Phyto

La promesse d’un purin d’ortie amélioré : en finir avec l’oïdium, contrôler le mildiou

Jeudi 14 décembre 2017 par Alexandre Abellan

Vu cette campagne au château des Belles Filles : un cep de vigne au début d’une attaque d’oïdium (à gauche), juste avant un traitement de Viti Essentia. Huit jours après, le résultat contenu, les champignons ayant séché sur les feuilles et grappes.
Vu cette campagne au château des Belles Filles : un cep de vigne au début d’une attaque d’oïdium (à gauche), juste avant un traitement de Viti Essentia. Huit jours après, le résultat contenu, les champignons ayant séché sur les feuilles et grappes. - crédit photo : Château des Belles Filles
Dans la famille émergente des produits de biocontrôle alternatif, Viti Essentia fait bande à part. N’ayant pas été testé préalablement in vitro, en laboratoire, mais ayant fait ses preuves à grande échelle, dans un domaine de Bergerac.

Pour l’instant baptisée Viti Essentia, « notre formulation prévient 100 % d’oïdium. Ce n’est plus une maladie que je connais sur mes vignes. Et en cas de développement, notre produit a un effet curatif. Pour le mildiou, l’effet est préventif, on ne dépasse pas les 1 à 2 % de dégâts sur grappes et feuilles » affirme le vigneron François de Conti. Faisant l’article de sa recette de purin d’ortie et d’extraits de plantes, il s’appuie sur huit ans d’essais sur les 27 hectares de sa propriété, le château des Belles Filles (Bergerac). Semblant tenir du produit miracle à l’entendre, Viti Essentia se base également sur 180 hectares d’essais menés en 2017, en Dordogne et à Cognac (voir encadré).

« Les rendements sont corrects. La pression n’était pas énorme cette année, il faudra confirmer sur les prochaines années » précise Julien Frumholtz, l’œnologue charentais de François de Conti qui porte également le projet. Et espère suivre 300 ha traités par Viti Essentia en 2018. N’ayant pas la prétention de proposer la solution de remplacement des produits conventionnels, les deux associés estiment tenir une bonne piste alternative. Ils ont créé la société Terres de Futur pour développer ce projet*, et notamment porter son dossier d’Autorisation de Mise en Marché.

Formule secrète

Gardée secrète, la formulation de Viti Essentia est en cours de dépôt de brevet. La préparation étant pour l’instant diffusée dans un cadre expérimental sous l’étiquette Préparation Naturelle Peu Préoccupante (PNPP). Si les deux porteurs du projet mettent à disposition leur préparation aux vignerons souhaitant l’essayer (moyennement finances), ils posent des préalables à toute acceptation de candidature. D’abord la réalisation d’un état des lieux viticole et technique de la propriété, puis la nécessité d’avoir des matériels adaptés à une pulvérisation fine en face par face, ainsi que le besoin d’avoir de l’eau de pluie à disposition pour préparer le traitement (le chlore de l’eau du réseau inactivant les matières actives).

Avec un litre du produit Viti Essentia conseillé par hectare, la réussite de l’émulsion de la préparation est également cruciale. « Le plus compliqué avec ces matières actives, c’est de bien homogénéiser la préparation en solution pour donner un maximum de chance de réussite au produit » explique Julien Frumholtz.

"Ce n’est pas de l’empirisme !"

Réfutant une démarche empirique, François de Conti estime avoir peaufiné pas à pas une formulation partant de connaissances traditionnelles et de pistes scientifiques. Avec un recul sur huit millésimes, le vigneron bergeracois estime pouvoir réduire ses traitements à dix passages, avec des doses de 2 à 3 kg/ha de cuivre et 10 à 15 kg/ha de soufre. « Il faut une synergie avec le cuivre et le souffre pour que cela fonctionne bien. Notre préparation a 200 matières actives, qui ont plusieurs effets sur la stimulation du végétal, la destruction des spores, l’assèchement des feuilles… » conclut le vigneron.

 

* : Discrets, les deux techniciens ont été repérés par le député périgourdin Michel Delpond, qui les a conviés à témoigner lors des États Généraux de l’Alimentation.

« Je suis assez convaincu, la préparation apporte quelque chose »

« Et en plus, c’est une préparation très agréable à mettre, qui sent les fleurs et le thym ! Ce qui n’est pas négligeable… » témoigne un vigneron bio de Cognac, que nous nommerons André, puisqu’il souhaite garder l’anonymat (confirmant la discrétion proverbiale des Charentais). Testant depuis trois ans la préparation Viti Essentia, André a passé l’an dernier l’intégralité de ses 50 hectares de vigne sous ce traitement. « Le souci en bio, c’est de juguler les maladies en utilisant le moins de cuivre. Si le mildiou est contenu sur mon vignoble, l’oïdium est un souci récurrent » explique le vigneron.

« Mon appréciation est positive, j’ai envie de continuer l’expérience. Je suis confiant, mais je dois encore le tester sur plusieurs années pour en être sûr » esquisse avec prudence André. À noter que s’il rapporte des décalages significatifs de maturités (« une semaine de précocité »), il fait aussi état d’un apparent enrichissement qualitatif des moûts, gagnant en arômes et rondeur.
 

RÉAGISSEZ A L'ARTICLE

Recopier le code :
Processing
Voir toutes les réactions
© Vitisphere 2020 - Tout droit réservé