Hérault

Les enjeux pour donner un avenir à la viticulture

Mercredi 04 octobre 2017 par Marion Sepeau Ivaldi
Article mis à jour le 09/10/2017 11:21:32

Les enjeux pour donner un avenir à la viticulture
Que mettre place pour assurer un avenir à la viticulture départementale ? Quelle politique publique, quelles actions professionnelles ? Le 2 octobre à la Coopérative de Quarante, le débat a été lancé dans le cadre des États généraux de l’Alimentation.

En parallèle des réunions nationales des États généraux de l’Alimentation, les députés ont été invités à organiser des réunions en circonscription pour penser l’agriculture de demain. C’est dans cet objectif que le député de la cinquième circonscription de l’Hérault, Philippe Huppé (LREM), avait convié la viticulture à s’interroger sur son avenir, le 2 octobre à la coopérative de Quarante. Thème proposé : « Penser la viticulture de demain : vivre avec les aléas climatiques ». Le député, qui « place la viticulture au cœur de son action politique », a appelé chacun à « choisir notre destinée, inventer notre avenir ».

L’eau nécessaire

Devant une assistance d’une soixantaine de personnes, les allocutions se sont enchaînées toutes mettant en exergue l’accélération des phénomènes climatiques exceptionnels (gel, grêle, stress hydrique,…). L’accès à l’eau et l’amélioration du système assurantiel apparaissent naturellement comme les enjeux fondamentaux pour l’avenir de la viticulture départementale. « Aujourd’hui, il semblerait qu’il y ait un dialogue entre le ministère de l’Agriculture et le ministère de l’Environnement pour faire avancer les projets coincés depuis des années. En dressant la liste des projets, on s’est rendu compte qu’il n’y a pas tant que ça » indique Guilhem Vigroux, président de la FDSEA 34. Ce dernier a souligné que les projets d’accès à l’eau et le développement de l’irrigation ne régleront pas tout. Certaines zones n’en bénéficieront pas. Et c’est du côté des cépages résistants à la sécheresse qu’il faudra aller trouver une réponse. « Il faudra restructurer le vignoble, ce qui prendra des années de conversion ». Par ailleurs, le développement de l’accès à l’eau ne pourra se faire qu’en prenant en compte la globalité des enjeux d’un territoire comme l’a souligné Denis Carretier, premier vice-président de la Chambre départementale d’Agriculture de l’Hérault. « En Occitanie, la problématique est de stocker de l’eau d’abord pour nos habitants et de ceux qui veulent venir s’y installer. Ensuite, pour les usages agricoles » a-t-il insisté.

Adapter l’offre assurantielle

Concernant le système assurantiel, François-Régis Boussagol, président départemental des Vignerons indépendants de l’Hérault est revenu sur la nécessité de modifier le seuil de déclenchement de l’assurance, en le faisant passer de 30 à 20 %. Ce souhait est vraisemblablement en passe d’être autorisé par Bruxelles. Reste, le sujet de la moyenne olympique. Cette référence permettant de calculer le montant d’indemnisation est basée sur la moyenne des rendements relevés sur les cinq dernières années à laquelle sont retirés les rendements le plus hauts et le plus bas. Les Vignerons indépendants, mais aussi la FNSEA, militent pour que cette moyenne soit modifiée au profit du rendement de base de l’appellation. Problème, a expliqué Guilhem Vigroux, la « contribution de la France au projet omnibus sur l’assurance ne fait pas mention de la demande ». Elle ne sera donc pas mise sur le tapis des débats européens. « C’est donc avec les assurances et l’État que nous devons travailler sur cette demande » indique Guilhem Vigroux. Autre sujet d’inquiétudes : la pérennité de l'aide assurantielle. Certains responsables syndicaux caressent l’idée de rendre obligatoire l’assurance (sous réserve que le sujet du seuil de déclenchement et de la moyenne olympique soit modifié). Mais si trop de viticulteurs y souscrivent, l'enveloppe d’aides consacrée à l’assurance sera insuffisante pour soutenir tous les dossiers. « Le ministère nous demande dans quel budget doit-il piocher pour abonder le budget assurantiel et quels sont les bons arbitrages ». En quelques sortes : en choisissant de privilégier l’assurance récolte, il faudra renoncer à d’autres aides ou trouver un accord avec les autres branches de l’agriculture.

Modifier les règles de production des AOC ?

S’adapter à un climat qui évolue, c’est aussi travailler sur les cahiers des charges qui définissent les labels. Si pour la viticulture bio il ne devrait pas y avoir de soucis d’adaptation des règles de production comme l’a souligné Thierry Duchenne, directeur de SudvinBio, en revanche, les AOC auront des sujets de débat. Pour Philippe Costes, vice-président du Conseil interprofessionnel des AOC du Languedoc et des IGP Sud de France, l’adaptation passera aussi par le choix des variétés de cépage. « Nous avons la chance d’avoir conservé dans nos cahiers des charges quelques variétés anciennes qui sont plus tardives. Je pense notamment au ribeyrenc que l’on pourrait expérimenter. » La question de l’aire de délimitation pourra aussi se poser. Et elle sera plus que délicate. Si l'exposition Sud a été privilégiée dans les contours actuels des appellations, « les terres froides, exposées Nord-Ouest ou Nord-Est, pourraient apparaître comme plus intéressantes à l’avenir » explique Thierry Costes. En clair : il faudra peut-être exclure des terres exposées Sud d’une appellation pour aller les chercher sur des terrains plus frais. De quoi créer une belle zizanie. « Il n’empêche qu’il faudra ouvrir la réflexion » considère Thierry Costes.

De la réflexion, il faut en avoir sur des sujets qui n’apparaissent pas comme une problématique quotidienne à ceux qui ont, chaque jour, les deux pieds dans la vigne. C’est le cas de la participation des responsables professionnels à l’Organisation internationale de la vigne et du vin. « Elle garantit une définition mondiale du vin » a rappelé Hervé Hannin, directeur du développement de l’IHEV de Montpellier Sup-Agro. Il a également insisté sur l’importance de constituer des observatoires économiques de pointe pour être en mesure de piloter et gérer la production. Enfin, il a lancé un large appel à innover. « Nous y sommes condamnés ». Une ambition qui nécessite toujours plus de coordination entre la recherche et les viticulteurs. « Nous ne manquons pas de matière grise, mais d’organisations et de liens entre nous ! ».

La rencontre a également mis l’accent sur l’accès au foncier, notamment dans le cadre de l’installation ou des premières années d’exploitation. Bref en une après-midi, à la coopérative de Quarante, la majeure partie des enjeux héraultais a été présentée. Un regret peut-être, l’absence du négoce sans qui l’avenir ne pourra pas être construit. 

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