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Vins méditerranéens

Petit à petit, l’oiseau fait son nid en France

Lundi 26 février 2018 par Sharon Nagel

Les vignobles méditerranéens ont tout intérêt à jouer la carte de l'oenotourisme pour développer leur notoriété
Les vignobles méditerranéens ont tout intérêt à jouer la carte de l'oenotourisme pour développer leur notoriété - crédit photo : Hvar Office du Tourisme
Le bassin méditerranéen renferme une multitude de véritables pépites, toutes aussi originales et incomparables les unes que les autres. Une richesse que Vinisud a bien mise en avant cette année avec l’aide précieuse de Wine Mosaic.

Des vins plutôt bien valorisés

 

En dehors des importations de vins en vrac, notamment espagnols, la France n’applique pas vraiment sa politique de terre d’accueil aux vins étrangers. Mais petit à petit, un courant d’affaires timide se met en place avec différents pays producteurs, sur le créneau mieux valorisé de la bouteille. Le bassin méditerranéen, élargi aux vignobles sous influence climatique méditerranéenne, semble plutôt bien positionné grâce, notamment, à une offre abondante de vins de cépages autochtones et dans certains cas de traditions viticoles qui reviennent au goût du jour. Certains opérateurs basés dans l’Hexagone s’y sont intéressés de près et s’appuient sur les cavistes et la restauration gastronomique et bistronomique pour en développer la commercialisation.

 

Pas de barrière psychologique

C’est le cas de la société Histoire d’Hommes et de Terroirs, créée fin 2009 par Thierry Lurton pour commercialiser les vins de son domaine – le Château de Camarsac dans l’Entre-Deux-Mers – et développer l’oenotourisme. « En 2012, il y a eu une rencontre avec des producteurs croates, d’où est venue une idée de partage autour des monocépages autochtones », relate Florence de Livron, responsable du circuit traditionnel. « Lancer des vins croates, surtout à Bordeaux en 2013, était un véritable challenge mais à force de pousser les portes, un réseau s’est mis en place ». Aujourd’hui, les ventes se chiffrent en palettes et les consommateurs français sont de plus en plus séduits par « la diversité extraordinaire de la Croatie, qui nous permet de proposer une offre couvrant tous les vignobles, et parfois plus d’une référence par vignoble ». Par le biais de Wine Mosaic, Thierry Lurton est ensuite allé à la rencontre d’autres pays producteurs, comme le Portugal. Progressivement, il a pu bâtir un catalogue de vins issus des régions méditerranéennes sur un éventail de prix allant de 6 à 40 euros, voire plus pour certaines spécialités comme des cuvées hongroises issues de vignes pré-phylloxériques. « Il n’y a pas de barrière psychologique en termes de prix », affirme Florence de Livron. « Le succès commercial des différentes références dépend, bien sûr du profil des produits, mais aussi des régions françaises ». Sans surprise, Paris s’avère très ouvert aux vins méditerranéens, mais contrairement aux idées reçues, Bordeaux s’ouvre de plus en plus, de même que le Nord-Ouest de la France et d’autres zones à fort pouvoir d’achat.

 

La Géorgie est tendance

Est-ce le hasard, la société Robes de l’Est est également basée en région bordelaise. Du fait de ses origines croates, sa fondatrice, Barbara Bacic, a ouvert la voie aux vins de son pays natal et plus largement méditerranéens sur le marché français. Défendant becs et ongles les cépages locaux – à la fois reflets de traditions séculaires et points de différenciation essentiels – elle propose non seulement une large gamme de cuvées croates, mais aussi des vins géorgiens, macédoines, serbes et hongrois, pour ne citer qu’eux.  « Le réseau cavistes, bars à vins et CHR se développe de plus en plus. Les restaurants gastronomiques et bistronomiques sont demandeurs, sans qu’il y ait forcément de lien entre la cuisine qu’ils proposent et l’origine des vins », note Barbara Bacic, dont les voyages organisés dans les vignobles croates sont de plus en plus plébiscités, et pas uniquement par les professionnels du vin. Citant le rôle clé joué par des prescripteurs comme Olivier Poussier ainsi que le bouche à oreille, elle pointe aussi l’influence d’expositions comme celles de la Cité du Vin à Bordeaux sur le changement des mentalités. « L’exposition sur la Géorgie à la Cité du Vin a intéressé beaucoup de gens. La Géorgie est tendance, ses cépages et ses méthodes de vinification traditionnelles suscitent indéniablement de l’intérêt chez les Français ». Résultat, les ventes globales de la société ont fait un bond de 50% l’an dernier et un nouvel entrepôt vient de s’ouvrir à Paris.

 

Les producteurs s’orientent de plus en plus vers l’export

Si, techniquement, la Hongrie ne fait pas partie du bassin méditerranéen, son climat la rapproche de ses voisins croates. Située dans l’extrême sud du pays, la région de Villany tente de se développer à l’export, et pourquoi pas en France. Présente pour la première fois à Vinisud, la région exposait surtout des vins issus de son cépage désormais emblématique, le cabernet franc. « Les producteurs de Villany se sont rendu compte que l’union fait la force et qu’il fallait sélectionner un cépage emblématique, même si la diversité reste un atout important », affirme Agnès Nemeth, fondatrice de www.hungarianwines.eu, qui observe une volonté accrue parmi les producteurs hongrois de s’implanter sur les marchés export. « La plupart des vins hongrois sont consommés sur place donc toutes les entreprises ne voient pas l’intérêt d’exporter. Mais depuis deux ans, les mentalités évoluent ». La question est de savoir sur quels aspects de l’offre hongroise mettre l’accent pour communiquer : « Il est vrai que la barrière linguistique et les noms de cépage compliqués ne nous facilitent pas la tâche. Et puis, les producteurs ont du mal à s’entendre au niveau de la communication : faut-il mettre l’accent sur le furmint, sachant qu’il peut être cultivé ailleurs ? Ou bien sur les cépages aromatiques, ou encore sur le welschriesling, cépage le plus répandu dont les vins se consomment aussi bien jeune qu’après vieillissement ? »

 

De vraies histoires à raconter

Pour Erhard Heumann, propriétaire du Domaine Heumann à Villany, « la promotion nécessite des financements et c’est là que le bât blesse. La Géorgie, la Slovénie et la Bulgarie, par exemple, sont bien plus adeptes que la Hongrie en matière de communication ». Laszlo Romsics, PDG de Csanyi, le plus gros producteur de la région de Villany avec 370 hectares et 90 ha de nouvelles plantations prévues, estime que l’oenotourisme doit être considéré comme le moteur du développement des exportations. « Nous construisons un nouveau chai et allons prévoir pour fin 2019 une grande terrasse sur le chai pour inciter les visiteurs à nous rendre visite. Le gouvernement a commencé à investir dans l’oenotourisme. Il faut obligatoirement associer vin et tourisme parce que les vins seuls ne suffisent pas pour faire déplacer les gens, surtout que Villany se trouve à deux heures de Budapest ». Comme bon nombre d’autres pays de la région, la Hongrie jouit d’un riche patrimoine viticole. « La Hongrie a une vraie histoire à raconter, un patrimoine et des traditions, contrairement à des pays producteurs industrialisés comme l’Australie ». Pour cette exploitation, qui appartient à Sándor Csányi, l’un des hommes les plus fortunés de la planète, l’heure des exportations est venue. « Nous allons replanter 200 ha au cours des années à venir et faire passer notre production de 2,2 à 4 millions de bouteilles. Nos exportations se limitent pour l’heure à 10% de nos ventes et se concentrent sur les pays limitrophes. Le marché hongrois est saturé et il faut chercher à exporter », insiste Laszlo Romsics, qui dit miser sur « les jeunes consommateurs européens qui sont de plus en plus ouverts d’esprit ».

 

Les cépages indigènes offrent de nombreux atouts

L’export représente également le graal pour certains producteurs turcs, dont la société Pasaeli, exposante à Vinisud. « Les Etats-Unis et le Royaume-Uni, par exemple, sont de plus en plus intéressés par nos vins », affirme Seyit Karagozoglu, qui a fondé la société il y a dix-huit ans. La cave élabore environ 70 000 bouteilles par an, son offre étant notamment axée sur les cépages autochtones. Contrairement à ce qu’on pourrait penser, la diaspora turque ne constitue pas un vivier de clients pour les exportateurs : « Ce sont des consommateurs curieux qui achètent nos vins », explique Seyit Karagozoglu, « et les cépages autochtones suscitent la curiosité ». Notant que la production de vin en Turquie se développe malgré l’islam – « La Turquie est un pays de contradictions » - il constate le retour en grâce des cépages locaux. « Il y a vingt ans, on avait tendance à favoriser les variétés internationales en Turquie. Puis on s’est rendu compte qu’il fallait s’appuyer sur les cépages autochtones pour se différencier à l’export ». Pour certains producteurs, l’intérêt des cépages indigènes dans les vignobles méditerranéens va bien au-delà de l’aspect marketing : « Les cépages autochtones sont de toute évidence mieux adaptés au changement climatique. Il y a déjà eu des périodes de sécheresse au Portugal et ces cépages ont résisté et sont toujours là », rappelle Martin Boer, directeur commercial de la société portugaise Colinas Douro. Pour lutter contre le réchauffement climatique et alimenter son système d’irrigation dans son vignoble de 106 ha d’un seul tenant dans la région du Douro, la société a construit un bassin, même si elle sait qu’il « faudra du temps pour qu’il se remplisse. En 2017, les conditions climatiques ont avancé la récolte d’un mois, c’est du jamais vu ! »

 

La France reste un marché compliqué pour les vins étrangers

Tout aussi préoccupant que le manque d’eau, Martin Boer pointe la sous-performance des vins portugais à l’export : « Le Portugal n’a pas encore acquis le rang qu’il mérite à l’export. Depuis douze ans, la presse internationale annonce que la grande déferlante sur le marché international viendra du Portugal, mais on attend toujours ! Cela n’arrive pas et on a du mal à comprendre pourquoi ». Poussées vers l’export à cause d’une consommation domestique, certes élevée mais en régression, les entreprises portugaises seront peut-être moins tentées par la France que par d’autres destinations : « Expédier un conteneur vers la France nécessite autant d’efforts que trois conteneurs ailleurs ! Nous ne ferons jamais du marché français une priorité », annonce Martin Boer catégoriquement. Sa position est sans doute partagée par bon nombre d’exportateurs méditerranéens présents à Vinisud, mais il n’en reste pas moins que la France offre un marché de niche à de plus en plus acteurs de la scène internationale.

 

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