Xavier Planty

« Le vignoble peut se passer de glyphosate, du jour au lendemain ! »

Lundi 06 novembre 2017 par Alexandre Abellan

 Ayant pris en 1982 la direction technique du château Guiraud, Xavier Planty reconnaît s’être « fourvoyé » pendant dix ans dans l’impasse du désherbage chimique. Avant de se convertir aux engrais verts, puis à la bio avec le millésime 2011. Ayant pris en 1982 la direction technique du château Guiraud, Xavier Planty reconnaît s’être « fourvoyé » pendant dix ans dans l’impasse du désherbage chimique. Avant de se convertir aux engrais verts, puis à la bio avec le millésime 2011. - crédit photo : Château Guiraud
Figure du bio à Bordeaux, le vigneron de Sauternes n’hésite pas à mettre les pieds dans le plat, plaidant pour une interdiction rapide du désherbage chimique.

« Je demande au ministre de l’Écologie, Nicolas Hulot, d’interdire le plus rapidement possible le glyphosate. Il faut remettre en état nos sols, pas les matraquer avec une saleté. Que l’herbe explose cet hiver dans nos vignes ! » lance avec son bagout caractéristique Xavier Planty, le copropriétaire du château Guiraud (120 hectares à Sauternes). Ne se voyant pas comme un père-la-morale privilégié par son statut de gérant d’un premier grand cru classé en 1855, Xavier Planty souligne que le problème reste le même pour tous : « se passer de glyphosate, non seulement on peut le faire, mais on le doit ».

Prônant non sans virulence une viticulture douce, Xavier Planty estime que la remédiation des sols est la clé d’une viticulture durable. À l’entendre, l’arrêt du désherbage permet d’augmenter les réserves hydriques, réduire les risques d’érosion, ensemencer les sols en micro-organismes… « Pendant que la vigne dort d’octobre à mars, l’herbe capte l’énergie lumineuse et le carbone. Puis les transforme en matière organique qui deviennent les nutriments de la vigne, la renforçant » explique-t-il avec ferveur.

"Les mauvaises herbes, ça n’existe pas !"

N’ayant pas peur d’aller à l’encontre d’une grande partie du vignoble, Xavier Planty estime qu’« il faut changer de regard, il n’y a pas de mauvaises herbes. C’est un archaïsme de penser ça ! Si une herbe pousse, c’est qu’elle répond à des besoins spécifiques d’un sol. » Dans la pratique, ce partisan d’un enherbement spontané reconnaît qu’un semis de légumineuses est incontournable en cas de déséquilibres importants des sols. Et que le contrôle de son enherbement est crucial dans le cas de plantes invasives, pour ne pas voir son vignoble débordé.

Balayant les enjeux d’investissements et de coûts d’un changement des pratiques culturales, Xavier Planty prédit que « les bouteilles issues de vignes désherbées se trouveront un jour ou l’autre sans marché, la chaîne de commercialisation demandant toujours plus d’analyses de résidus. »
 

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Ph. Carretero Le 07 novembre 2017 à 19:13:09
Il est vrai qu'aujourd'hui nous disposons de tous les outils pour se passer des herbicides et de toutes les connaissances pour savoir la nécessité de le faire. Mais mieux qu'un arrêté ministériel, ce serait un projet AOC. Quand tout le monde se plaint d'une image compliquée de nos AOC, on pourrait avoir un message simple et clair : AOC = respect du terroir => pas d'herbicide. Et pour les autres, la liberté... et laissons le marché faire son tri. On peut imaginer 2 viticultures cohabiter... pendant une période de transition...
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