Vins de Bordeaux

Le système des primeurs n’est-il rentable que pour les châteaux et le négoce ?

Mercredi 25 avril 2018 par Alexandre Abellan

« Même si de nombreux collectionneurs achètent sans l’intention de réaliser une plus-value, acheter en primeur revient tout de même à investir » souligne Liv-Ex dans son rapport de référence.
« Même si de nombreux collectionneurs achètent sans l’intention de réaliser une plus-value, acheter en primeur revient tout de même à investir » souligne Liv-Ex dans son rapport de référence. - crédit photo : UGCB, semaine des primeurs
La mise en marché anticipée des grands crus bordelais semble se concentrer sur les étiquettes permettant de dégager les meilleures plus-values. À commencer par les seconds vins.

« Pourquoi est-ce que des gens achètent encore des vins de Bordeaux en primeur ? Non seulement les retours sur investissement sont bas comparés aux stocks, mais ils ont souvent été négatifs sur ces dernières années » tacle sans ménagement l’AAWE, l’Association Américaine des Économistes du Vin sur son compte Twitter. Se basant sur le dernier rapport des analystes du London International Vintners Exchange (Liv-Ex, suivant les 500 étiquettes bordelaises les plus cotées), l’AAWE souligne que sur la décennie 2005-2014, le taux de retour sur l’investissement en primeur était négatif six années sur dix*. Reprochant à la place de Bordeaux (propriétaires, courtiers et négociants) de trop tirer sur la corde des prix, cette analyse doit cependant être relativisée par le rapport même sur lequel elle se base.

Tout en reconnaissant que les marges des châteaux se maintiennent aux dépens des autres intermédiaires, les experts londoniens de Liv-Ex relativisent les « années de pertes, en particulier de 2009 à 2011, lorsque les vins s'étaient avérés en moyenne moins chers lors de la mise à disposition du public », soulignant une amélioration des « gains commerciaux sur les récoltes récentes ». Ce qui redonne un nouvel intérêt pour les acheteurs au système des primeurs, du moins pour une partie des propriétés.

"Le climat s’est amélioré"

Alors que les premiers prix des primeurs 2017 commencent timidement à sortir (avec le château Lanessan, +4 %), « le climat général qui entoure les primeurs s'est amélioré depuis le profond creux de 2013 » estime Liv-Ex. Les analystes anglais nuancent cependant cette reprise en conseillant de sélectionner toujours plus les crus achetés. « Comme nous le soutenions l'année dernière, les primeurs restent pertinents pour une minorité et non la majorité. Le marché s'est maintenant principalement concentré sur le top 30 des vins les plus demandés » estime Liv-Ex.

Ces étiquettes sont évidemment composées de premiers grands crus classés et assimilés, dont la rareté et la qualité suscitent la spéculation. Mais sont également recherchés leurs seconds vins : « une tendance remarquable est le contraste de performance entre les premiers grands crus classés et leurs seconds vins, les prix de ces derniers augmentant à un rythme beaucoup plus rapide que les premiers » conclut Liv-Ex, pointant l’importance des marques sur les marchés asiatiques.

 

* : Avec +26 % en 2005,  -17 % en 2006, 5 % en 2007, +37 % en 2008, 9 % en 2009, -12 % en 2010, -13 % en 2011, +5 % en 2012, -4 % en 2013 et +7 % en 2014.
 

Rappel théorique des primeurs

Dans la théorie, le système des primeurs permet aux acheteurs de sécuriser l’achat de vins du dernier millésime en cours d’élevage à des prix moindre, tandis que le producteur génère une entrée de liquidités avant la commercialisation deux ans plus tard, pendant que ses vins sont immobilisés dans ses chais.
 

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