sciences de la Vigne et du Vin (ISVV) démontent cette grille de lecture dans une tribune publiée ce premier août par le site du Point (faute de réponse du Monde pour publier cette réponse). Le biologiste Alain Blanchard, l’économiste Éric Giraud-Héraud et le chimiste Gilles de Revel soulignent d’abord que la France « est surtout le pays au monde qui a le plus réduit sa consommation de vin et de spiritueux depuis plus de cinquante ans… Et ce fait d'armes ne doit malheureusement pas grand-chose au lobby médical ni même à la loi Évin. »

"Le fléau du binge drinking"

Dans le fond, l’argumentation des trois chercheurs s’attaque à la volonté abstentionniste du lobby hygiéniste. « De fait, les rédacteurs de cette tribune [du 11 juillet] laissent l'impression que la seule solution est l'abstinence en matière de consommation d'alcool, alors que la vraie question est la réduction des excès de consommation pour les catégories les plus sensibles de la population, les jeunes notamment » estiment Alain Blanchard, Éric Giraud-Héraud et Gilles de Revel.

« Le point important qui devrait être développé dans un tel article est surtout celui du fléau des variantes du binge drinking (qui s'est développé également en France et en Europe méditerranéenne et qui n'est pas une affaire de réglementation de la publicité). D'où vient le binge drinking ? Des pays du Nord qui ont hypercontrôlé par l'interdiction et les surtaxes la consommation de boissons alcoolisées… » posent, non sans brio, les chercheurs bordelais. Qui concluent à une responsabilité de société plus que de filière : « ne nous trompons pas de cause quand on mesure des effets. […] On se trompe moins rarement quand on considère que ce n'est pas l'offre qui fait la demande, mais bien la demande qui explique l’offre. »

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