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Le secret des primeurs

Franck Ferrand raconte l’Histoire et la force de la place de Bordeaux

Dimanche 08 avril 2018 par Alexandre Abellan

Passionné de peinture, Franck Ferrand s’est formé au vin lors de ses nombreux séjours dans le vignoble bordelais pour rédiger le livre sur les Grands Crus Classés en 1855 (paru en 2004 chez Flammarion, et révisé en 2017).
Passionné de peinture, Franck Ferrand s’est formé au vin lors de ses nombreux séjours dans le vignoble bordelais pour rédiger le livre sur les Grands Crus Classés en 1855 (paru en 2004 chez Flammarion, et révisé en 2017). - crédit photo : Europe 1
Du classement de 1855 à Robert Parker, l’expert revient sur les équilibres qui se sont construits au fil de temps entre propriétés, courtiers et négociants.

« L’intelligence du système bordelais est construite à l’anglaise » résume, avec brio, Franck Ferrand, consultant Histoire pour Europe 1 (émission quotidienne "Au cœur de l’histoire") et France Télévision (lors du Tour de France). Également auteur de Grands Crus Classés en 1855 de Médoc et Sauternes (éditions Flammarion), il est un fin connaisseur de la place bordelaise, dont le conteur d’Histoire trouve la force dans la souplesse de son équilibre des forces en présence.

« Le système de courtage est fondamental. L’intervention des courtiers entre les producteurs et les négociants est une chance considérable, ce tampon a permis l’édification de tout le système bordelais » explique Franck Ferrand. Pour qui « tout se fait aux primeurs. Comme au bridge c’est bien de se bâtir un jeu, mais il arrive un moment de vérité où il faut abattre sa carte. »

Robert Parker, le joker

Pour expliquer le succès actuel du modèle bordelais, le joker est sans aucun doute Robert Parker Junior, le célèbre critique américain, fondateur du Wine Advocate. « Robert Parker s’est parfaitement coulé dans la pratique des primeurs, lancés par le baron Philippe de Rothschild dans les années 1980. Ce critique est un sorcier : magicien pour les uns, à brûler pour les autres. Mais il a eu sans conteste un rôle exceptionnel, en amenant un nouveau public international aux vins de Bordeaux. Et il a ajouté son classement subjectif au classement objectif » souligne Franck Ferrand.

En place depuis une trentaine d’années, la semaine printanière de présentation des vins du dernier millésime en cours d’élevage est la cible des critiques de Bordeaux. « Évidemment, avec la spéculation sur les grands crus, certains ont tendance à se dire que cela ne sert plus à rien » reconnaît l’historien. Il souligne que quand « arrivent les périodes de vent et de tempête, tous sont contents de l’existence de ce système. Dans les secteurs d’excellence, la pérennité, la stabilité et l’encadrement sont de grandes qualités à l’anglaise. Il ne faudrait pas le perdre, ce serait tuer la poule aux œufs d’or. »

"Injonction de qualité"

Citant la devise de Guillaume d’Orange (« je maintiendrai »), Franck Ferrand estime que la sagesse bordelaise tient de n’être jamais revenu sur les mécaniques de mise en marché de ses grands vins. Ce qui le conduit à un parallèle avec le classement en 1855 des Grands Crus du Médoc et de Sauternes. « C’est tout sauf une vieillerie, c’est une formule magique ! Un coup de génie involontaire, lié à une demande personnelle de l’Empereur Napoléon III pour créer une vitrine des produits français » souligne le conteur d’histoires, qui rappelle que le classement a été réalisé en quinze jours à partir de deux siècles de registres du négoce.

« Fondé sur un constat empirique des prix, et donc de la qualité et de la réputation, ce classement était uniquement destiné à l’exposition universelle. Mais il est devenu intangible (à une exception notable, qui confirme la règle*), alors qu’un classement est normalement évolutif, selon les appréciations et dépréciations de ses membres » souligne Franck Ferrand. « Il est passionnant de voir que ce classement est devenu une injonction de qualité. C’est un modèle unique, l’ancienneté est la chose la plus difficile à mettre en oeuvre » conclut l’historien, qui souligne que c’est le fondement de la monarchie britannique, la perfide Albion étant décidément une source d'inspiration intarissable pour Bordeaux.

 

* : Il s’agit du château Mouton Rothschild, passé en 1973 de deuxième à premier cru classé grâce aux liens d’amitié du baron Philippe de Rothschild avec le président de l’époque, Georges Pompidou.
 

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