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Vitagora

Nuages et vitamines

Mardi 17 juillet 2018 par Cédric Michelin

Visite des vignes de la Cave de Lugny où capteurs et station météo recueillent des données techniques.Visite des vignes de la Cave de Lugny où capteurs et station météo recueillent des données techniques. - crédit photo : Cédric Michelin
Le 10 juillet à la Cave de Lugny, le pôle de compétitivité Vitagora a réunit les principaux acteurs de deux projets de recherche. Iris+ qui cherche des solutions innovante pour la santé de la vigne (et du blé) à l’aide de biostimulants et SDN ou SDP. Et le projet Winecloud qui cherche, lui, à numériser la filière de la parcelle aux consommateurs pour constituer la première plateforme Big data vitivinicole.

A première vue, rien n’a changé dans les vignes Mâconnaises. Les pulvérisateurs tentent de contenir la pression mildiou en ce 10 juillet. Pourtant, une importante (r)évolution est peut-être en cours. La Cave de Lugny (6,5 millions de bouteilles) est la cave coopérative « support » d’une expérimentation presque futuriste mais qui ne l’est plus.

Des capteurs pour générer des données

Les informaticiens sont partout, mettant des capteurs sur les pieds de vigne, sur les enjambeurs, des stations météos, des caméras et des automates partout… jusque dans la cuverie. « On met des garde-fous pour guider le projet », rappelait Edouard Cassanet, le directeur, devant la cinquantaine de chercheurs présents. Vingt ingénieurs d’Orange, l’opérateur télécom, travaillent sur la conception informatique et réseau du projet Winecloud pour récupérer et traiter les immenses quantités de données (Big data) collectées. Le tout à distance dans le cloud : ces puissants « nuages » d’ordinateurs renvoyant les résultats des calculs. Il y a aussi Photon lines pour des analyseurs optiques de détection des maladies de la vigne (mildiou/oïdium) par imagerie hyperspectrale (visible ou non visible). Ou encore neuf collaborateurs de l’Université de Bourgogne pour développer une intelligence artificielle, dans le cloud là encore, analysant, traitant et digitalisant le savoir des vignerons et autres acteurs de la chaine « de valeur » vitivinicole.

Vers de nouveaux OAD

Car finalement, c’est « l’entrepreneur », Arnaud Roussac, comme il se décrit lui même, plus que son entreprise R-tech Œnologie – qui consacre comme une start-up pourtant près de 50 % de son chiffre d’affaire en investissements R&D -, qui explique le mieux le bouleversement à venir pour la filière. En reliant tous les capteurs et leurs données dans les nuages (cloud) pour rendre ces données "intelligentes" (smart data), il espère créer de nouveaux types d’outils d’aide à la décision. Classiquement en « abonnement de service » mais là où le modèle d’affaire diffère, c’est que c’est R-Tech qui supportera le coût des déploiements des capteurs. « Je ne suis pas un philanthrope mais je sais que si je dis à un viticulteur d’acheter pour 150.000 € de capteurs, cela ne marchera pas », explique-t-il, lui qui vient de l’industrie lourde. Il préfère taire pour l’heure les « gros acteurs du marché » capital-risque qui le soutiennent dans son projet.

En tout cas, le président de la Cave de Lugny, Marc Sangoy « ne voulait pas rater l’opportunité » de participer à ce projet d’envergure. La cave met simplement à disposition du personnel (technicien, œnologue…) et des parcelles de viticulteurs volontaires. Pour son directeur, l’intérêt à court terme est d’avoir à disposition plus d’informations pour « inventer l’étiquette du futur » pour les consommateurs, notamment Asiatiques déjà très friands de comprendre l’histoire de la fabrication des vins, via smartphones. A moyen terme, à la vigne cette fois, l’objectif est également de « réduire les traitements » en anticipant plus les risques maladies notamment. Enfin, à long terme, l’idéal serait de mieux comprendre les conséquences du réchauffement climatique pour faire évoluer les modes de cultures.

Biostimulants

A côté Iris+ paraissait beaucoup plus conventionnel. Les scientifiques ont découverts un ou deux premiers biostimulants et SDP (stimulateurs des défenses des plantes), genre de "vitamines" (et non des engrais) qui appliqués - « comme quand vous êtes fatigués, la plante peut l’être et être plus sensible aux maladies » - doit permettre de stimuler le système naturel de défense de la vigne pour qu’elle essaye de se prémunir elle-même. Problème, ces "vitamines" (oligosaccharides) entrent par le dessous de la feuille (par les stomates) et il faut donc une pulvérisation adaptée. Tecnoma y travaille. AgroSupDijon vérifie tous ces résultats par analyses d’images hyperspectrales en traitant les données informatiques grâce à de « l’analyse neuronale » (deep learning). Le tout dans un modèle de données « ouvert » (API), c’est-à-dire accessible à tous normalement par Internet.

« Mais rien ne vaut encore l’œil du vigneron », ont tous reconnu les scientifiques après la fin de la visite des vignes de Lugny.

 

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