Chinon

38 nouvelles tours anti-gel

Lundi 05 février 2018 par Michèle Trévoux

 38 éoliennes, réparties sur 7 îlots, ont été installées à Chinon pour protéger 160 ha sur l’appellation.
38 éoliennes, réparties sur 7 îlots, ont été installées à Chinon pour protéger 160 ha sur l’appellation. - crédit photo : Vincent nivet
Au lendemain du gel de 2017, la Cuma du Gel de Cravant engageait un gros projet de tours anti-gel. 38 tours ont été installées en janvier dernier. Un investissement de 1,6 M€ pour protéger 160 ha de vigne.

A Chinon, les choses n’ont pas traîné. Dès le lendemain du gel de 2017, les vignerons ont engagé un nouveau projet d’équipement en tours antigel. Et non des moindres : 38 éoliennes, réparties sur 7 îlots pour protéger 160 ha sur l’appellation.

«Jusqu’ici, le gel nous posait des soucis une année sur dix, mais depuis deux ans, le rythme s’accélère. En 2016, l’appellation a perdu 50 à 60 % de ses volumes. Rebelote en 2017 mais avec des pertes moindres (30 à 35%). On ne pouvait pas rester sans rien faire », raconte Fabrice Gasnier, président de la Cuma du Gel de Cravant qui réalise l’investissement dans les 38 tours antigel.

"Dès le mois de mai, on a commencé à mobiliser les vignerons"

Ce vigneron s’est fortement impliqué dans le nouveau projet bien que ses vignes soient déjà protégées. « Dès le mois de mai, on a commencé à mobiliser les vignerons. On a fait une réunion tous les deux jours. Un projet collectif de cette ampleur, ce n’est pas simple. Les vignerons ne sont pas toujours propriétaires et certains ne veulent pas suivre. Nos débats ont duré des heures et des heures». Le projet initial qui portait sur près de 60 tours a été ramené à 38. Une bonne moitié des producteurs de Chinon sont concernés », assure Fabrice Gasnier.

Les vignerons ont aussi dû faire face aux objections les riverains qui se sont élevés contre le projet craignant le bruit et la défiguration du paysage. « On a organisé des réunions d’information pour expliquer le fonctionnement des tours. On a fait des concessions. On s’est engagé à démonter certaines tours après le risque de gel », confie le viticulteur.

 Démarrage et un arrêt automatiques

La Cuma a opté pour des tours fixes dont les hélices sont mues par moteurs à gaz. Chacune est pourvue d’une sonde de température pour un démarrage et un arrêt automatiques.  Cette coopérative n’apporte aucune garantie de récolte ou de protection à ses membres.

« L’efficacité de la protection dépend des utilisateurs et de la nature du gel. Si la masse d’air froid tombe à -7°C au sol et en altitude, la tour ne pourra rien faire. Il faut une inversion des températures entre le sol froid et l’air au-dessus,sinon le brassage d’air ne fera pas remonter la température au sol. Lors d’une gelée blanche, quand l’air est humide, on peut gagner jusqu’à 3 degrés en 1 heure. Mais en cas de gelée noire avec peu d’humidité, on ne gagne qu’un degré. Dans ce cas, il est recommandé de chauffer en complément».

Pour suivre de près les températures, la Cuma va racheter douze nouveaux thermomètres Climakiwi cette année alors qu’elle en possède déjà autant. Ces thermomètres-alarmes mesurent la température humide au pied des ceps. Ils envoient des alertes par le réseau GSM lorsque la température tombe en-dessous d’un seuil fixé. Ils donnent aussi la température en instantané, donnée essentielle pour voir si l’air se réchauffe effectivement, au niveau des vignes, après mise en route des tours faute de quoi, il faut en plus allumer des brûleurs.

« C’est une précieuse aide à la décision. Rien que pour aller à la vigne, il me faut une heure. Je gagne donc des heures de sommeil». Reste que chaque année, en avril, Fabrice Gasnier passe plus de nuits éveillé qu’au fond de son lit.

Une protection à 1 100 € de l’ha

A raison de 42 000 € la tour, la Cuma du Gel de Cravant vient d’investir 1,6 million d’euros. La région Centre-Val de Loire lui a accordé une subvention plafonnée à 12 500 €/tour, soit 465 000 € au total. «Nous n’avons pas encore touché cette aide. Mais nous avons fait en sorte de pouvoir financer l’équipement même sans subvention. Les aides, c’est bien mais ce n’est pas pour ça qu’on investit ». Pour les adhérents de la Cuma, le coût de la protection s’élève entre 1000 et 1100 € par ha et par an, tout compris : amortissement sur 15 ans, assurance, intérêt d’emprunt, et frais de fonctionnement. « C’est conséquent mais il faut considérer qu’une parcelle protégée prend de la valeur. Et cette augmentation de nos coûts de production doit être répercutée sur les cours des vins en vrac. C’est le prix à payer pour s’assurer d’une production régulière et qualitative chaque année », estime Fabrice Gasnier.

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