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Réchauffement climatique

Bonne nouvelle, les vignes ont encore de la marge de manœuvre

Mardi 06 février 2018 par Alexandre Abellan

Observés en serre, « les niveaux de dysfonctionnement hydrique létaux » n’ont jamais été atteints au vignoble. « Même si des chutes de feuilles ont pu être observées » souligne l’étude.
Observés en serre, « les niveaux de dysfonctionnement hydrique létaux » n’ont jamais été atteints au vignoble. « Même si des chutes de feuilles ont pu être observées » souligne l’étude. - crédit photo : INRA (un cep en récupération de stress hydrique, avec une seule feuille survivante)
Dans une étude rassurante sur les capacités d’adaptation du matériel végétal, des chercheurs bordelais ont démontré que les cépages traditionnels sont loin d’avoir été poussés dans leurs derniers retranchements en termes de stress hydrique.

Avis aux inquiets : « la sécheresse ne laissera pas votre verre de vin vide » titre une étude bordelaise publiée dans le dernier numéro de la revue Science Advances. Les chercheurs de l’Institut National de la Recherche Agronomique (INRA) et de Bordeaux Science Agro Bordeaux estiment pouvoir dissiper les craintes et incertitudes sur la capacité d’adaptation des cépages traditionnels à la multiplication des épisodes de sécheresse. Que ce soit par le maintien de leur circulation de sève (dans les vaisseaux que forme le xylème) ou par la gestion de la transpiration (en fermant les stomates des feuilles).

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Pour arriver à ces conclusions, l’article compare les potentiels hydriques des quinze dernières années, observées à Bordeaux, en Californie et dans le Languedoc, aux réponses et récupérations physiologiques au stress hydrique de cinq cépages (cabernet sauvignon, grenache, merlot, régent et syrah) sur différents porte-greffe (110 Richter, Riparia Gloire de Montpellier et SO4), mesurés en serre*. Les chercheurs ont également mesuré en pot la vulnérabilité à l'embolie de ces cépages et porte-greffes.

Marge de sécurité

D’un point de vue hydrique, « les vignes n’ont jamais atteint leur seuil de rupture pendant les épisodes de sécheresse du début du siècle » résume un communiqué de l’INRA. Définis comme les niveaux de sécheresse à partir desquels la transpiration de la plante ne peut plus revenir à un état normal même après arrosage, les seuils létaux de dysfonctionnement hydraulique peuvent être dépassés expérimentalement, mais n’ont jamais été atteints en Napa Valley et à Saint-Émilion. Au cœur de l’été, alors que les seuils de résistance sont au minimum, les sécheresses les plus importantes enregistrées entre 2000 et 2016 n’ont diminué, selon les modèles, que de 25 % au maximum la conductivité hydraulique des tiges.

Les cépages étudiés ont ainsi une marge de sécurité jusqu’à présent inexploitée pour résister aux conditions de déficit hydrique. Même si elle est limitée, cette capacité serait due à « une bonne résistance des vaisseaux de la tige à l'embolie vasculaire », soit la pénétration d’air dans les canaux de circulation de l’eau, et « une plus grande vulnérabilité des feuilles au dessèchement, qui jouent le rôle de fusible » avance l’INRA.

"Résultats généralisables"

Pour être totalement rassurantes, ces conclusions sont transposables à d’autres variétés, soulignent les chercheurs. « Nous avons également quantifié un grand nombre d’autres cépages pour leur résistance à l’embolie vasculaire et nous n’avons pas trouvé de différences entre eux à ce jour (ces données ne sont pas publiées). Nous pensons donc que ces observations sont généralisables » précise le chercheur Sylvain Delzon (INRA, Bordeaux). "La régulation des stomates entre des cépages supposés différents était remarquablement similaire » estime l’étude, se basant sur l’observation des mêmes mécaniques de régulation de la transpiration pour le grenache et la syrah en Languedoc (mesures réalisées à Pech Rouge).

« Les cépages et porte-greffe étudiés n'affichent pas de différence significative quant à leur résistance à l'embolie vasculaire » ajoute le chercheur Guillaume Charrier (Bordeaux Science Agro). « Néanmoins leur résistance évolue au cours de la saison de végétation, les tiges non aoûtées étant plus vulnérables et, de plus, leur marge de sécurité est plus faible vis-à-vis des niveaux de potentiel hydrique observés à cette période » conclut le chercheur. L’adaptation des cépages à la contrainte hydrique va donc crescendo avec la contrainte hydrique, assurant bien de remplir cuves, bouteilles et verres.

 

* : Réalisés sur des ceps de quatre ans (avec 5 à 6 répétitions), ces mesures reposent sur des « observations directes du contenu des vaisseaux » par un accélérateur de particules (la microtomographie à rayon X duu synchrotron Soleil) et une technique prototype de centrifugation « pour générer des tensions dans le tissu conducteur de sève et simuler ainsi les effets d’une sécheresse ».

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