Bourgogne

Une zone de protection de 20 km des AOC

Lundi 23 avril 2018 par Cédric Michelin

La Bourgogne veut tracer une zone autour de ses appellations où il ne sera pas possible de planter des vins sans indication géographique.
La Bourgogne veut tracer une zone autour de ses appellations où il ne sera pas possible de planter des vins sans indication géographique. - crédit photo : CC0 Creative Commons
Réunie hier soir à Beaune en assemblée générale, la Confédération des appellations et vignerons de Bourgogne (CAVB) a esquissé les contours pour éloigner des zones AOC bourguignonnes un futur vignoble de vins sans IG. L’an dernier, un projet avait suscité des réactions au sein de la profession et entraîné un "moratoire".

Pour sa dernière assemblée générale, après deux mandats consécutifs (6 ans), le président de la CAVB, Jean-Michel Aubinel est revenu sur ce dossier « qui avait défrayé la chronique » l’an dernier pendant les vendanges. Le projet de plantation de plusieurs dizaines d’hectares de vignes pour produire des vins de France (VSIG) à quelques kilomètres des zones AOC bourguignonnes, avait provoqué une levée de bouclier de la CAVB, du BIVB (Interprofession) et même de la FNEB (négociants). Le risque « de détournement de notoriété » des appellations des vins de Bourgogne avait été avancés.

Ce projet porté par la Maison Boisset avait « pris de court » la profession bourguignonne qui s’était alors positionnée pour un contingent de plantation VSIG « quasi-nul » (0,10 ares), bloquant le projet. Une décision validée par le conseil de Bassin Bourgogne-Beaujolais-Jura-Savoie. « Ce contingent était plus une manière de demander un moratoire d’une année pour prendre le temps d’une véritable réflexion » collective, a expliqué Jean-Michel Aubinel.

Création d'un syndicat dédié à toutes les catégories

En terme de gouvernance,  un syndicat de producteurs des VSIG va se constituer et « va rejoindre » la CAVB qui fédère déjà l’ensemble de la production sous IG (AOC et IGP). La prochaine équipe de la CAVB, qui sera élue le 3 mai, aura ainsi « l’ensemble des interlocuteurs et segments (AOP, IGP et VSIG) de vins autour de la table » des négociations pour les autorisations de plantation futures et pourra être le porte parole bourguignons des producteurs sur la gestion du potentiel de production en Bourgogne sur tous les segments de vin. En effet, la Confédération des appellations accueille déjà dans ses rangs un syndicat pour les vins IGP, aux côtés des AOC.

"Tracer quelque chose d’acceptable par tout le monde"

Ensuite, avec la famille négoce (Fneb), la CAVB va proposer à l’administration (préfecture de Région, Draaf, Inao) de « tracer quelque chose d’acceptable par tout le monde ». D’abord, en partant de l’aire d’appellation des Coteaux Bourguignons (ex-BGO), la plus grande aire régionale, aucune nouvelle plantation de VSIG ne sera possible à l’intérieur de cette zone. Ensuite, pour éviter un vignoble VSIG « aux portes de la Bourgogne viticole », un « corridor » de « protection » serait établi à l’Est et à l’Ouest des aires délimitées des AOC bourguignonnes. De premières distances de "sécurité" ont été évoquées. « La CAVB verrait plutôt à l’Est de la Saône, un zonage évalué à une vingtaine de kilomètres. Idem dans la partie ouest » a annoncé le président de la CAVB qui défendra cette position la semaine prochaine lors d’une réunion préparatoire en vue du prochain Conseil de bassin. Le sous-préfet de Beaune, Jean-Baptiste Peyrat « se gardait de toute affirmation définitive » sur ce sujet « compliqué » mais estimait « possible de trouver une voie médiane » à la position de tous les acteurs.

Jean-Michel Aubinel assurait ainsi « ne pas vouloir bloquer » à tout prix « ces véritables projets économiques » mais rappelait que « la notoriété de la Bourgogne repose sur des équilibres plus fragiles qu’ils n’y paraissent ».

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craoux Le 23 avril 2018 à 14:46:50
J'aimerais qu'on m'explique de manière rationnelle et argumentée sur quoi repose la crainte d'un détournement de notoriété .. notamment en Bourgogne avec sa foultitude de "climats". Qu'on me parle d'usurpation de dénomination, ça je comprends, car obligatoirement une fraude avérée aura été mise au jour. Mais "détournement" ? ... de quoi ? Imaginons un VSIG élaboré strictement à base de pinot N, ou de gamay N, ou à base de ces deux cépages assemblés : la réglementation "étiquetage" (UE et nationale) permet de mentionner le nom du cépage (vin mono-cépage) ou des deux (si le vin est issu à 100% de ces deux cépages) avec le cas échéant le millésime. Sachant qu'il n'est pas possible pour un VSIG de mentionner "mise en bouteille au domaine ou à la propriété" - ce qui est proprement scandaleux car c'est une discrimination évidente entre les catégories de produit - ni même de prétendre à revendiquer légitimement sa fierté de producteur par la mention "Domaine de ..." car ça reste réservé aux productions à IG, on se demande comment pourrait s'organiser un détournement de notoriété sur le seul nom du cépage pinot N ou gamay N. On se fout de nous. Sauf (et je crois que c'est là que le bât blesse) à pointer la vraie faiblesse de notre système de quasi auto-validation de nos productions à IG, qui est le "contrôle" (externe ou interne ..) car la réalité déclarative (traçabilité) d'une compta-matières calée pile-poil ne rend pas forcément compte de la réalité "terrain" pendant les vendanges. On ne m'empêchera pas de penser que la filière bourguignonne veut empêcher l'installation périphérique de vignobles VSIG complantés en pinot N, ou en gamay N, car elle redoute la "perméabilité" incontrôlable de certains flux. Le point central est là.
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