Réduction des phytos

Les bons points de l’UFC Que Choisir aux vins de Bordeaux

Jeudi 28 décembre 2017 par Alexandre Abellan

En cinq pages, l'UFC se penche essentiellement sur les vins de Bordeaux, mais tacle également les vins nature pour leur manque de cadre légal et l'opacité des pratiques phyto à l'étranger.
En cinq pages, l'UFC se penche essentiellement sur les vins de Bordeaux, mais tacle également les vins nature pour leur manque de cadre légal et l'opacité des pratiques phyto à l'étranger. - crédit photo : DR
Analysant les résidus de pesticides de 38 « grands crus » bordelais, l’Union Fédérale des Consommateurs manque toujours de rigueur, mais commence à reconnaître la démarche environnementale de la filière.

« Les pesticides toujours là, mais… » titre en demie-teinte le dossier sur les vins de Bordeaux du dernier numéro l’UFC Que Choisir. Après la tonitruante analyse de 165 résidus de phyto dans 92 vins français en octobre 2013, rebelote avec 177 molécules actives recherchées sur 40 vins de Bordeaux dans le numéro de janvier 2018. Malgré une enquête calibrée pour créer du sensationnel (38 grands crus, ou affiliés*, étaient ciblés sur la « une » pour tester leur exemplarité), les analyses des résultats sont étonnamment nuancés. À défaut d’être inattaquables, malgré l’application de la méthode d'analyses des résidus QuEChERS (voir encadré).

Au total, les résidus de onze pesticides ont été retrouvés, dont dix fongicides. Mais l’UFC souligne qu’aucune molécule Cancérogènes Mutagènes ou Reprotoxiques n’a été détectée, tandis qu’un seul perturbateur endocrinien a été repéré (l’iprodione). Avec une à six molécules par flacon, seules trois bouteilles ne présentent aucune trace de molécule active (moins d’un microgramme par litre). Il s’agit des châteaux Durfort-Vivens (Margaux), Pontet Canet (Pauillac) et Clerc Milon (Pauillac). Trois autres domaines présentent des traces inférieures à 10 μg/l : château Beychevelle (Saint-Julien), Alter Ego de Palmer (Margaux) et château Malescot Saint-Exupéry (Margaux).

"Efforts accomplis"

« Trois bouteilles sans résidus sur quarante testés, ces résultats peuvent sembler inquiétants, ils sont plutôt révélateurs d’efforts accomplis dans ce domaine » souligne l’article. Avec une pondération qui étonnerait presque, si ces efforts n’étaient présentés comme le résultat de « l’électrochoc » permis par les précédentes analyses de l’UFC. Les auteurs Margan Bourven et Éric Bonneff en veulent pour preuve la division par trois des résidus en quatre ans. Ils comparent ainsi les 33 molécules trouvées en 2013 aux 11 matières actives de leurs analysés. Tandis que la moyenne totale de résidus est passée de 268 μg/l à 91 μg/l.

Ces conclusions témoignent de la prise de conscience par la rédaction de l’UFC de la volonté du vignoble d'améliorer ses pratiques environnementales. N’étant plus dans la pure critique alarmiste, elle oscille presque entre l’encouragement d’un « peut mieux faire » et le regret d’un « dommage pour cette fois ». En témoignent les commentaires sur la lanterne rouge des classement 2013 et 2018 de l’UFC. Le bordeaux 2015 de Mouton Cadet présente trois molécules (dont une trace), contre quatorze il y a quatre ans. Si la présence d’iprodione l’ostracise d’emblée pour l’UFC (comme le château Prieuré Lichine et l’Héritage de Chasse Spleen), « la concentration d’iprodione dans la bouteille de Mouton Cadet est 1 000 fois inférieure à la limite autorisée » commente dans l’article un ingénieur du laboratoire d’analyses (qui n’est d’ailleurs jamais nommé, alors que les essais de 2013 étaient réalisés par le laboratoire Excell).

Bonne volonté

Pointé du doigt dès lors qu’il est question de phytos, le vignoble bordelais espère bien que la mise en avant de ces résultats va verdir son image. En témoigne Allan Sichel, le président du Conseil Interprofessionnel du Vin de Bordeaux, qui rapporte dans les colonnes de l’UFC que « la plupart des viticulteurs sont passés en agriculture raisonnée, voire au-delà pour ceux dont les bouteilles ne comportent aucune molécule ». Faisant écho à l’engagement « historique » de l’interprofession bordelaise de sortir de la chimie, l’UFC prend donc le parti de voir le verre à moitié plein. Un changement d'approche qui ne manque pas d'exaspérer dans le rang des anti-phytos. « L’UFC Que choisir participe à la communication et au marketing de l’interprofession qui cherche à laver l’image catastrophique des vins de Bordeaux, parmi les plus gros consommateurs de pesticides les plus dangereux, les CMR » analyse Valérie Murat sur son blog.

Ayant senti le souffle du boulet, la place de Bordeaux s'en sort donc avec des encouragements pour sa nouvelle année commerciale. En attendant la prochaine étude de résidus dans les grands vins français que l'UFC ne manquera pas de répéter.

 

* : Annonçant cibler les grands crus du bordelais, l’UFC se penche en réalité aussi bien sur des crus classés en 1855 que des seconds vins, ainsi que des crus bourgeois, un Graves, un Pomerol… Le tout allant de 8 à 92,50 euros.

 

Ne vous fiez pas à la une aguicheuse de ce numéro (« vins de Bordeaux, accros aux pesticides ? »), l’UFC Que Choisir dresse un état des lieux moins alarmiste qu’il n’y paraît.

Prendre des pincettes

Ayant fait rage il y a quatre ans, le débat sur la somme des résidus de phytos calculée par l’UFC peut reprendre tel quel. Comme le critiquait le docteur en oenologie Marc Dubernet il y a quatre ans, « la présentation de ces résultats n’a pas de sens. Les tableaux présentent les teneurs en résidus totales de chaque vin. C’est une aberration scientifique. Chaque molécule a une Limite Maximale de Résidu (LMR) spécifique qui tient compte de sa dangerosité sur la santé humaine. Il y a des molécules qui, même à forte dose sont sans danger alors que d’autres peuvent être nocives à très faible teneur La somme des teneurs de molécules ayant différentes LMR ne rime à rien. Ce qui est important, c’est de connaître les doses de chaque molécule détectée en comparaison avec leurs LMR respectives. » Sachant que s’il existe une LMR sur les raisin, il n’en existe pas pour les vins.

Servant de base à l’inflexion des conclusions de l’UFC, les comparaisons menées à quatre ans d’écart semblent également peu significatives. Les échantillons n’étant pas issus de mêmes propriétés et ne reposant que sur deux millésimes, il semble difficile d’affirmer des tendances.

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