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Roussillon

A l’ombre des panneaux solaires

Jeudi 12 juillet 2018 par Frédérique Ehrhard
Article mis à jour le 16/07/2018 10:18:59

Les panneaux solaires permettent de faire de l'ombre à la vigne.Les panneaux solaires permettent de faire de l'ombre à la vigne. - crédit photo : Creative Commons CC0
4.5 ha de vignes viennent d’être plantés sous des panneaux solaires qui leur apporteront de l’ombre tout en produisant de l’électricité. Une façon fructueuse de réduire l’impact du réchauffement.

En arrivant au domaine de Nidolères, de hautes ombrières photovoltaïques apparaissent au détour du chemin. En dessous poussent de jeunes vignes tout juste plantées ce printemps. Une vision futuriste qui contraste avec les parcelles voisines, portant des gobelets centenaires. « Je cherche des solutions pour l’avenir. Avec le réchauffement climatique, la vigne pourra-t-elle rester dans le Sud ? Ce n’est pas sûr. Ici, le stress hydrique s’accroît. La maturité s’accélère et le degré des vins augmente », observe Pierre Escudié, à la tête de 34 ha, à Tresserre, dans les Pyrénées-Orientales.

Dix ans avant de pouvoir se lancer

Pour pallier le réchauffement, il croit aux vertus de l’ombrage. « Les anciens protégeaient le côté de la parcelle exposé au soleil couchant par des haies », rappelle le vigneron. Par l’intermédiaire de la chambre d’agriculture, il entre alors en contact avec la société Sun’R, qui étudie un système d’ombrières avec l’Inra. « Il a fallu dix ans avant de pouvoir l’expérimenter sur une grande parcelle. Mais, aujourd’hui, c’est du concret ! », apprécie-t-il, en regardant son installation.

Pierre Escudier vient de planter sous les ombrières 4.5 ha de chardonnay, grenache blanc et marselan, avec l’aide de son fils Raphaël, qui l’a rejoint,  et 3 ha des mêmes cépages en plein soleil, à titre de témoins. Ces ombrières, formées de panneaux photovoltaïques orientables, reposent sur une structure métallique de 4,5 m de haut. Placées à l’horizontale, elles couvrent 30 % de la surface au sol. Au fil de la journée, elles suivent la course du soleil, de telle sorte que leur ombre portée balaye les rangs de vigne. « Nous pilotons l’ombrage en continu, en donnant la priorité aux besoins de la vigne durant son cycle végétatif par rapport à la production électrique. C’est la première fois qu’un tel dispositif est déployé dans le monde, avec l’objectif que ce soit bénéfique à la culture tout en produisant de l’énergie », explique Antoine Nogier, directeur de Sun’R.

À l’abri du soleil, les vignes bénéficieront d’une température plus clémente aux heures les plus chaudes de la journée, ce qui abaissera l’évapotranspiration. À l’inverse, lorsqu’elles auront besoin d’un maximum de lumière, il suffira d’orienter les ombrières à la verticale.

Vendange mécanique

Pierre Escudié et son fils ont planté leurs vignes à 2,25 m x 0,90 m. Entre deux rangées de poteaux supportant les panneaux solaires courent trois rangs de vignes. Ceux-ci seront vendangés mécaniquement, les panneaux étant suffisamment hauts pour laisser le passage à une machine. En revanche, le quatrième rang, implanté sur la même ligne que les poteaux, devra être récolté à la main.

Les deux vignerons veulent produire des vins avec IGP. Ils vont irriguer leur parcelle grâce à un forage. Sur leur secteur, sans cet apport d’eau, les rendements moyens oscille de 35 à 40 hl/ha en appellation Côtes-du-Roussillon, avec des vins qui atteignent 13,5 à 14 degrés. En irriguant et en écrêtant les pics de chaleur grâce aux ombrières, ils espèrent améliorer le rendement et avoir des vins plus frais.

La chambre d’agriculture des Pyrénées-Orientales va suivre l’essai depuis la station qu’elle détient sur la même commune. « Nous allons observer la croissance, l’état nutritionnel, la date de chaque stade phénologique, l’évolution de la maturité, le rendement et le degré, détaille Julien Thiery, responsable de la station. L’ombre devrait réduire les risques d’échaudage et de brûluresdes grappes dus au soleil et améliorer l’acidité des blancs et des rosés. »

De son côté, la société Sun’R met au point les algorithmes de pilotage du mouvement des ombrières. Puis elle testera plusieurs programmes selon les cépages. « Des capteurs installés sous la structure nous indiqueront le microclimat et l’état physiologique des vignes », précise Antoine Nogier. L’entreprise va aussi mesurer l’électricité produite. Son but est de rentabiliser les ombrières qu’elle met gratuitement à la disposition des vignerons grâce à la vente d’électricité.

Ce site pilote va permettre d’évaluer si l’investissement peut être amorti et si les vignes tirent un réel profit de l’ombrage. « Nous allons devoir patienter pour obtenir des résultats », prévient Pierre Escudié. Mais il est confiant et espère bien donner des perspectives à son fils, avec une vigne équipée pour les conditions climatiques à venir.

 

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