Réduction des phytos

Le plan gouvernemental pour se passer du glyphosate et consorts

Mardi 23 janvier 2018 par Alexandre Abellan

Le recours privilégié à des matériels de pulvérisation réduisant les dérives de phytos est une option avancée par le gouvernement. Qui ne fixe pas de budget ou de calendrier.
Le recours privilégié à des matériels de pulvérisation réduisant les dérives de phytos est une option avancée par le gouvernement. Qui ne fixe pas de budget ou de calendrier. - crédit photo : Alexandre Abellan (archives)
Pas moins de quatre ministères esquissent des pistes et propositions à débattre pour donner une suite au Grenelle de l’environnement et au concept d’agroécologie.  

Pour aboutir à « une agriculture moins dépendante aux pesticides » le gouvernement a dévoilé ce 19 janvier ses « propositions de plan d'actions sur les produits phytopharmaceutiques » nourrissant son projet de loi en la matière. S’inscrivant dans la continuité des États Généraux de l’Alimentation et s’appuyant sur rapport de l'INRA sur les alternatives au glyphosate, cette première feuille de route a été fixée par les ministères de l’Agriculture, de l’Écologie, de la Recherche et de la Santé. Ces orientations devant donner un cadre de travail aux concertations qui doivent aboutir sur une feuille de route ce premier trimestre 2018.

Quatre objectifs structurent ce premier jet gouvernemental : « diminuer rapidement l'utilisation des substances les plus préoccupantes pour la santé et l’environnement. Structurer la recherche sur les impacts des produits phytopharmaceutiques sur la santé. Accompagner la recherche d'alternatives et la mise en œuvre de ces solutions. Renforcer le plan Ecophyto 2, améliorer sa gouvernance et son fonctionnement. »

"Phytopharmacovigilance"

Au-delà de ces grands axes, le premier plan de travail donne déjà des pistes plus précises pour négocier cette transition dans la protection des cultures. En ce qui concerne la dangerosité des phytos*, « la France s'opposera au renouvellement ou à la prolongation des substances les plus préoccupantes au niveau européen » annonce le gouvernement, qui souhaite « faire évoluer le droit européen pour permettre à chaque État membre d'engager unilatéralement le retrait des substances préoccupantes quand il existe des alternatives acceptables (révision en profondeur des modalités d'évaluation comparative prévues par le Règlement 1107/2009). »

Dans le projet de loi à l’étude, il est également question de « séparer les activités de distribution et de conseil », ainsi que d’interdire « les promotions et les rabais en matière de vente de produits phytopharmaceutiques » et « renforcer le dispositif des Certificats d'Économie de Produits Phytopharmaceutiques (CEPP) avec notamment la mise en place d'un objectif intermédiaire en 2019 ».

Soutiens techniques

Afin de protéger les populations sensibles exposées aux phytos, le plan d’actions annonce l’évaluation des arrêtés préfectoraux qui parsèment le vignoble et « précisent les mesures de sécurité pour les traitements à proximité des lieux accueillant des groupes de personnes vulnérables ». Quant à l’ensemble des riverains de parcelles traitées, le gouvernement veut « permettre à l'Anses de renforcer, dans les autorisations de mise sur le marché, les conditions d'utilisation des produits, en particulier à proximité des zones d’habitation ». N’oubliant pas les opérateurs agricoles, le plan d’action annonce sa volonté de « soutenir les démarches de protection des personnes qui appliquent les produits phytosanitaires ».

Annonçant son soutien aux traitements alternatifs (produits de biocontrôle et préparations naturelles peu préoccupantes), le gouvernement appelle la recherche à trouver des solutions aux impasses techniques identifiées. Pour remplacer les « herbicides, au glyphosate et aux néonicotinoïdes en particulier ».

"Plan de filière"

Souhaitant « associer les filières dans la transition des systèmes agricoles », la feuille de route du gouvernement évoque un « engagement sur des objectifs quantifiables et vérifiables de réduction de la consommation de phytosanitaires dans chaque plan de filière ». Un dispositif qui est déjà inclus dans le plan de la filière vin. Mais le gouvernement n’ayant toujours pas précisé sa politique sanitaire vis-à-vis des boissons alcoolisées, cette stratégie vitivinicole reste dans les tiroirs des élus du vignoble et du négoce. Un grain de sable dans une mécanique qui doit aboutir « avant la fin du premier semestre 2018 » annonce l’exécutif.

 

* : Le rapport propose notamment de « demander à la Commission européenne qu'elle mette fin dans les meilleurs délais à l'approbation des substances classées cancérogènes de catégorie 1 (C1A ou C1B), ou toxiques pour la reproduction de catégorie 1 (R1A ou R1B), ou perturbateurs endocriniens ».

Premier avis

Avant même l’ouverture de consultations, l’ONG Générations Futures annonce vouloir aller plus loin. Estimant notamment dans un communiqué que « l'utilisation des substances les plus dangereuses ne doit pas être diminuée mais supprimée, le principe de substitution devant être mis en œuvre systématiquement ». Et d’ajouter que « le gouvernement devrait renforcer l’arrêté de mai 2017 en prévoyant des zones sans pulvérisations de pesticides de synthèse à proximité immédiate des zones d’habitation. »

Pour sa part, Coop de France annonce « partager les grands objectifs en matière de santé publique et d’environnement », mais se positonne contre « toute mesure de renationalisation. La réglementation sur les autorisations de mises sur le marché souffre au contraire aujourd’hui d’un manque de cohésion européenne qui engendre des trafics transfrontaliers incontrôlés, des distorsions de concurrence et des inégalités de garanties sanitaires. » Conformément à son plan Contrats de Solution, la fédération des coopératives appuie cependant la création d'« une palette complète de solutions alternatives économiquement fiables, et sociologiquement acceptables (biocontrôle, agriculture de précision, outils d’aide à la décision, modification des pratiques agronomiques, génétique...) ».

RÉAGISSEZ A L'ARTICLE

Recopier le code :
Processing
Voir toutes les réactions
© Vitisphere 2019 - Tout droit réservé