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Bordeaux et Cognac

7 millions de greffons martyrisés par les grêlons

Jeudi 07 juin 2018 par Alexandre Abellan

« Il était 15 heures ce samedi-là. Les grêlons sont tombés pendant dix minutes. Je ne croyais pas mes yeux quand j’ai vu mes parcelles… » se souvient Wilfried Gaudin.
« Il était 15 heures ce samedi-là. Les grêlons sont tombés pendant dix minutes. Je ne croyais pas mes yeux quand j’ai vu mes parcelles… » se souvient Wilfried Gaudin. - crédit photo : Syndicat des pépiniéristes viticoles de la région Cognac
Grêlées fin mai, dix pépinières viticoles anticipent une perte d’activité déjà estimée à plusieurs millions d’euros et plusieurs centaines d’hectares de vigne qui ne pourront être plantées l’an prochain.

« De mémoire d’homme, jamais un orage n’avait frappé la pépinière française avec autant de violence. Face à un tel désastre nous restons sans mot. Sans souffle ! » lâche David Amblevert, le président du syndicat des pépiniéristes de Bordeaux et du Sud-Ouest. Encore sous le choc des orages du 26 mai, dix pépinières ont été grêlées dans la région : deux dans le Blayais et huit en Charente Maritime (sur les communes d’Authon, d’Aujac et d’Aumagne).

Tombés durant les travaux de mise en terre, les grêlons ont brisé les greffons fraîchement plantés et vont entraîner des pertes de production conséquentes. D’après les premières estimations, 3 millions de plants ont été touchés dans le Blayais de 50 à 97 % (pour 2,5 millions d’euros de pertes estimées) et 4 millions de plants sont impactés à Cognac à des degrés divers (dont plus d’un million entre 50 et 80 %).

"Il n’y avait que la paraffine pour protéger"

Pépiniériste le plus touché de Charente Maritime, Wilfried Gaudin avait déjà planté 800 00 pieds sur ses 6 hectares le 26 mai, à Aujac (Fins Bois). « On avait commencé depuis huit jours, pour éviter les gelées tardives (comme nous sommes dans le pays bas). Mais nous n’avions jamais vu passer le moindre nuage de grêle jusqu’à présent » temoigne-t-il, la gorge nouée par l’ampleur de la catastrophe. « Les grêlons étaient de la grosseur d’un oeuf de pigeon, alors que les pieds étaient fragiles. Il n’y avait que la paraffine pour les protéger, alors que la soudure était tendre… C’est elle qui a brisé » rapporte Wilfried Baudin, qui estime ses pertes à plus de 80 %*.

Ayant également été grêlé sur ses 40 hectares de vignoble (destiné à la production de Cognac et gelé l’an dernier), le pépiniériste charentais fait face à un coup d’autant plus dur qu’il n’est pas assuré. « Les contrats proposés aux pépiniéristes vont de 10 000 à 12 000 euros l’hectare. Ce n’est pas imaginable ! » balaie-t-il.

Plus de 400 ha non-plantées en 2019

« Avec le dynamisme de plantation charentais, on sait qu’un plant non-produit, c’est un plant manquant. On ne devrait pas pouvoir fournir l’équivalent de 400 à 500 hectares de plantation l’an prochain » analyse François Bodin, le président des pépiniéristes de la région Cognac. Qui milite que les pépinières ayant des excédants, grâce à de meilleurs taux de reprise, s’en servent en priorité pour compenser les pertes de leurs camarades grêlés.

En Gironde, David Amblevert promet que les commandes seront bien respectées. « La solidarité va jouer à plein pot pour aider ceux victimes de ce désastre. Collectivement, on va céder en disponibilité de plants à nos collègues. Le marché complémentaires des plants en pot va permettre de répondre à la demande » veut croire le pépiniériste bordelais.

"À fléau exceptionnel, mesures exceptionnelles"

Pour soutenir les dix entreprises touchées, les syndicats de pépiniéristes demandent aux pouvoir publics le déblocage du régime des pertes de fonds au titre des calamités agricoles. Une demande qui leur avait été refusé suite aux orages de grêle de 2014 sur la commune charentaise de Marcillac. « On nous a répondu que nos exploitations étaient assurables. Sauf que les assureurs ne proposent pas de contrats incitatifs » se souvient, amer, François Bodin, qui maintient ses revendications. « À fléau exceptionnel, il faut des mesures exceptionnelles » conclut, combatif, David Amblevert.

 

* : 400 000 pieds étant actuellement brisés, le solde pouvant afficher un taux de reprise entre 10 et 15 %.

 

« Des pieds n’ont plus de greffons et les impacts de grêlons ont marqué la paraffine. Ça définit bien la violence de l’orage » souligne François Bodin.
 

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