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L'avenir en question

Le vignoble du Jura s'interroge sur son devenir

Mercredi 18 octobre 2017 par Juliette Cassagnes

La filière viticole jurasienne s'était donnée rendez vous ce vendredi 13 octobre 2017 pour débattre de l'avenir du vignobleLa filière viticole jurasienne s'était donnée rendez vous ce vendredi 13 octobre 2017 pour débattre de l'avenir du vignoble - crédit photo : J Cassagnes
Les acteurs de la filière viticole jurassienne s'étaient donnés rendez-vous ce vendredi 13 octobre 2017 pour « réfléchir à l'avenir de son vignoble ». Ses vins jouissent d'une belle activité commerciale, mais l'interprofession doit bâtir une véritable stratégie de développement pour assurer sa pérennité.

« Le vignoble s'interroge sur son devenir », a déclaré en préambule de la journée Jean-Charles Tissot, vigneron et président de l'interprofession des vins du Jura, lors du colloque organisé tout spécialement sur ce sujet ce vendredi 13 octobre 2017 à Montmorot (39).

Ce « petit » vignoble (par sa taille) connaît actuellement une période plutôt faste en terme de commercialisation de ses vins, mais se trouve confronté ces dernières années, comme c'est d'ailleurs le cas pour son voisin bourguignon, à un problème de déficit de production, qui impacte également les stocks, en nette baisse, et les ventes, qui suivent la même tendance ; les sorties de chais ont ainsi baissé de 81000 hl à 66000 hl, soit -10%, entre 2002 et 2016. En 2017, le problème va s'accentuer, 97% du vignoble ayant subi le gel, avec une récolte annoncée comme historiquement faible, autour de 30000 hl, laissant présager une « mauvaise année économique ».

L'enjeu de la transmission et de l'installation de jeunes viticulteurs coopérateurs

Outre le gel de cette année, plusieurs autres raisons ont été invoquées pour expliquer cette perte de production, avec, en premier lieu, une population vieillissante et de moins en moins nombreuse. Ainsi, les deux-tiers du vignoble sont détenus par des personnes âgées de plus de 50 ans. « Il y a un véritable enjeu sur la transmission, a ainsi précisé Frédéric Desmaret, de la Chambre d'agriculture du Jura. Et il est encore plus important pour le négoce, avec la nécessité de renouveler la population des vendeurs de vendange fraîche, car ce sont ceux qui disparaissent le plus rapidement ». Les viticulteurs sur le départ ont, en effet, du mal à trouver des repreneurs, malgré la bonne rentabilité de ce système d'exploitation et l'accessibilité, d'un point de vue prix, du foncier. Pour inverser la tendance, les responsables professionnels doivent donc parvenir à mettre en place « une véritable politique constructive de développement, par l'installation », afin d'attirer plus de jeunes candidats.

"Une productivité en baisse"

Les rendements issus du vignoble planté ont aussi été évoqués : « Il y a une grosse marge de progression pour augmenter les volumes issus des surfaces en production », estime Olivier Blondeau, viticulteur élu à la Chambre d'agriculture. La perte de productivité provient de plusieurs facteurs : le mode de culture, qui vise plus qu'avant la qualité au détriment de la quantité, son vieillissement, les maladies du bois, ou encore le manque de surfaces disponibles à la plantation, empêchant un bon renouvellement du vignoble.

Le potentiel est pourtant là : 9200 ha seraient potentiellement "plantables", sur les 11200 ha délimités dans les différentes appellations jurassiennes. «Il ne s'agit pas de tout planter d'ici 10 ans, mais de relancer une dynamique de plantation, car on en a besoin, pour répondre aux exportations et à la dynamique commerciale », a précisé le président du CIVJ. A ce sujet, un travail va être initié dans les mois à venir pour recenser et localiser ces terrains plus précisément, restant à ce jour mal connus. Ce « réservoir » de nouvelles surfaces « potentielles » présentent de plus l'avantage de limiter la spéculation foncière et ainsi de favoriser la transmission et l'installation de nouveaux venus.

Côté aval, l'idée a été évoquée, pour « sécuriser les marchés » et attirer des candidats, d'un renforcement des relations commerciales entre le négoce et les viticulteurs : « Il y a une carte à jouer sur le crémant...Il faut fidéliser l'approvisionnement pour éviter les ruptures, par des contrats et des engagements sur des volumes », a déclaré Arnaud Van Der Voorde, directeur technique de la Maison des vignerons (groupe Grands chais de France).

Enfin et plus largement, les acteurs de la filière viticole doivent parvenir à se réunir « autour de la table » afin d'organiser une véritable stratégie collective, qui manque actuellement. « Nous risquons sinon de la subir et de connaître un développement anarchique », a prévenu Jean-Charles Tissot.

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