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Patrimoine bordelais

L’encépagement d’il y a 200 ans, solution au changement climatique ?

Lundi 19 février 2018 par Alexandre Abellan

« Il faut en finir avec la suprématie du merlot et du sémillon » estime Frédéric Mallier. « À Bordeaux, 96 % de l’encépagement est représenté par six cépages » constate Julia Riffault, ce 18 février au parc des expositions de Montpellier.
« Il faut en finir avec la suprématie du merlot et du sémillon » estime Frédéric Mallier. « À Bordeaux, 96 % de l’encépagement est représenté par six cépages » constate Julia Riffault, ce 18 février au parc des expositions de Montpellier. - crédit photo : Alexandre Abellan (Vitisphere)
Tombés dans les oubliettes de l’histoire viticole, d’anciens cépages pourraient relever les défis de l’adaptation au réchauffement climatique. Si les connaissances à leur propos se mettent bien à jour.

« Il y a une perte de la connaissance des cépages. Nous connaissons tous les mêmes » résume Julia Riffault, ce 18 février lors d’une conférence sur l’espace Wine Mosaic du salon Vinisud. Jeune ingénieure agronome, la diplômée de l’ISA de Lille vient de réaliser son mémoire de fin d’étude sur le recensement des cépages patrimoniaux bordelais. Ces seize variétés oubliées s’appellent Béquignol, Bouchalès, Carmenère, Cabernet goudable, Castets, Gros cabernet, Malbec, Mancin de palus, Merlot blanc, Muscadelle, Pardotte, Petit verdot, Prueras blanc, Saint Macaire, Sauvignon gris et Sauvignon rouge.

Ayant des noms plus ou moins connus selon qu’ils subsistent plus ou moins dans les cahiers des charges et vignobles, ces cépages ont toujours été écartés pour des raisons agronomiques et/ou économiques. Comme le Carmenère qui est très coulard ou la Muscadelle qui sensible à la pourriture grise. « Quand on voit l’acidité élevée des jus du Bouchalès, on comprend que la rondeur du Merlot l’ait emporté. Mais 200 ans plus tard, cette acidité des cépages anciens peut répondre aux problématiques du changement climatique. Que l’on continue à faire des vins, et pas de la confiture » lance le vigneron Frédéric Mallier, propriétaire du château de la Vieille Chapelle (9 hectares à Fronsac).

"Un projet de long terme"

Offerts à la dégustation, les vins issus de Bouchalès alternent entre fraîcheur acide et notes végétales. Avec leurs cycles de maturité plus tardifs et leurs équilibres acides, Castet et Carmenère semblent également très intéressants pour permettre une adaptation au changement climatique. Mais le manque de connaissance sur ces anciens cépages impose des expérimentations pour les maîtriser, et lever les doutes sur leur productivité (et leur pertinence). Frédéric Mallier prévoit ainsi de planter en 2020 cinq cépages (Bouchalès, Castets, Mancin et Malbec).

Pour planter ces 4 hectares, il lance désormais un crowdfunding afin de lever 300 000 euros. Sa volonté étant de tester l’acceptation commerciale, et donc la valorisation économique, de ces cépages atypiques. Le vigneron étant persuadé que ces variétés oubliées sont un moyen de se différencier et répondre aux demandes de typicité des consommateurs. Ce projet ne manque d’ailleurs pas de spécificités, le vignoble devant étant conduit en biodynamie et avec des francs de pieds. « Le plus grand challenge, c’est le phylloxéra. Qui est là, mais le risque mérite d’être pris » estime Frédéric Mailler, qui prévoit un système d’immersion grâce à la proximité de la Dordogne.
 

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