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Vin en vrac

Les IGP Côtes de Gascogne profitent de la pénurie mondiale

Jeudi 07 décembre 2017 par Alexandre Abellan

Après la généreuse vendange de 2016 (1,9 million d’hectolitres), la Gascogne se prépare à une baisse de 20 à 25 % de sa production d’IGP.
Après la généreuse vendange de 2016 (1,9 million d’hectolitres), la Gascogne se prépare à une baisse de 20 à 25 % de sa production d’IGP. - crédit photo : CVG
Ayant été, relativement, oublié par le gel, le vignoble gascon est au centre de l’intérêt des acheteurs en quête de vins blancs aromatiques. La hausse des cours restant encore limitée.

« Nous avons six à huit semaines d’avance dans le rythme de commercialisation. À la fin décembre, nous aurons déjà enregistré l’activité normale de février ! Habituellement, les négociants goûtent, puis réfléchissent… Cette campagne, ils achètent tout de suite, pour assurer leurs volumes ! » rapporte le courtier bordelais Henri Ferret. Il faut reconnaître qu’avec la récolte 2017 historiquement basse dans le monde, le vignoble gascon semble presque épargné. Les estimations évoquant un repli de 20 % de la récolte par rapport au généreux 2016 (soit 1,5 million d’hectolitres, dans la moyenne basse du bassin de production).

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Diamétralement opposée à la campagne 2016-2017 tardive (et poussive*), la campagne 2017-2018 est poussée par une demande aussi forte que précoce en Côtes de Gascogne. Mais avec 25 000 hectolitres enregistrés ce début décembre (contre 1 000 hl il y a un an), les statistiques officielles ne sont cependant pas encore assez significatives estime avec prudence Alain Desprats, le directeur de la section interprofessionnelle des vins IGP Côtes de Gascogne.

Assurer les approvisionnements

Si le retard des enregistrements interprofessionnels ne permet pas de chiffrer précisément la campagne, il est indéniable qu’elle a commencé fort. Dès septembre avec des achats de moûts (en vin de France), pour répondre aux demandes d’opérateurs d’autres régions souhaitant couvrir l’approvisionnement de leurs marques. Le courtier Henri Ferret a ainsi constaté une hausse de 15 % des cours moyens (de 50 à 60 euros pour de l’ugni blanc et du colombard, de 70 à 80 €/hl pour du sauvignon blanc).

Amorcée dans la foulée pour les vins, cette commercialisation rapide du millésime 2017 répond à la volonté des acheteurs d’assurer au plus vite leurs approvisionnements. « On est sur une année de pénurie, le marché est dynamique. Nous n’aurons aucun souci à écouler l’intégralité de notre récolte » estime François Faget, propriétaire du domaine Pomès-Pébérère (45 hectares dans le Gers, pour 4 500 hectolitres en moyenne, à 80 % commercialisé en vrac). Le vigneron note cependant une condition pour que campagne soit bien un succès : « à nous d’être raisonnables et ne pas être affairistes pour rester dans la course. On peut espérer revenir au niveau de prix d’il y a deux ans, ce qui reste compétitif à l’international. »

"+4 à 5 €/hl"

D’après les ressentis des opérateurs gascons interrogés, les cours sont actuellement soutenus pour les IGP (et identiques pour vin de France, voir encadré). Les prix dépendant de la qualité autant que de l’expression aromatique, on peut distinguer les vins standards (de 75 à 80 €/hl pour du colombard et de 88 à 94 €/hl pour du sauvignon blanc) des cuvées premium (de 80 à 85 €/hl pour du colombard et de 94 à 98 €/hl pour du sauvignon blanc), et au-delà des lots ultra-premium. « À qualités équivalentes, les cours augmentent de 4 à 5 €/hl. Par rapport au prix moyen de 82 €/hl à la fin de campagne 2016-2017. C’est un positionnement raisonnable et cohérent » glisse Alain Desprats.

Cette campagne, « le vignoble de Gascogne va s’illustrer par sa présence régulière sur les marchés » se réjouit Éric Lanxade, le directeur des Caves et Vignobles du Gers (CVG). Leader de la gamme, le groupe coopératif 100 % vrac a produit 200 000 hectolitres d’IGP Côtes de Gascogne ce millésime (stable sur un an, les vins de France faisant tampon). Une offre qui aiguise les appétits, comme en a témoigné le succès de CVG à la dernière World Bulk Wine Exhibition d’Amsterdam. « Aujourd’hui, la rareté des vins blancs permet de transformer plus rapidement un contact en bon de commande. Mais il faut faire attention aux clients qui viennent par défaut, ce sont ceux qui repartent par opportunité » se méfie Éric Lanxade, gardant à l’esprit une construction pérenne des marchés.

 

* : Ayant inquiété au printemps, avec des baisses de cours, les stocks de 2016 étaient finalement écoulés avant la rentrée, en anticipation des hausses de cours et de baisse des disponibilités. « Notre conseil d’administration avait fait le choix de la conservation pour se retirer de ce marché. Cela a coûté en frigories, mais a rapporté grâce aux achats opportuns » souligne Éric Lanxade.

Cépages à double fin

Cela peut surprendre : en Gascogne, les cours sont identiques entre les IGP et les vins de France. « Il n’y a plus de différence pour un même niveau d’expression. Le négoce achète une qualité aromatique qui est plus importante que la dénomination administrative. Le marché des IGP Côtes de Gascogne est de plus en plus géré par les producteurs locaux qui font de la bouteille » analyse Henri Ferret. À volume constant, le courtier traite en Gascogne un tiers d’IGP et deux tiers de vins de France, alors qu’il y a dix ans, les proportions étaient de 75 % en IGP et de 25 % en vin de France.
Pour la production, les deux revendications se valent, à en devenir interchangeable. « Au vignoble, nous produisons 120 hl/ha. Que ce soit ensuite une utilisation en IGP ou vin de France, cela ne dépend plus que des demandes de nos clients » commente le vigneron François Faget. Et pour le négoce, « la dénomination vin de France permet aux négociants de limiter les risques d’approvisionnement et de cours en assemblant un colombard de Gascogne, un sauvignon blanc de Loire et un chardonnay du Languedoc sous la mention vin de France. Mais cette étiquette est plus exposée à la concurrence internationale que l’IGP Côte de Gascogne. On prend le risque de se confronter aux prix d’un marché mondial » explique Henri Ferret. « On préfère maîtriser notre destin. Si l’on n’est qu’un ingrédient, on ne pérennise pas notre fonds de commerce » renchérit Éric Lanxade, pour qui les stratégies vin de France et IGP sont complémentaires.
 

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